Expositions

Hommage d’artistes à Notre-Dame - 2e volet

  • 14 janvier 2020 - 19 avril 2020
  • Mardi, Mercredi, Jeudi : 10h-18h
  • Samedi, Dimanche, Jours fériés, Journée(s) spéciale(s) : 10h-19h
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  • Musée (niveaux 7, 6 et 5)
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  • Tarif d'entrée au musée : 8 € (plein) | 6 € (groupes et collectivités) | Entrée gratuite (-26 ans)
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Hommage d’artistes à Notre-Dame - 2e volet

L'Institut du monde arabe expose jusqu'au 15 mars le 2ème volet de son hommage d’artistes à Notre-Dame.

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En avril 2019, bouleversés par l’incendie qui venait de ravager la cathédrale Notre-Dame de Paris, les collectionneurs Claude et France Lemand ont demandé à des artistes de leur fonds d’apporter leur témoignage en réponse à ce drame. Leur projet : constituer une collection d’œuvres en hommage à Notre-Dame, par des créateurs du monde arabe et des diasporas sensibles à cette thématique et totalement libres de leur expression et de leurs moyens. Cette collection est exposée par volets au musée de l’Institut du monde arabe, au fil de la réception des œuvres.

Après une première série présentée à l’occasion des Journées européennes du patrimoine 2019 (incluant les œuvres de Najia Mehadji, Mohamed Leketi, Boutros Al-Maari et Dia Al-Azzawi), l’IMA vient de procéder à un nouvel accrochage. On retrouve dans la nouvelle moisson, signée Manabu Kochi (Japon, 1954), Hani Zurob (Palestine, 1976), Hussein Taï (Iraq, 1966), Khaled Takreti (Syrie, 1964) et Nasser Al-Aswadi (Yémen, 1978), un même vent d’universalisme et de liberté – celui que fait depuis toujours souffler la collection Lemand.

Commentaires : les artistes et leur œuvre

Nasser AL-ASWADI 

Nasser AL-ASWADI  | Yémen, 1978-France

Notre-Dame. Salâm - Paix, 2019. Huile et pigments sur toile, 188 x 132 cm. Coll. de l’artiste

La nouvelle de l’incendie de Notre-Dame m’a comme foudroyé. C’est elle qui m’avait accueilli les bras ouverts lors de ma première visite à Paris. Son souvenir est éternellement gravé dans ma mémoire. L’incendie m’a fait penser à mon pays où la guerre s’accompagne de ruines, de désordres et de vols, comme dans les autres champs de bataille dans le monde !

Au fil des semaines et des mois, le projet m’est apparu comme une évidence : élaborer une œuvre à partir des éléments constitutifs de toutes mes peintures, le cercle et l’alphabet arabe. Pour moi, comme pour beaucoup de visiteurs, la rosace est le cœur de Notre-Dame, et le vitrail de forme ronde en « lucarne » (qamariyya = lucarne, de Qamar = Lune) est un élément fondamental et constitutif de la culture architecturale du Yémen, selon notre dicton : « Les diables n’entrent pas dans une demeure dotée d’une qamariyya. »

Comme dans mes autres peintures, le mot Salâm (Paix), répété des centaines de fois, constitue le fond de la peinture, comme un brouillard d’où émerge la rosace de Notre-Dame. Hélas et plus que jamais, le monde a besoin de Paix. (Traduit de l’arabe par Claude Lemand)

Manabu Kochi

Manabu Kochi  | Japon, 1954-France

Notre-Dame. Le Phénix, 2019. Technique mixte sur papier, 76 x 57 cm. Coll. Claude & France Lemand

Notre-Dame est une mère, comme la terre ou le cosmos, elle embrasse tous les êtres avec amour et paix. Cet incendie est une tragédie pour l’humanité, car Notre-Dame est un symbole d’ouverture à toutes les communautés humaines ; elle défend la liberté de croyance et de pensée, les différences culturelles ou individuelles. Marie est le cœur de ce symbole. Tel un phénix, elle renaîtra pour continuer à toujours préserver cet esprit dont nous avons tant besoin. Tel un phénix, elle aura une éternelle reconstruction et renaissance.

Hussein Taï

Hussein TAÏ | Iraq, 1966 - Danemark

Notre-Dame. She was there, 2019. Livre composé de 16 peintures sur papier, 40 x 30 cm chacune, assemblées en diptyques, dans une boîte peinte. Coll. Claude & France Lemand

Les longues et atroces années de guerre ont accompagné et marqué mon enfance et ma jeunesse à Bagdad durant les années 1980 et 1990. Ma mémoire est pleine des images de guerres et d’explosions... Comme des millions de téléspectateurs, j’ai vu l’incendie qui a ravagé Notre-Dame de Paris, souvent en direct. Mon émotion et ma tristesse étaient profondes de voir ce chef-d’œuvre de l’art gothique risquer de disparaître.

