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Les nuits du cinéma arabe
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Taheya Carioca, le démon de la danse
Par Christophe Ayad
Lorsque Taheya Carioca sest éteinte au mois de septembre 1999, cest tout un pan de lhistoire du cinéma égyptien qui sen est allé avec elle. Née en 1915 à Ismaïliyya, la jeune Taheya Ali Mohamed Karim débarque au Caire à lâge de douze ans. Rapidement, elle simpose avec Samia Gamal, sa grande rivale, comme lune des meilleures danseuses orientales de sa génération. On se précipite pour voir la merveille se produire dans le célèbre cabaret de Badia Massabni. Comme Taheya excellait aussi dans le style " brésilien ", elle prit le surnom de " Carioca " (du nom des habitants de Rio de Janeiro). Durant les années 1930-1940, elle porte la danse au sommet de son art et sa réputation parvient jusquaux oreilles du roi Farouk qui linvite à danser pour son anniversaire. Son style, plus populaire, plus sensuel et plus rentré que celui de Samia Gamal, qui avait besoin despace pour développer sa chorégraphie, fait école. La carrière de Taheya Carioca au cinéma débute en 1935 par un petit rôle dans Docteur Farhat de Togo Mizrahi. Mais cest La Femme et le Pantin, avec le légendaire comique Naguib al-Rihani, qui en fait une vedette en 1946. Elle a contribué, au tout premier plan, à lâge dor de la comédie musicale égyptienne, lorsque les studios du Caire étaient un petit Hollywood-sur-Nil. En cinquante-cinq ans de carrière au cinéma, Taheya Carioca a su démontrer quelle était aussi bonne actrice que danseuse. Cest le grand Salah Abou Seif qui lui a donné ses plus beaux rôles dans Le Costaud et surtout La Sangsue où elle incarne une inoubliable maîtresse femme qui plie tout son entourage à ses désirs, et particulièrement le jeune Choukri Sarhane submergé par sa féminité triomphante. En tout, Taheya Carioca a tourné dans plus de 120 films. |
Les nouveaux comiques égyptiens
Par Christophe Ayad
Ils sont jeunes, sans complexe et tout ce quils touchent vaut de lor : Alaa Walieddine, Achraf Abdel Baqi et Mohamed Heneidi sont les nouveaux sauveurs du cinéma égyptien. Depuis trois ans, ils trustent les succès au box-office, battent tous les records de recettes et remplissent des salles désertées. Le phénomène a commencé avec Ismaïliyya aller-retour qui a lancé en 1997 le phénomène Heneidi en restant pas moins dun an à laffiche, du jamais vu depuis Mon père perché dans larbre avec Abdel Halim Hafez en 1969. Aujourdhui, Mohamed Heneidi est la nouvelle poule aux ufs dor du cinéma égyptien : Un Saïdien à lUniversité américaine et Hammam à Amsterdam, ses deux films suivants, ont été des triomphes. Pourtant, ce petit bonhomme dune trentaine dannées, originaire du quartier populaire dImbaba, ne paie pas de mine avec ses lunettes et sa calvitie naissante. Mais il a cette capacité étonnante de faire se plier de rire le public avant même douvrir la bouche, un peu comme son grand aîné Ismaïl Yassine. À la différence dAdel Imam, qui a régné sans partage sur le comique arabe pendant les vingt dernières années, Mohamed Heneidi et la génération des nouveaux comiques nont pas de message politique ou social à faire passer. Dans Abboud sur les frontières, au comique très troupier, il sagit seulement pour une bande de jeunes fumeurs de pétards de sen tirer le mieux possible, pas de remettre en cause un service militaire absurde et dangereux. Rien de vraiment critique chez les nouveaux comiques, juste un peu dhumour slapstick et absurde, le sens de la répartie et surtout un langage jeune. Le célèbre " Kamanana " dIsmaïliyya aller-retour, néologisme intraduisible qui résume les attentes et les frustrations de la jeunesse égyptienne, est passé dans la langue courante. Les nouveaux comiques ont apporté un bol dair frais au public jeune qui avait déserté les salles obscures et surtout au cinéma égyptien qui a redécouvert quil pouvait gagner de largent. |
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