Emmanuel Macron inaugure l'exposition Cités millénaires

« Un rêve d'universel et de civilisation »

Published by Rédaction | On 18 October 2018
Le président de la République française Emmanuel Macron inaugure l'exposition Cités millénaires à l'Institut du monde arabe au côté de Jack Lang, président de l'IMA, 16 octobre 2018 © thierry Rambaud / IMA
Le président de la République française Emmanuel Macron, au côté de Jack Lang, président de l'IMA, lors de l'inauguration de l'exposition « Cités millénaires », 16 octobre 2018. Thierry Rambaud / IMA

« Il y a toujours de bonnes raisons d’accepter une invitation Jack Lang : la première, c’est qu’il a un talent incomparable pour réunir d’autres talents de tous horizons  – beaucoup ont peur des talents, lui les aime et les attire… » C'est sur cet hommage en forme de trait d'humour que le président de la République française a débuté, le 16 octobre dernier, son discours d'inauguration de « Cités millénaires. De Palmyre à Mossoul ». Une exposition qu'il loue comme « un acte de résistance contre la barbarie ». Extraits de son allocution.

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L'exposition « Cités millénaires » rappelle, montre, nomme ces sites qu’on a voulu détruire, ces lieux qu’on a parfois totalement détruits, et dit ce crime. Et partout où on veut détruire l’humain, on détruit aussi la culture et son patrimoine.
Emmanuel Macron

C’est avec beaucoup de plaisir que j’inaugure ce soir à vos côtés l’exposition « Cités millénaires. Voyage virtuel de Palmyre à Mossoul ». […] Être ici avec vous aujourd’hui, c’est reconnaître, consacrer ce lien, ce fil tendu, même quand il est ténu ou bousculé, que la culture et le patrimoine entretiennent entre des univers, des géographies, des peuples. […] Et c’est ce lien entre différentes civilisations, quelles que soient les périodes qu’elles traversent, dont témoigne l’exposition inaugurée aujourd’hui. Un lien multiséculaire – multimillénaire même – avec une civilisation aujourd’hui bousculée par l’obscurantisme et les pires crimes. Et ce que cette exposition donne à voir, en nous transportant grâce aux technologies contemporaines […] à Mossoul, Alep, Leptis Magna ou Palmyre, c’est d’abord la désolation d’un champ de ruines ; jonchant le sol, des statues en morceau, des œuvres d’art en lambeau ; des mosquées incarnant le meilleur de l’art sunnite – je pense à la mosquée al-Nouri de Mossoul – et totalement détruites ; des sites antiques, incroyables palimpsestes entre les cultures assyrienne, persane, grecque et romaine, en l’espace d’un instant défigurés, balafrés par des terroristes ayant fait du nihilisme leur idéologie.

Face à ce vide de la pensée, chacun de nous a évidemment ressenti une incompréhension radicale, une colère infinie. Or, la première raison pour laquelle je tenais à être avec vous aujourd’hui, c’est que cette exposition rappelle, montre, nomme ces sites qu’on a voulu détruire, ces lieux qu’on a parfois totalement détruits, et dit ce crime. Et partout où on veut détruire l’humain, on détruit aussi la culture et son patrimoine.

Ce faisant, c’est un acte de résistance que de dénoncer ceux qui ont voulu effacer.

Face à ce vide, ce qui apparaît, c’est l’urgence de mettre fin à cette entreprise nihiliste et l’urgence d’agir. Et c’est, je crois, ce qui nous lie. Agir, c’est ce qu’ont fait la France et les Emirats arabes unis en portant l’initiative ALIPH, l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones de conflit. Installée à Genève, présidée par Thomas Kaplan, dirigée par Valéry Freland, soutenue par huit pays, deux fondations et deux donateurs, l’ALIPH met d’ores et déjà en œuvre ses premiers projets en Irak et au Mali. Je tiens à remercier Mohamed Al Moubarak, président du département de la Culture et du Tourisme d’Abu Dhabi, comme vous-même, cher Jack Lang, sans qui ce projet n’aurait pu aboutir, et Bariza Khiari, la représentante de la France au sein de l’ ALIPH. […]

Cette exposition nous confronte donc au spectacle d’une grande désolation. Mais par la magie de la réalité virtuelle, elle permet aussi de redécouvrir ce qu’étaient Mossoul, Alep, Leptis Magna et Palmyre avant les destructions perpétrées par Daech. Alors, nous nous prenons à remonter le temps et à nous plonger dans le passé de cette terre de Mésopotamie, sur ces rivages de la Méditerranée qui furent le berceau de notre civilisation. Nous découvrons Alep à la fin du XVIIe siècle. Et si la ville est si prospère, c’est parce qu’elle a alors réussi à être ce carrefour de routes de la soie et de la mousseline. C’est aussi parce que dans cette cité sédimentée où cohabitent sites antiques, mosquées et églises s’est forgée une société cosmopolite où du brassage entre Arabes, Kurdes, Juifs, Arméniens, maronites, orthodoxes, coptes, est née une vie intellectuelle incomparable. De tels lieux, de telles villes sont partout. A Erevan où je me trouvais il y a quelques jours, ce sont ces mêmes lieux de trésors de civilisations qu’on voit sur les murs des mémorials […] ; ce sont ces mêmes lieux aujourd’hui balafrés par la guerre dans lesquels les pires exactions sont commises.