Me sont revenues à la mémoire les images de mon premier voyage à Paris et de ma visite de cette admirable cathédrale : beauté et majesté de l’architecture, génie et virtuosité des artistes qui ont produit ses vitraux, ses sculptures... J’ai revu les scènes du roman de Victor Hugo, Le Bossu de Notre-Dame dans la traduction arabe : le bon carillonneur Quasimodo et la belle danseuse Esméralda, ...

J’ai appelé de mes vœux la pluie qui aurait vite éteint l’incendie. Je pense que nous étions très nombreux à travers le monde à prier afin que la Vierge Marie intervienne pour protéger sa cathédrale et éloigne les flammes. D’où le titre de mon œuvre : Kânat Hunâk (Elle était là). (Traduit de l'arabe par Claude Lemand)

Khaled Takreti

Khaled TAKRETI | Syrie, 1964 - France

Notre-Dame, 2019. Diptyque. Acrylique sur toile, 146 x 228 cm. Coll. Claude & France Lemand

C’est pendant mes études au Moyen-Orient que j’ai découvert la cathédrale Notre-Dame de Paris, à travers les textes de Victor Hugo. Grâce à lui, j’ai beaucoup aimé ce monument. Vingt ans plus tard, je me suis installé à Paris et cette église est devenue mon monument préféré.
Après cette catastrophe, je me suis replongé dans le roman Notre-Dame de Paris et m’en suis inspiré pour achever mon hommage à cet édifice. L’extrait suivant m’a permis de visualiser la scène :

« Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église. Ce qu’ils voyaient était extraordinaire. Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse, dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée. Au-dessous de cette flamme, au-dessous de la sombre balustrade à trèfles de braise, deux gouttières en gueules de monstres vomissaient sans relâche cette pluie ardente qui détachait son ruissellement argenté sur les ténèbres de la façade inférieure. » (Victor Hugo)

Hani Zurob

Hani Zurob | Palestine, 1976-France

Notre-Marie - Maryamuna, 2019. Technique mixte sur toile, 120 x 100 cm. Coll. de l’artiste

« Incendie à Notre-Dame ». Comme une flamme, le message est arrivé sur mon portable. C’était le jour même du vernissage de mon exposition « ZeftLand » à Amman. Je reçus le message comme si c’était d’un incendie ou d’une explosion d’une maison ou d’une mosquée en Palestine, ou les feux de l’occupation. Avec ce sentiment, je sus que Paris était devenue ma ville, ma maison en exil, peut-être pour toujours. C’est le même conflit entre le sacré et le maudit.

[…] Pour Notre-Marie - Maryamouna, mon plus récent tableau, j’ai choisi le goudron et le pastel comme matières principales. Et lier ainsi, visuellement, ma pratique actuelle du goudron avec la mémoire, et avec le pastel que j’utilisais dans mon enfance comme matière ordinaire. […]. Notre-Marie - Maryamouna est un choix visuel, relié à la mémoire comme au présent. C’est un choix conceptuel par son titre. Non seulement en relation à notre héritage culturel, historique, archéologique, mais aussi parce que Notre-Dame est au premier chef Notre-Marie, Marie la Palestinienne. Et Marie brûle chaque jour, interdite de raconter son histoire. Marie, la « paysanne palestinienne qui a perdu un Dieu ». (Hani Zurob, Paris, octobre 2019)

A propos de l’IMA

L’IMA a été conçu pour établir des liens forts et durables entre les cultures pour ainsi entretenir un véritable dialogue entre le monde arabe, la France et l’Europe. Cet espace pluridisciplinaire est un lieu privilégié d’élaboration de projets culturels, pensés en collaboration avec les institutions, les créateurs et les penseurs du monde arabe. Pleinement ancré dans le présent, il se veut le reflet de toutes les énergies du monde arabe. Débats, colloques, séminaires, conférences, spectacles de danse, concerts, films, ouvrages, rencontres, cours de langue, de civilisation, grandes expositions permettent tous les jours au public de l’IMA de se confronter à ce monde singulier et bouillonnant. L’IMA a également vocation à créer des passerelles en multipliant les collaborations avec des associations, des établissements scolaires et des hauts lieux culturels européens.

A propos de la donation Lemand

La donation Claude & France Lemand au musée de l’IMA est conclue en 2018. Grâce à elle, les œuvres des xxe et xxie siècles passent de 600 à 1900 (sur un fonds total de 2800), avec des œuvres plus diversifiées dans leurs supports, leurs techniques, et représentant davantage d’artistes. Cette donation initiale comprend 1300 œuvres de 94 artistes et s’articule en trois pans : les « Artistes du Monde arabe » et les collections « Portrait de l’Oiseau-Qui-N’Existe-Pas » et « Tondo d’Orient et d’Occident ».

La donation Lemand est assortie du « Fonds Claude & France Lemand-IMA », dont le but est de poursuivre les acquisitions, organiser des expositions, étudier les œuvres, publier des catalogues, enseigner et diffuser… faisant de la donation tout le contraire d’une « collection morte ».

Ainsi, aux 1300 œuvres de leur donation initiale, Claude & France Lemand ont ajouté 200 nouvelles œuvres, au cours des dix mois qui ont suivi la création de leur Fonds de dotation en octobre 2018.

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