|
|
20h30 à l'Auditorium
MALI
Le blues du Sahara
Avec Tinariwen
Issus du peuple nomade le plus fascinant au monde, on peut dire que les musiciens de Tinariwen ne pouvaient mieux rêver quune naissance artistique vagabonde, le long des pistes reliant le Mali, lAlgérie et les oasis libyennes. Ou ne pouvaient rêver pire, car, cest poussés au déracinement et à lexil, par des conditions économiques, dans des circonstances politiques sévères, quIbrahim, Keddu, Hassan, Enteyeden et Mohamed dit " Japonais " se sont rencontrés à la fin des années 70 pour former un ensemble appelé alors Taghreft Tinariwen (le groupe des déserts). Difficile dans leur cas de parler dune carrière, voire dune trajectoire, tant ces vingt et quelques années ont été une somme ininterrompue de galères, de ruptures, dincertitudes et même de combats. Au début des années 90, on retrouve Ibrahim et Keddu en maquisards participant à lattaque dun poste militaire près de Menaka, sur la frontière séparant le Mali du Niger. Cette offensive lancera véritablement la légende du groupe Tinariwen.
Depuis cette époque héroïque, sa composition na cessé dévoluer, intégrant la jeune génération avec Abdallah, Eyadou, Said et Elaga, et confiant à Mina et Wounnou un rôle bien plus substantiel que celui de simple figuration féminine. Un premier album en 2002, The Radio Tisdas Sessions, réalisé à lénergie solaire dans les studios de la radio de Kidal, témoignait de la conservation dun style traditionnel propre aux Touaregs maliens mais transposé dans la modernité, notamment grâce à lusage de nombreuses guitares électriques. Amassakoul (TribanUnion/Emma Prod/AZ), enregistré au studio Bogolan de Bamako, achève ce processus de préservation-modernisation et immobilise enfin cette musique de lerrance. Accompagnés au tindé, percussion jouée habituellement par les femmes, à la flûte tazammârt et à la guitare, Tenere Dafeo Nikchan permet à Ibrahim dévoquer le souvenir de ceux qui ne sont plus là. De son chant nocturne, plus quune évocation, naît la sensation presque palpable de lasuf, solitude physique et morale au cur de toute la poésie chantée des Touaregs. Que la musique de Tinariwen puisse parfois rappeler une forme primitive du blues nest donc pas fortuite. Comme pour le blues, elle sert à filtrer, à travers une expression rythmique et harmonique circulaire, un sentiment de détresse universel.
Francis Dordor
|
|