En arabe, rasm رسم signifie «tracé», «empreinte», «esquisse». Mon travail s'enracine dans les strates de ce terme qui, bien avant de désigner l'acte de dessiner, représentait dans la poésie arabe la trace infime laissée par un campement déserté sur le sable.
Mon travail s’enracine dans les strates du mot rasm (رسم). Bien avant de signifier "dessin", ce terme désignait, dans la poésie d'Imrou'l Qays, la trace silencieuse d’un campement déserté sur le sable. Incarnant l'idée de vestige, de ce qui demeure après le passage, il constitue une inscription vouée à l'impermanence, une présence réduite à une empreinte tenace.
C’est à partir de cette origine que se construit ma réflexion autour du lien, de la mémoire et de ce qui se dessine contre l’oubli. Mes dessins prolongent cette idée et captent ce qui s'étiole en maintenant une tension vers ce qui cherche à advenir. Quand un monde s’effondre et qu’un autre émerge, que reste-t-il à voir? Cette exposition se tient là.
J’ai ainsi recueilli les poèmes de mon grand-père, Ghantous Saliba. Son livre de Zajal, Ghoullat Omr, écrit à Byblos à partir de 1960 et achevé en 1985 en pleine guerre civile libanaise, porte une langue traversée par son territoire. Elle me touche aujourd'hui d'autant plus que je ne l'ai pas connu de son vivant. Son souvenir me parvient par-delà sa disparition, survivant aux menaces de destruction qui pèsent encore sur son paysage natal.
Sutures naît de cette rencontre. À l’encre noire et au fusain, les traits deviennent des points de suture entre le blanc laissé par les bombardements et l’obstination de dessiner un futur choisi. Ils inscrivent le regard dans un présent où le souffle des absents persiste.

Sans titre 29 x 21 cm Encre de Chine sur papier 2026
Sandra Ghosn est une artiste franco-libanaise née à Beyrouth en 1983, où elle grandit dans un contexte marqué par la guerre civile. Elle étudie l’illustration et la bande dessinée à l’Académie libanaise des beaux-arts (ALBA), avant de poursuivre sa formation à l’École nationale supérieure des arts décoratifs (ENSAD) à Paris, où elle se spécialise dans l’image imprimée.
Installée en France depuis 2008, elle développe une pratique centrée sur le dessin, encre de Chine, graphite et plume, explorant la densité du trait, le blanc du papier et les processus psychiques à l’œuvre dans la fabrication de l’image. Son travail se situe à la croisée du dessin contemporain et de la narration poétique, confrontant le regard à ce qui émerge de l’inconscient et des espaces non figurés.
Elle a exposé dans de nombreux contextes en France et à l’international, notamment au Salon DDessin (Paris), à la Ferme du Buisson (dans le cadre du PULP Festival), à l’École normale supérieure à Paris et à la Menart Fair au Palais d’Iéna.
En 2019, elle reçoit le Prix Mahmoud Kahil pour un ouvrage publié chez Les Crocs Électriques, et réalise la même année la couverture du magazine Samandal, lauréat du Fauve d’or de la bande dessinée expérimentale à Angoulême.
Son ouvrage Séances Spéciales, paru en 2025 avec le soutien de la DRAC Île-de-France et de la Ville de Poitiers, se déploie entre mots et images pour créer un espace réflexif où dessin et récit s’entrelacent, proposant une méditation sur la mémoire, l’intime et le langage.

Sandra Ghosn
À l’encre noire et au fusain, les traits deviennent des points de suture entre le blanc laissé par les bombardements et l’obstination de dessiner un futur choisi. Ils inscrivent le regard dans un présent où le souffle des absents persiste.
Sandra Ghosn
