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21h à l'Auditorium
Swing et intimisme
avec Karim Kacel
Né le 30 août 1959 à Paris et aîné dune famille de cinq enfants, Karim Kacel a été révélé, en 1982, lors dune audition organisée par la major Pathé- Marconi et filmée par lexcellente émission « Moi, je ». Soumise au vote, sa chanson-ode acoustique banlieue, qui, bien avant lexplosion du rap, évoquait les cités et leurs aléas, sera, à la demande des téléspectateurs, diffusée deux fois. Le tout dans un contexte très agité socialement (grèves, marche des beurs
), politiquement (montée de lextrême - droite) et économiquement (crises industrielles). Son premier 45t (1983, chez EMI), comprenant également le titre La chanson du Kabyle, connaîtra un succès immédiat mais, sans doute trop en avance sur son époque, il aura, par la suite, du mal à simposer auprès du grand public. En effet, bien que se réclamant de la tradition la plus classique de la chanson française, celle des Brel, Reggiani, Brassens, Moustaki, son ami, ou Mouloudji, de la même origine que lui et dont il reprend Comme un ptit coquelicot, il est étiqueté « chanteur beur ». Dans ces années 1980, marquées par des crimes racistes et le « sensationnalisme » de quelques médias complaisants, qui repassaient en boucle des images de rodéos et de voitures flambées dans les banlieues, il nétait pas aisé pour un enfant de limmigration de se faire admettre dans un cercle autre que celui du bâtiment, de la construction automobile ou du
fraisage.
Cependant, Karim, qui a grandi au Kremlin- Bicêtre, a appris la guitare tout seul et a travaillé comme éducateur, persiste et signe de nouveaux disques. Ancien boxeur, il sait encaisser les coups les plus rudes mais aussi en donner à travers des mots résonant comme des directs au cur et des mélodies au caractère très accrocheur, où fraternisent jazz, swing et blues. Et puis, il y a cette voix : puissante, maîtrisée, tour à tour bouleversante et intense. En 1984, il est remarqué sur diverses scènes, dont un passage mémorable au Théâtre de la Ville et au Printemps de Bourges. Deux ans plus tard, son album Ptite sur lui vaut les honneurs de lAcadémie Charles-Cros et du prix Georges Brassens, décerné par le festival de Sète. Sil na pas gagné en notoriété, il a la satisfaction de la reconnaissance de ses pairs et de celle dun auditoire de qualité, qui vient lacclamer à chacune de ses apparitions. Il enchaîne les enregistrements et les tournées, chante pour le Pape en Belgique et récolte de nouvelles distinctions prestigieuses comme le Piaf du meilleur spectacle (1988) ou le petit Robert du meilleur parolier, en 1989, lors des Francopholies de Montréal, que lui remettra Léo Ferré en personne. Il est vrai quen représentation, Karim na pas son pareil pour faire vibrer une salle et lui transmettre des charges démotions très fortes. Personnage attachant, il a de multiples facettes attractives, comme le résume joliment Bertrand Dicale, journaliste au « Figaro » : « Si on veut parler de généalogie, Karim Kacel est plutôt blues, tendance Johnny, mélodie, tendance Jonasz, humanisme tendance Le Forestier. Un enfant de chez nous, donc, même sil aime avoir une derbouka ou un oud « pour ne pas oublier », aurait dit Ferré ». Rajoutons quen 1991, Kacel sest même investi dans une comédie musicale, à travers une création « Tas beau tappeler Van Gogh », en collaboration avec le groupe vocal Les Octaves, quil jouera à Avignon.
En 2002, sa carrière prend une nouvelle dimension avec lalbum Rien que pour toi, où il met en avant (et en valeur) ses racines. La voix est toujours aussi belle, il semble à laise dans ses nouveaux habits (orchestraux et mélodiques) orientaux et on se laisse facilement captiver par quelques morceaux comme Tizi-Ouzou. Quand il nest pas sur les planches, Karim anime des ateliers musicaux « Paroles et Musiques » au sein du comité dentreprise dEDF - GDF. Une autre manière de toujours garder la voix au chaud.
R.M.
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