13 mai20 octobre 2026

Libye, patrimoine révélé

Exposition au musée de l'IMA

À travers une sélection de photographies et de vidéos, cette exposition met en lumière le travail scientifique de longue durée mené par la mission archéologique françaises en Libye (MAFL) en étroite collaboration avec les autorités libyennes, et donne à voir la diversité des sites étudiés, des périodes explorées et des enjeux de préservation et de restauration.

 

Depuis près de cinquante ans, la mission archéologique française en Libye explore et valorise un patrimoine exceptionnel, de la préhistoire à l’époque médiévale, sur l’ensemble du territoire libyen. L'exposition illustre et documente leur travail.
Parmi les sites présentés :

Măsak La mission au Măsak fut la première campagne d’archéologie préventive jamais effectuée en Libye de 2001 à 2005 dans la Concession pétrolière NC191, en plein Sahara. Une soixantaine d’archéologues ont prospecté à pied 4000 km de lignes sismiques créées lors des explorations des hydrocarbures. Le bilan est considérable : 3596 unités archéologiques ont été découvertes, renouvelant les connaissances sur cette région d’accès difficile. 

Bu Njem et Syrtique Une première mission menée par René Rebuffat (1967-1976) s’est concentrée sur l’étude des lignes de fortifications romaines et a fouillé le fort antique de Gholaia, l’actuel Bu Njem. André Laronde, avec Mohamed Fakroun et Monique Longerstay, dirigea une seconde mission (1990-1999) dans cinq vallées de la région syrtique, révélant un habitat antique composé surtout de fermes et des murets de pierre sèche retenant l’eau et le sol, déterminant des parcelles de culture et d’élevage. 

Leptis Magna Fondé par les Phéniciens au VIIe siècle av. J.-C., Leptis Magna a connu son apogée sous l'Empire romain grâce à un commerce florissant et à la faveur de Septime Sévère, empereur originaire de la cité, dont les impressionnants monuments témoignent encore. En 1993, André Laronde identifie des thermes qu’il nomme « du Levant » d’après leur situation dans la cité romaine, deuxièmes de Tripolitaine par la taille après ceux d’Hadrien à Leptis Magna. Décorés de mosaïques, marbres, enduits peints et stucs, les locaux ont fonctionné jusqu’au milieu du IIIe s. Ce site est aussi remarquable par son système d’approvisionnement en eau, qui n’a pas encore livré tous ses secrets pour de futures missions…

Abou Tamsa L’abri sous roche d’Abou Tamsa en Cyrénaïque a été occupé entre les VIIe et Ve millénaires av. J.-C. par de petits groupes de pasteurs-chasseurs-cueilleurs qui furent parmi les premiers en Afrique du Nord à produire des récipients en céramique et à élever des chèvres domestiques importées de la Méditerranée orientale. Le matériel archéologique recueilli nous renseigne sur les activités de ces populations néolithiques.

Apollonia L’ancien port de Cyrène, dont la fondation remonte au VIIe s. av. J-C., devient autonome vers 100 av. J.-C., sous le nom d’Apollonia. Largement ouverte sur la Méditerranée, son existence est attestée sur plus d’un millénaire, de l’époque archaïque à l’Antiquité tardive; elle adopte alors le nom chrétien de Sôzousa et devient la capitale de la Cyrénaïque. Les fouilles terrestres et maritimes d’Apollonia ont permis de mieux connaître la cité avec son enceinte, le double port aujourd’hui ennoyé, les bains ou le stade hors les murs. Depuis 2002, Jean-Sylvain Caillou poursuit les recherches sur l’Acropole.

Latrun Situé en bord de mer, à l’est d’Apollonia et au pied du Djebel el Akhdar, Érythron-Latrun révèle l’histoire d’une agglomération prospère de Cyrénaïque, attirant dès l’Antiquité marins, marchands et pèlerins et s’impose aujourd'hui comme un site archéologique et naturel d’un potentiel exceptionnel, offrant un regard unique sur l’évolution des villages antiques de Cyrénaïque, de l’époque hellénistique à l’abandon consécutif à la conquête arabe.

Marmarique occidentale En 2010, une équipe d’archéologues franco-libyens s’aventure dans une région méconnue : la Marmarique occidentale, ayant pour mission de cartographier les vestiges situés le long des zones sismiques pour le compte de Total Libye. Résultat : 56 sites archéologiques identifiés, des traces de vie de la Préhistoire à nos jours. Entre l’Égypte et la Cyrénaïque, les tribus nomades ont laissé des forts, des mausolées, des habitats antiques et des systèmes d’irrigation ingénieux. Les influences grecques, romaines et byzantines s’y mêlent aux traditions locales, dessinant le portrait d’une région carrefour, terre de passage ou bastion militaire. 

Surt Situé au centre de la Libye côtière, dans le désert séparant la Tripolitaine de la Cyrénaïque, Surt est le premier site islamique fouillé en Libye en 1963. De 2007 à 2010, cinq campagnes ont été conduites par Jean-Michel Mouton. Une carte topo-archéologique présentant l’organisation générale de la cité a été dressée, permettant de déterminer plusieurs secteurs de fouilles : les ouvrages défensifs (fort sud-ouest et porte nord), les édifices religieux (ziyāda de la mosquée) et un secteur d’habitat. Ces fouilles ont permis de repousser de façon significative la datation de la dernière époque d’occupation au XIVe siècle.

Fouilles sous-marines du port d’Apollonia Apollonia, aujourd’hui à moitié engloutie, compte des vestiges architecturaux sous-marins parmi les plus remarquables de Méditerranée. La MAFL a notamment pu fouiller une épave antique coulée dans l’avant-port et proposer l'évolution topographique des structures portuaires et des abords depuis les origines, au VIe siècle av. J.-C. À ces avancées scientifiques, vient s'ajouter un riche mobilier archéologique déposé au musée d’Apollonia : poteries, monnaies, œuvres en bronze, en pierre ou en marbre tel ce remarquable portrait de Ptolémée III ou encore une statue de Dionysos.

Fouilles sous-marines de Leptis-Magna et de Sabratha À Leptis Magna, l’étude a porté sur l’avant-port, avec un résultat inattendu : le chenal était équipé d’une seconde jetée protégeant la passe des houles orientales. À Sabratha, la fouille a permis de repérer, sur le littoral, des entrepôts, des bassins et silos érodés par la mer. En face, la roche à fleur d’eau supportait un brise-lame maçonné, raboté par les vagues.

Lutte contre le trafic illicite des biens archéologiques Le patrimoine de la Libye est menacé par le trafic de son patrimoine. Depuis 2011, vols, fouilles clandestines et exportations illégales se sont accélérés, alimentés par une forte demande internationale. Depuis 2012, la MAFL, avec Morgan Belzic, Camille Blancher et Vincent Michel, lutte contre ce phénomène aux côtés des forces de l’ordre et du DOA : identification des œuvres blanchies, analyse des réseaux et des sites pillés. Plus de 250 objets ont été repérés, permettant enquêtes, arrestations et 29 saisies dans 9 pays, dont 19 restitutions à la Libye.