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Dans les coulisses de l'exposition Chrétiens d'Orient. Deux mille ans d'histoire

Publié par Brigitte Nérou | Le 6 octobre 2017
Annie Suret, conférencière de l'Institut du monde arabe, dans les salles de l'exposition Chrétiens d'Orient, octobre 2017
Annie Suret, conférencière de l'Institut du monde arabe, devant la dalle de chancel présentée dans le cadre de l'exposition Chrétiens d'Orient. 2000 ans d'histoire. Octobre 2017 IMA

Visite de la première salle de l’exposition « Chrétiens d’Orient. Deux mille ans d’histoire », dans les pas de l’une des conférencières maison de l’IMA. Où l’on découvrira, si besoin était, que rien ne vaut la médiation d'un professionnel passionné d'art et d'histoire pour donner vie aux œuvres…

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Annie Suret est l’une des conférencières de l’Institut du monde arabe. Cette ancienne de l’Ecole du Louvre est comme ses collègues chargée d’une mission cruciale : donner chair aux œuvres exposées et captiver son public au fil du parcours. Mieux : en racontant toutes les histoires qui font la grande, dispenser, l’air de rien, un savoir touffu.

Peut-on être à la fois sémillante et rigoureuse ? La preuve par Annie, que nous avons suivie dans la première salle de l’exposition Chrétiens d’Orient. Deux mille ans d’histoire, devant les fresques de Doura-Europos, puis les deux mosaïques de basilique et la dalle de chancel prêtées par le musée du Louvre et évocatrices de l’essor du christianisme et de la multiplication des églises à partir du début du IVe siècle.  

La guérison du paralytique, fresque de Doura-Europos (détail) IMA

« En 313, l’édit de Milan proclamé par Constantin met fin aux persécutions des chrétiens. Et sous Théodose, en 380, le christianisme devient religion d’Etat. C’est une période de construction et d’organisation pour l’Eglise. Mais avant de l’évoquer, j’attire votre attention sur ces deux pièces que nous avons la très grande chance de pouvoir vous présenter, il s'agit-là d'un prêt exceptionnel. Elles témoignent de l’adoption du christianisme en Syrie – la Syrie et l’Egypte sont les deux pays qui vont recevoir le plus tôt le christianisme. Pour la Syrie, il s’agit bien sûr de la grande Syrie intégrant la Palestine et le Liban.

Ces fresques proviennent de la cité de Doura-Europos, dans une boucle de l’Euphrate, au nord de la Syrie. Une cité bien connue parce que s’y trouve une synagogue fameuse. Mais à côté de cette synagogue, se trouvait, tout au fond d’une maison de particuliers, un baptistère. Je vous rappelle que le baptême est le premier sacrement des chrétiens ; dans un premier temps, les Romains iront jusqu’à séparer le baptistère de la basilique – pensez tout simplement à Florence. Seuls les baptisés ou ceux qui allaient l’être pouvaient rentrer dans ces espaces.

Tout au fond de la maison se trouvait donc un baptistère, et tout autour du baptistère, des fresques évoquant des épisodes de la vie du Christ et qui attestent de la connaissance des écrits. Elles datent du IIIe siècle, avec ici la guérison du paralytique – le lit aussi est guéri et saute littéralement ! – et là, Jésus qui marche sur l’eau et va sauver saint Pierre. »

Mosaïque représentant un intérieur d’église. Méditerranée orientale, Ve siècle. Mosaïque de pavement, Paris, musée du Louvre IMA

« Revenons à la construction d’églises qui se multiplie au IVe siècle. Ce sera le cas par exemple du Saint-Sépulcre, le tombeau du Christ à Jérusalem. Avec le christianisme naît un élément nouveau, à savoir une architecture où les fidèles peuvent entrer. Dans le paganisme, les temples étaient uniquement accessibles aux religieux, les hommes des dieux. Les fidèles se trouvaient à l’extérieur du temple – d’ailleurs, le mot « profane » veut dire littéralement « devant le temple ».

Avec le christianisme, on construit des basiliques de forme byzantine – une forme que l’on retrouve très tôt. Il y a tout un espace aménagé pour que le fidèle puisse pénétrer à l’intérieur du temple.

Les églises rattachées à l’orthodoxie se structurent un peu différemment de celles qu’on connaît en Occident : une nef, séparée du chœur par une cloison appelée aujourd’hui iconostase parce que les cloisons reçoivent des icônes qui sont là à la fois à des fins pédagogiques mais aussi presque mystiques – on en reparlera devant les icônes, de cette valeur particulière de l’icône grecque. De l’autre côté de cette cloison se trouve l’autel, souvent rehaussé, et là, l’évêque, le patriarche, le prêtre, va célébrer le mystère de l’incarnation ; ça ne se fait pas devant les fidèles.

Avant qu’on ne monte ces fameuses cloisons, il y avait un aménagement un peu différent avec des colonnes, des rideaux et puis, de part et d’autres, des dalles de chancel – vous en voyez une ici. Si on reprend la mosaïque on retrouve l’autel avec la croix, et au-dessus, on reconnaît l’encensoir. »


Dans un premier temps, pour se reconnaître en eux, les chrétiens vont user de symboles païens. Et le symbole par excellence, c’est… “La colombe ? Tente un monsieur. – Oui, pas mal ! C’est en fait le poisson.”

Dans un premier temps, pour se reconnaître en eux, les chrétiens vont user de symboles païens. Et le symbole par excellence, c’est… “La colombe ? Tente un monsieur. – Oui, pas mal ! C’est en fait le poisson.”

« En grec, le poisson se dit ichtios. Or, chacune des lettres de ce mot: I, Kh, Th, U, S, sont respectivement la première lettre des mots Iêsoûs (« Jésus ») , Khristòs (« Christ »), Theoû (« de Dieu »), Huiòs (« fils »), Sôtếr, (« sauveur ») : Jésus-Christ, fils de Dieu, Sauveur. Autres symboles utilisés par les chrétiens, dont certains sont aussi présents ici : le paon, symbole de la résurrection, et encore le cerf et les moutons (à rapprocher du mythe du bon pasteur).

Autre chose encore. Regardez cette croix : à l’origine, l’Eglise est considérée comme catholicos, c’est-à-dire universelle. Cette croix évoque cette universalité entre la terre et les cieux, entre les hommes entre eux, marquant un territoire œcumène.

Le monsieur encore : “Et pourquoi y a-t-il un âne, là-bas? – Non monsieur, ce n’est pas un âne. C’est un lapin, il est en train du manger du raisin.” »

Brigitte Nérou, rédactrice en chef du blog de l'IMA
Brigitte Nérou Avec plus de quinze ans d’expérience dans l’édition, Brigitte a rejoint l’Institut du monde arabe en 2003 comme secrétaire de rédaction du magazine Qantara . Elle prend à présent la... Lire la suite
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Présidence Publié par Jack Lang | le 10 octobre 2016

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