Ce que cette exposition donne à voir, c’est la véritable fidélité à l’esprit de Mossoul, de Palmyre et de toutes ces grandes cités ; c’est un rêve d’universel et de civilisation.
Emmanuel Macron

Remontant les siècles, nous voici à Palmyre au IIIe siècle ap. J.-C., cité de caravanes entourée de tribus arabes qui abrite des institutions héritées de la polis grecque, où les sanctuaires dédiés aux divinités antiques sont réhabilités et agrandis par l’Empire romain, qui se rebelle unie autour de la reine Zénobie contre l’empereur Aurélien. […].

Et ce dont témoigne cette exposition c’est, par-delà la dénonciation du nihilisme que portent les terroristes, cette volonté de rebâtir un lien, d’être fidèles à cette civilisation. Ces grandes cités ne se sont construites que dans le cosmopolitisme. Aucune d’elles n’a construit cette réussite économique, intellectuelle et culturelle sur une identité rétrécie à elle-même ou qui se serait pensée un seul instant pour elle-même. Elles n’ont rayonné que par le brassage, que par cette capacité à accueillir ceux qui venaient de terres parfois lointaines, en tout cas de toute la région. Et ce que cette exposition donne à voir, c’est la véritable fidélité à l’esprit de Mossoul, de Palmyre et de toutes ces grandes cités ; c’est un rêve d’universel et de civilisation.

Il y a eu à travers le monde beaucoup de grandes cités – nous avons la chance ici d’échanger dans l’une d’elles : elles ne se sont faites que dans des rêves d’universel. Aucun grand projet économique, politique ne s’est construit dans le repli. Aucun grand projet n’a permis de bâtir une élite, une grande littérature, une grande culture ou la réussite de ses compatriotes sur le rétrécissement et la négation de l’autre. Ce que montre cette exposition qui est au cœur du projet de l’Institut du monde arabe, c’est précisément cette ambition même portée depuis tant de siècles par Alep, Palmyre, Mossoul et toutes ces capitales : celle d’un universalisme constamment réinventé.

Nous allons pour cela continuer à agir à travers cette exposition, à travers notre implication au sein de l’Unesco. A travers aussi tout ce que la France continuera à faire sur le plan humanitaire et culturel, et je lie à dessein ces deux ambitions. Partout où nous avons réussi à vaincre le terrorisme, il nous faut revenir pour aider les populations civiles […]  et c’est rebâtir la culture des lieux, un patrimoine. C’est venir recréer cette fierté et ce message d’universel. Or, à chaque fois qu’il m’a été donné de rencontrer les courageux, les braves qui sur ces terres ont parfois fui et dont les familles sont tombées, ils demandent qu’on aille aider les populations civiles, qu’on aille rebâtir ces villes, qu’on aille redonner un sens, qu’on aille vaincre le nihilisme, la béance que d’autres ont voulu installer. Ceux qui ne voient là que des projets de culture accessoires se trompent profondément : ce sont des batailles de civilisation. C’est là où se joue un peu de notre universel.

C’est pourquoi nous allons continuer à lutter, avec vous au travers de cette exposition, avec l’ALIPH, avec toutes les fondations ici présentes, avec l’Unesco, pour permettre que chacun de ces lieux retrouve sa place, sa fierté, son histoire. Paul Veyne qui a vu avec la disparition de Palmyre s’évaporer l’objet d’étude de toute une vie disait que ne vouloir qu’une seule culture, la sienne, c’était se condamner à vivre sous un éteignoir. Personne n’a envie de vivre sous un éteignoir, à commencer par celles et ceux qui ont dû vivre sous les bombes, dans des tunnels ou des abris de fortune. Ce que nous leur devons, c’est cette part de lumière. Cette bataille pour le patrimoine universel, pour l’intelligence universelle et la culture, et c’est celle que vous menez. […] Nos ennemis sont encore là. Mais quand je vois votre détermination à l’ouvrage, votre engagement, je sais que nous vaincrons. Alors je vous remercie.

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