21 avril 2026

Raconter le monde arabe par le récit graphique : Carte blanche à Alifbata

Depuis 2015, les BD parues chez Alifbata, première maison d’édition française à avoir publié une bande dessinée traduite de l’arabe, cristallisent les témoignages et regards que leurs auteurs portent sur leur société et donnent à percevoir les complexités des sociétés arabes.
Rencontre avec la fondatrice et directrice d'Alifbata Simona Gabrieli et 4 auteurs de BD qu'elle a récemment fait paraître : Diala Brisly, Nadia Hathroubi Safsaf, Annelise Verdier et (en visioconférence) Z.

Simona Gabrieli, cofondatrice et directrice de la maison d’édition Alifbata 

Linguiste et islamologue passionnée par les interactions entre les imaginaires méditerranéens, Simona Gabrieli est basée à Marseille. Elle a longtemps travaillé dans la réalisation de projets pédagogiques interculturels. Sa maison d'édition Alifbata est spécialisée dans l’édition et la traduction de bandes dessinées arabes.

Simona Gabrieli

[en visioconférence]  Z, Le seigneur des rats

Alifbata, 2025
Z est né à Tunis en 1979. Architecte de jour, cyberactiviste de nuit, il s’est fait connaître en 2007 grâce à son blog “Débat Tunisie”, dans lequel il commente et croque l’actualité tunisienne à travers ses dessins à l’humour mordant. Il préserve son anonymat et continue à alimenter régulièrement debatunisie.com, et à travailler avec la presse étrangère (Courrier International, La Repubblica, The Economist, etc.). Z participera à cette rencontre littéraire en visioconférence. 

Le seigneur des rats est une adaptation graphique de la nouvelle de Gilbert Naccache confiée à Z par l’auteur avant sa mort en 2020. Figure emblématique de la gauche tunisienne, Gilbert Naccache avait été condamné à seize ans de prison en 1968 pour complot contre la sûreté de l’État. Son œuvre est entièrement consacrée à la compréhension de l’histoire de la Tunisie contemporaine dans son rapport à la quête de la liberté. 

Z, Le seigneur des rats, Alifbata, 2025, 128 pages couleur, 20 €

Un flamant rose, emblème choisi par Z, qui souhaite préserver son anonymat, pour le représenter.

Diala Brisly, À l’école de la dictature

Alifbata, 2025
Née en 1980 de parents syriens, Diala Brisly a grandi à Damas. Artiste visuelle engagée, elle participe activement à l’élan contestataire en Syrie en 2011. Son travail, indissociable de son engagement d’activiste, se consacre aux enfants victimes de la guerre en Syrie et ailleurs. Elle vit en France depuis 2016.

Son roman graphique À l’école de la dictature est un cri d’alerte sur l’instrumentalisation et l’endoctrinement des enfants dans des contextes de guerre et de dictature. Un témoignage rare sur la vie sous dictature, en temps de guerre et d’exil, et la persévérance dans la poursuite de ses rêves. 

Diala Brisly, À l'école de la dictature, Alifbata, 2025, 128 pages couleur, 21 €

Diala Brisly

Nadia Hathroubi Safsaf, Qui a tué Asmahan

Alifbata, 2024
La Franco-Tunisienne Nadia Hathroubi-Safsaf est journaliste, autrice et scénariste. Rédactrice en chef du Courrier de l’Atlas, elle écrit sur les questions de mémoire, d’égalité et de citoyenneté. Engagée dans la transmission des histoires entre les deux rives de la Méditerranée, elle développe des projets éditoriaux, littéraires et documentaires autour des diasporas et des mémoires.  

Sa bande dessinée Qui a tué Asmahan, illustrée par Laure Ibrahim, est un hommage à une figure légendaire de la chanson arabe du XXe siècle, décédée dans un mystérieux accident de voiture. Son fidèle ami, le journaliste Mohamed Al Tabai, mène l’enquête et retrace la vie de cette diva, femme libre et controversée, qui joua un rôle actif dans les événements géopolitiques de son temps. 

Nadia Hathroubi Safsaf, Qui a tué Asmahan, Alifbata, 2024, 112 pages couleurs, 20 €

Nadia Hathroubi-Safsaf

Annelise Verdier, Dames de fraises, doigts de fée

Alifbata, 2025
Annelise Verdier travaille dans l’enseignement du dessin et de l’infographie tout en menant en parallèle des projets de bande dessinée. Concernée par le Maghreb et l’Algérie en particulier, elle tient dans les années 2000 un blog intitulé “Une blonde au bled”. En 2021, elle travaille avec le collectif toulousain Nouvelles d’ailleurs, autour des thématiques du voyage et de la migration. Depuis 2019, elle est également impliquée aux côtés de La Via Campesina, mouvement international paysan. 

Sa Bande dessinée Dames de fraises, doigts de fée s’inspire de l’enquête de terrain réalisée par la chercheuse Chadia Arab, illustrant les conditions de vie et de travail des femmes invisibilisées de la migration saisonnière marocaine en Espagne. Annelise Verdier restitue dignité et humanité à ces travailleuses invisibles d’un monde globalisé, recrutées pour leurs mains agiles et leurs doigts de fée mais aux voix étouffées.

Annelise Verdier, Dames de fraises, doigts de fée, Alifbata, 2025, 128 pages couleurs, 21 €

Annelise Verdier

© Annelise Verdier

Rencontre animée par Bernard Magnier

Bernard Magnier

Journaliste, Bernard Magnier collabore à diverses revues et radios (RFI, France Culture). Il est également directeur de la collection Lettres africaines aux Éditions Actes Sud et conseiller littéraire du Tarmac.

Avec le soutien de la Fondation Jean-Luc Lagardère sous l’égide de la Fondation de France

Les rencontres littéraires bénéficient du soutien de la Fondation Jean-Luc Lagardère qui réaffirme ainsi son engagement profond en faveur de la diversité culturelle. Depuis 2013, la Fondation Jean-Luc Lagardère est associée à l’Institut du monde arabe pour valoriser et diffuser en France la littérature arabe à travers un Prix qui récompense chaque année l’œuvre d’un écrivain ressortissant de la Ligue Arabe.