La bibliothèque de l'IMA prend le nom de “Bibliothèque Leïla Shahid”
“La bibliothèque de l'IMA portera désormais le beau nom de Bibliothèque Leïla Shahid” : cette annonce d'Anne-Claire Legendre a été faite au cours du vibrant hommage rendu par la présidente de l'IMA à l'ancienne déléguée générale de la Palestine en France, décédée en février dernier, en ouverture de la soirée-hommage du 31 mars qui lui était consacrée.
Revivez l'hommage à Leïla Shahid sur la chaîne Youtube de l'IMA
Institut du monde arabe, 31 mars 2026
Chère Leïla,
Nous voilà tous réunis ce soir pour toi, en ce 40e jour de deuil qui nous laisse tous orphelins.
À l’IMA, ta présence est là partout, ta voix résonne encore. Il était donc juste de rendre ici hommage à l’amie exceptionnelle que tu as été pour nous tous et pour l’Institut.
Tu as compris immédiatement l’intérêt de l’IMA et son rôle de passerelle. Tu y as joué un rôle déterminant en tant qu’ambassadrice, puis en tant que Présidente des Amis de l’Institut, active et exigeante.
Pour toi, la culture n’était pas un simple moyen d’expression : c’était un outil de résistance et de transformation. Tu croyais profondément à la puissance rédemptrice de l’art. Tu y consacrais une grande partie de ton énergie, en défendant une approche intellectuelle, culturelle et vivante du combat pour la Palestine. Tu y puisais aussi ta force, retrempée encore et encore dans la musique, la lecture, la beauté de la rencontre de l’esprit.
Tous ici à l’IMA nous sommes infiniment reconnaissants de l’amitié qui a été la tienne.
Collectivement, nous avons donc décidé qu’il nous fallait inscrire ta mémoire dans nos lieux.
La bibliothèque nous est apparue comme le meilleur écrin. Il nous plaît d’imaginer ta voix et son accent si chantant nichée au creux des livres et des poètes que tu aimais tant. Ta curiosité insatiable entre les milliers de pages qui seront demain tournées par d’autres. Ton amour de la transmission incarnés dans ces lecteurs de toutes générations, futurs “fils” et “filles” dont tu as aimé t’entourer toute ta vie.
Ce soir l’IMA est donc fière de t’offrir sa bibliothèque qui portera désormais le beau nom de bibliothèque Leïla Shahid.
La parole est ce soir à ta famille – cher Mohamed Berrada –, à tes amis les plus proches, à tes compagnons de route, aux artistes que tu aimais tant – Wissam Joubran, Yasmine Hamdan et bien sûr, à la voix universelle qu’est l’immense poète Mahmoud Darwish.
Je leur laisserai donc la parole.
Mais juste un mot encore.
Un mot fragile et puissant à la fois.
Un mot que tu incarnais si bien, qui a guidé tous tes engagements, toi qui as refusé toutes les essentialisations, pour les tiens comme pour les autres, toi qui savais qu’il s’agissait de la seule voie possible vers la paix.
Ce mot d’humanité.
Et c’est probablement de voir dans les ruines de Gaza une humanité abandonnée, déchiquetée, affamée, qui t’a conduit au geste fatal.
Une humanité à qui l’on dénie le droit le plus minimal, celui de la dignité.
Les jours sombres que vivent à nouveau les peuples du Moyen-Orient mais aussi ceux d’Ukraine ou du Soudan semblent donner raison à ton désespoir, tant l’humanité y est niée dans les discours, bombardée au Liban, oubliée à Gaza, abandonnée en Cisjordanie à la violence des colons, piétinée par la fierté des bourreaux qui paradent leur violence sur les réseaux sociaux, populations civiles victimes toujours et partout, du 7 octobre à Téhéran.
Mahmoud Darwich disait : “Nous avons besoin de poésie pour ne pas oublier que nous sommes humains. Nous avons besoin de l’espoir pour ne pas laisser l’âme se perdre dans la violence du quotidien.”
Tu as su ne jamais oublier que nous étions humains, de toute ta force et jusqu’au bout de tes forces.
Tu es partie mais tu nous as laissés à tous cette fragile flamme à porter contre les vents violents de la force brute.
L’hommage de ce soir est donc l’hommage de l’amitié et de la poésie à ton humanité, aussi puissante que fragile, mais c’est aussi l’invitation que tu nous adresses à tous de suivre de nos forces réunies le chemin d’humanité que tu n’as cessé de tracer.
Anne-Claire Legendre, présidente de l'Institut du monde arabe
Encore une fois, nous t’en remercions chère Leïla.
Et à tous merci d’être là ce soir.






