Magali Satgé et l’atelier de création « Les mains dans l’argile ! »

Dans le cadre de l'exposition ALULA, MERVEILLE D'ARABIE

Published by Brigitte Nérou | On 16 October 2019
Magali Satgé
Magali Satgé Magali Satgé / D.R.

Quelques grandes tables bout à bout. Sur les tables, ce que l’on prend de prime abord pour de grosses mottes de terre brute. On s’approche… Les mottes se transforment en montagnes griffées par la pluie et le vent, délicatement ornementées à leur base d’une multitude de portes sculptées : un étonnant fac-similé du site de Hégra et de ses célèbres tombeaux nabatéens. Cet Hégra miniature est le fruit de l’atelier de création « Les mains dans l’argile ! », organisé les 12-13 octobre derniers par le service des Actions éducatives de l’IMA et animé par la peintre et céramiste Magali Satgé. Entretien avec l’artiste.

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L'atelier de création « Les mains dans l'argile! », Institut du monde arabe, 12-13 octobre 2019
L'atelier de création « Les mains dans l'argile! », Institut du monde arabe, 12-13 octobre 2019. Magali Satgé
L'atelier de création « Les mains dans l'argile! », Institut du monde arabe, 12-13 octobre 2019
Le site de Hégra en miniature : le beau résultat de l'atelier de création « Les mains dans l'argile! », Institut du monde arabe, 12-13 octobre 2019. Magali Satgé
L'atelier de création « Les mains dans l'argile! », Institut du monde arabe, 12-13 octobre 2019
L'atelier de création « Les mains dans l'argile! », Institut du monde arabe, 12-13 octobre 2019. Magali Satgé

Ici, on œuvre dans la mémoire vive, celle du corps, en faisant travailler les mains. C’est là l’essentiel de cet atelier : la connexion entre les mains, l’œil, ce que l’on ressent… et la mémoire. On peut même parler de préparation à l’attention et au regard lors de la visite qui va suivre.
Un atelier de poterie… à quoi ça sert ?

En premier lieu, ce type d’atelier collectif et ouvert à tous libère une énergie formidable : chacun entre, veut essayer. Et comme les participants savent qu’ils n’emporteront pas leur création mais la laisseront dans l’œuvre collective, ils prennent beaucoup de plaisir à leur réalisation, sans se soucier de bien ou de mal faire. Bien sûr, beaucoup commencent par dire : « Mais je n’ai jamais fait de poterie… » : tant mieux !
L’atelier a beaucoup plu, et le fait qu’il soit corrélé à l’exposition a motivé les enfants à la visiter, ce qui est positif bien sûr. Les gens qui avaient participé à l’atelier sont même revenus, après avoir visité l’expo, pour constater l’avancée de leur « œuvre collective » – c’est ainsi que je l’avais présentée.
Par ailleurs, les ateliers manuels permettent d’imprégner profondément le regard : après avoir réalisé un objet de leurs mains, les participants voient ou revoient les œuvres exposées avec un regard neuf. Quand quelqu’un met, au sens propre, la main à la pâte, son rapport aux choses change complètement. La main se souvient, l’œil se souvient, c’est tout un ensemble. Ce n’est pas comme le dessin, moins encore comme la photo : quand on prend une photo, le corps n’en conserve aucune mémoire. Ici, on œuvre dans la mémoire vive, celle du corps, en faisant travailler les mains. C’est là l’essentiel de cet atelier : la connexion entre les mains, l’œil, ce que l’on ressent… et la mémoire.
On peut même parler de préparation à l’attention et au regard lors de la visite qui va suivre. C’est tout l’intérêt de tels ateliers, proposés dans le cadre d’une exposition. Voilà qui a toujours été essentiel dans mon travail, et c’est pourquoi je circonscris toujours un thème : dans le cas présent, les portes des tombeaux nabatéens.  

L'artiste peintre et céramiste Magali Satgé © M. Satgé Magali Satgé

Les participants sont-ils passés par l’atelier avant, ou après leur visite de l’exposition ?

