Raphaël Vuillard et sa « clarinay »

Publié par Brigitte Nérou | Le 22 janvier 2019
Raphaël Vuillard dans «Derviche », 3e Nuit de la poésie à l'IMA, novembre 2018
Raphaël Vuillard, Mohanad Aljaramani et Sylvain Julien dans « Derviche », 3e Nuit de la poésie, 17-18 novembre 2018. Alice Sidoli / IMA

Le clarinettiste Raphaël Vuillard est le cofondateur de l’ensemble Bab Assalam avec les frères Aljaramani : Khaled (oud) et Mohanad (percussions). Il est aussi l’inventeur de la clarinay : une clarinette dotée d’une embouchure de nay. Rencontre à l’occasion de la 3e Nuit de la poésie à l’IMA, le 17 novembre 2018. Raphaël Vuillard y présentait avec Mohanad Aljaramani et le jongleur Sylvain Julien les prémices de leur prochain spectacle : « Derviche ».

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Raphaël Vuillard © Alice Sidoli / IMA Alice Sidoli / IMA

Pourquoi ne pas vous être mis à jouer du nay plutôt que de fabriquer une « clarinay » ?

J’avais essayé le nay avec mes amis syriens Khaled et Mohanad Aljaramani… Mais Amjad, leur frère, était un grand joueur de nay, ce qui m’a un peu intimidé.
Puis nous avons créé Bab Assalam (2005). Or, nous y travaillons sur la rencontre Orient-Occident : chacun conserve sa typicité, sa culture. Alors, comme j’avais déjà essayé de souffler dans la clarinette façon nay, j’ai perfectionné le système… Le résultat, c’est la technique du nay, l’embouchure du nay, mais avec une clarinette. Et j’ai appelé cela la clarinay.

Quelle différence entre jouer de la clarinay et du nay ?

On passe d’un instrument à anche à une flûte : ça change complètement de timbre. Comme je suis perpétuellement à la recherche de nouveaux timbres, je trafique beaucoup les sons. Et même si la clarinette offre un panel assez énorme, la flûte raconte autre chose…
Par ailleurs, notre prochain spectacle, « Derviche », adviendra à l’automne 2019. Ce sera un spectacle sur les derviches tourneurs ; et dans la musique des derviches, il y a toujours, ou en tout cas la plupart du temps, un oud et un nay. Je ne pouvais pas ne pas faire ce clin d’œil.

Vous conservez une spécificité occidentale : avez-vous besoin de cet ancrage pour ne pas vous perdre dans la musique de l’autre ?

Dans la musique de l’autre, on se perd au contraire, et on y va gaiement ! Mais je ne veux pas jouer de manière orientale : il existe de très bons clarinettistes orientaux, qui jouent cette musique orientale beaucoup mieux que moi puisqu’il s’agit de leur culture, de leur musique. Moi je suis né avec Mozart, j’ai fait dix ou quinze ans de fosse d’orchestre, et j’ai toujours du Mozart dans ma poche. Depuis ma rencontre en 2005 avec Khaled et Mohanad, en Syrie, nous ne sommes plus quittés ; Bab Assalam est notre activité principale. Et chacun est venu avec son savoir : moi je viens de la musique classique occidentale, Khaled et Mohamad de la musique classique orientale.


quand Khaled et Mohanad ont été contraints de s’exiler en France, nous n’avons plus pu jouer de la même manière : il fallait qu’on raconte, qu’on parle.
Après toutes ces années, où trouvez-vous à vous ressourcer ?

Un peu partout : nous avons fait de nombreux concerts au Moyen-Orient quand nous étions en trio, avant la guerre et la tragédie syrienne. Puis quand Khaled et Mohanad ont été contraints de s’exiler en France, nous n’avons plus pu jouer de la même manière : il fallait qu’on raconte, qu’on parle. Nous avons donc conçu un premier spectacle, « Le voyage de Zyriab », un jeune oudiste du VIIIe-IXe siècle qui, après avoir fui Bagdad, parvint en Espagne, à Cordoue, après un très long voyage ; il a apporté énormément de choses à l’Europe, non seulement dans le domaine de la musique mais aussi ceux de la nourriture, de la mode, de la philosophie, etc. Quitte à parler d’exil, nous avions choisi d’évoquer cet exil-là, un exil « positif ».
Puis est venu un deuxième spectacle, « On ne vole pas qu’avec des ailes », où nous évoquons le voyage des idées : comment Kalila wa-Dimna, recueil de fables orientales d'origine indienne traduites en arabe par Ibn al-Muqaffa’ au VIIIe siècle, est arrivé jusque chez Jean de La Fontaine. Pourquoi ces textes ont-ils voyagé, comment ont-ils traversé les frontières, pourquoi ont-ils été traduits dans toutes les langues ? Une fois encore, il s’est agi pour nous de dénoncer, de parler… Il nous faut raconter une histoire…
Nous avons donné notre dernier concert en Syrie en 2010, dans la salle du trône de la citadelle d’Alep. Nous avions invité, à la fin de notre concert, une dizaine de derviches tourneurs d’Alep. Voilà, c’est notre dernier souvenir de Syrie…
Ce que nous présentons ce soir, c’est un premier jet, un premier travail sur les derviches tourneurs. Mais comme nous sommes dans l’échange Orient-Occident, notre derviche, ici, c’est un circassien – et quel circassien ! –, le jongleur Sylvain Julien.

Raphaël Vuillard interviewé lors de la 3e Nuit de la poésie à l'IMA

Brigitte Nérou, rédactrice en chef du blog de l'IMA
Brigitte Nérou Avec plus de quinze ans d’expérience dans l’édition, Brigitte a rejoint l’Institut du monde arabe en 2003 comme secrétaire de rédaction du magazine Qantara . Elle prend à présent la... Lire la suite
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