Expositions

Baya. Femmes en leur Jardin

Œuvres et archives, 1947-1998
  • 20 octobre 2022 - 5 mars 2023
  • Espace des Donateurs : niveau -2
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  • Du mardi au vendredi : De 10h à 18h
    Samedi, dimanche et jours fériés : De 10h à 19h
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  • Tarifs : 6 € (plein) / 4 € (réduit)
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Baya. Femmes en leur Jardin

A travers l’exposition « Baya, femmes en leur Jardin. Œuvres et archives, 1947-1998 », le musée de l'IMA et le Fonds Claude et France Lemand rendent hommage à l’une des artistes algériennes les plus singulières du XXe siècle, propulsée dès l’âge de 16 ans au sommet de la notoriété. Une invitation à (re)découvrir le bestiaire énigmatique de ses céramiques, et surtout ses peintures joyeuses et colorées montrant une nature luxuriante, comme une ode à la vie.

Dans le cadre de « 2022. Regards sur l'Algérie à l'IMA »

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 Baya, 1947, Paris. Couverture du magazine Vogue. D.R.  Baya en 1947 à Paris, couverture du magazine Vogue. D.R.

Les mots pour parler de Baya sont souvent piégés, car ils ressassent l’idée du miracle initial ou qualifient son art d’art naïf. L’un obère toute réelle historicité au regard de sa trajectoire et l’autre empêche de voir la singularité de son art, son raffinement, ses évolutions, sa dimension spirituelle.
Anissa Bouayed

Baya n’a pas souffert, comme d’autres femmes artistes, d’un manque de visibilité : elle avait 16 ans lors de la première grande exposition de ses œuvres, organisée à Paris en 1947 par le galeriste Aimé Maeght. Son travail, parfois qualifié « d’art naïf », a exercé une influence majeure, particulièrement en Algérie où elle fut beaucoup imitée par les générations formées après l’Indépendance, pour sa singularité, son raffinement et sa dimension spirituelle.

Les œuvres de Baya conservées au musée de l’Institut du monde arabe, augmentées de la donation Claude et France Lemand,  forment un ensemble documentant toutes ses périodes d’activité, de 1947 à sa mort en 1998. Elles viennent compléter le fabuleux trésor des Archives nationales d'Outre-Mer d'Aix-en-Provence. L'ensemble permet de saisir l’évolution de sa peinture – avec notamment l’introduction du thème de la musique à partir des années 1960 –, jusqu’aux émouvantes œuvres de 1998, les dernières réalisées par l’artiste.

« Baya. Femmes en leur Jardin » apportera aussi, dans une perspective d’études coloniales et décoloniales, un éclairage inédit sur le « cas Baya », étayé par l’exploration de ses archives, en particulier sa correspondance avec sa mère adoptive Marguerite Caminat. Comment cette jeune fille non scolarisée (comme 98% des filles « indigènes » de sa génération), qui a connu souffrance et violence, devint-elle, à la fin de la période coloniale, cette Baya maîtrisant le langage des formes et des couleurs et créant un style bien identifiable, propulsée dès l’âge de 16 ans au sommet de la notoriété, éblouissant les amateurs d'art parisiens et faisant la Une de Vogue ?

Des visites, conférences, rencontres et publications analyseront le contexte historique, social, économique et esthétique de production de chacune des périodes du parcours de Baya, et étudieront les œuvres dans ce qu’elles ont de contingent, d’unique et d’universel.

Baya, Masque blanc de l'artiste, 1948. Céramique, 18 x 15 x 8,5 cm.  Musée de l'Institut du monde arabe
Baya, La Dame aux roses, 1967. Gouache sur papier, 101 x 152 cm. Musée de l'Institut du monde arabe
Baya, Les Trois Grâces, 1988. Gouache sur papier, 49,5 x 98,5 cm. Collection Claude et France Lemand
BAYA, Femme aux poissons, 1991 © Donation C. et F. Lemand - IMA
BAYA, Femme aux poissons, 1991. Gouache sur papier, 100 x 75 cm. Donation Claude et France Lemand / Musée de l'IMA
Baya, Sans titre, 1998. Gouache sur papier, 50 x 100 cm. Musée de l'Institut du monde arabe
Baya, Femme, oiseaux, grappe et fleurs, 1998. Gouache sur papier, 64,5 x 49,5 cm. Collection Claude et France Lemand

Orpheline dès l'âge de cinq ans, Fatma Haddad (1931-1998), dite Baya, est remarquée à l’âge de onze ans par une jeune femme venue en Algérie en 1942 pour fuir la France occupée, Marguerite Caminat. Celle-ci prend l’enfant sous son aile, lui apprend à lire et à écrire – tout en l'encourageant à conserver et à développer son patrimoine culturel algérien –, et c’est chez elle, avec ses pinceaux et couleurs, que Baya se met à peindre. Le galeriste Aimé Maeght, qui avait découvert son talent au cours d’un voyage à Alger, lui organise une première grande exposition à Paris dès 1947 : Baya éblouit les amateurs d’art et entre de plain-pied sur la scène artistique, légitimée par de grands personnages tutélaires dont André Breton – non sans ambivalence, entre curiosité pour une artiste en devenir et paternalisme, en une approche de l’altérité empreinte d’orientalisme. Deux ans plus tard, Baya revient en France pour réaliser des sculptures ; sa créativité dans le travail de l’argile est remarquée par Picasso, dans l’atelier de céramique Madoura de Vallauris.

Grâce à sa mère adoptive et à d’autres soutiens influents dont le poète Jean Sénac, Baya demeure sur la scène artistique jusqu’à la période de la guerre d’Indépendance (1954-1962). Mariée en 1953 au musicien El Hadj Mahfoud Mahieddine, elle s’arrête de peindre pour se consacrer à sa vie familiale (elle aura six enfants). En 1962, et c’est sans doute le plus remarquable après ce « retour à l’ordre », elle trouvera la force de reprendre son travail artistique, avec l’aide primordiale du peintre Jean de Maisonseul, nouveau directeur du musée national des Beaux-Arts d’Alger, qui expose ses œuvres dès 1963 et en acquiert certaines qui font encore la fierté de ce musée.

Malgré sa personnalité discrète, contrastant avec une scène artistique tumultueuse qui opposait à Alger différents courants et leurs représentants, Baya fraya son propre chemin, en participant à des expositions collectives et en bénéficiant de nombreuses expositions personnelles, principalement dans la capitale, où elle montra ses œuvres presque tous les ans. Elle fut en 1967 de l’aventure du groupe Aouchem (Tatouages), fondé par Choukri Mesli et Denis Martinez, qui entendait connecter l’art contemporain aux sources de l’art africain et au répertoire formel transmis par les arts populaires du Maghreb. Consacrée comme l’une des pionnières de l’art algérien, elle obtint en 1969 le Grand Prix de peinture de la ville d’Alger. Baya continua de travailler en faisant évoluer sa peinture, et sa production prolifique fut appréciée à l’international.

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