Les deux. A l’origine, nous avions plutôt imaginer qu’ils visiteraient l’exposition avant leur séance à l’atelier. Mais certains ont préféré le contraire, ce qui était aussi très bien : je suis convaincue que, lors de leur visite, ils ont prêté attention à des détails qu’ils n’auraient sûrement pas remarqués autrement. Pour prendre un exemple, les entrées monumentales des tombeaux nabatéens comportent trois parties : un merlon (partie supérieure) nabatéen, ensuite une partie égyptienne puis une partie grecque. Or, redessiner ces trois parties, donner corps aux formes spécifiques de chacun des trois styles, leur a permis de se les approprier, de les comprendre, au sens premier. En même temps qu’ils gravaient les portes, il en gravaient tous les détails dans leur mémoire – et ils ne les oublieront pas, c’est vérifié !

Comment avez-vous procédé ? Je m’attendais à un résultat beaucoup moins élaboré ; pour tout dire, beaucoup moins « réussi » au plan esthétique…

Le service des Actions éducatives souhaitait « quelque chose de fort », destiné à marquer les esprits lors du premier week-end suivant l’ouverture de l’exposition.
J’ai donc proposé de travailler à partir des montagnes si spécifiques au site de Hégra. Je les ai réalisées à partir d’une base en papier que j’ai recouverte de terre (en séchant, celle-ci prendra vraiment la couleur des montagnes de grès d’AlUla). Mais je les ai laissées vierges, entièrement lisses. Ce sont les participants qui leur ont imprimé ces marques qui figurent le passage du vent, celui de l’eau… Je me suis contentée de leur montrer comment faire grâce à des techniques toutes simples, à l’aide d’outils tels que des coquillages, des pierres, des dents de requin, ou encore des Kapla®, des pinces à linge, des baguettes chinoises.
Même chose pour les portes des tombeaux : au début, la plupart étaient un peu pris au dépourvu, mais il m’a suffi de leur montrer comment s’y prendre : je n’ai touché aucune des portes moi-même !
De plus, les participants avaient à leur disposition des dessins des portes, ils pouvaient s’en inspirer à leur gré (ou pas du tout !). Enfin, ils pouvaient aussi choisir de modeler de petits dromadaires – il y a même une chèvre magnifique, qu’a réalisé une grand-mère qui accompagnait son petit-fils.
Parmi les participants : des enfants, des grands-mères qui accompagnaient les enfants – et qui voulaient faire leur porte –, les mamans, des papas, des jeunes de vingt ans, de vingt-cinq ans… Des participants de tout âge, et tous avec le même enthousiasme !

Magali Satgé

Artiste peintre de formation, Magali Satgé a passé plusieurs années en Égypte auprès des potiers Michel Pastore et Evelyne Porret – un couple mythique de la céramique contemporaine mondiale, fondateurs dans les années 1980, dans le village de Tounès, de la désormais fameuse École de poterie du Fayoum. Elle y apprend la céramique et s’occupe avec Évelyne de l’école que cette dernière est en train de monter avec les gens du village. Puis retour à Paris où elle travaille un temps à l’IMA – et y organise une exposition consacrée aux poteries du Fayoum. Elle se met aussi à animer des ateliers de poterie – son tout premier, organisé au musée Guimet, à l’occasion d’une exposition consacrée au grand céramiste cuisinier japonais Rosanjin Kitaôji (2013), remporte un beau succès. Depuis, elle partage son temps entre travail d’artiste et ateliers, et se bat sans relâche pour faire entrer la céramique dans les musées.

Atelier réalisé en partenariat avec

SOLARGIL

Brigitte Nérou, rédactrice en chef du blog de l'IMA
Brigitte Nérou Avec plus de quinze ans d’expérience dans l’édition, Brigitte a rejoint l’Institut du monde arabe en 2003 comme secrétaire de rédaction du magazine Qantara . Elle prend à présent la... Lire la suite
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