Hommage à la Cinémathèque algérienne

Re-garder les films pour sauver le cinéma
Par Boudjemaa Karèche

Il avait raison ce cinéaste qui s’écriait avec force au début de cette année au Musée du Cinéma d’Alger, à l’occasion de mémorables débats, bruyants et passionnés : " Bon Dieu ! Faire des films, c’est aussi faire l’Algérie. " Les spectateurs de l’Institut du Monde Arabe qui verront les dix films programmés pour cette carte blanche à la Cinémathèque algérienne lui donneront raison, j’en suis certain. Ils visiteront par l’image et le son, très souvent beau et touchant, un pays difficile certes, mais riche et vivant. Ce pays a eu une chance extraordinaire depuis son Indépendance : l’existence de cinéastes et d’artistes de talent. Ils ont su malgré la précarité des organismes chargés de la cinématographie, malgré la faiblesse des conditions matérielles et financières, rendre avec intelligence et avec finesse toute la vie d’un pays, toute l’âme d’un peuple.

Grâce à tous ces films, cet Institut du Monde Arabe, qui deviendra algérien pour quelques instants, permettra aux spectateurs et tout particulièrement aux nôtres, qui aiment plus leur terre lorsqu’ils en sont éloignés comme le dit à juste titre Kateb Yacine, de reprendre attache et de vibrer aux rythmes des projections.

Notre espoir à l’instar des deux dernières manifestations organisées à Paris par les deux Cinémathèques française et algérienne (20 films algériens en 1973 et 90 films arabes en 1977), est que des distributeurs courageux et audacieux donnent leur chance, ne serait-ce que sur des écrans télé, à ces petits chef-d’œuvres, à l’image de ceux de 1973 et 1977 qui avaient ouvert les portes de la distribution au Charbonnier, à Noua et à Omar Gatlato. Mon pays, sa convalescence terminée, fera le reste. Nos cinéastes et nos artistes reprendront alors leur courage pour d’autres créations, d’autres films (5 sont déjà en chantier). Mon pays, comme en 1964, créant en même temps l’Institut du Cinéma et la Cinémathèque algérienne, trouvera de nouvelles solutions pour un autre chemin, un autre mariage cinéma-jeunesse. Les spectateurs quant à eux qui réhabiteront nos salles, décideront de cet avenir avec audace et détermination.

Azzedine vient de nous quitter, Meddour part en pleine possession de ses moyens, une montagne est tombée. Et pour notre part, il nous faut le pleurer, il nous faut transformer notre colère.

Disons enfin, nos remerciements et notre gratitude aux organisateurs de cette manifestation tant ils nous aident à garder pied, à tenir bon et à nous arrimer à la modernité.

Films présentés

L'Aube des damnés de Ahmed Rachedi (1965)
Le Charbonnier de Mohamed Bouamari (1972)
La Citadelle de Mohamed Chouikh (1988)
Les Folles Années du Twist de Mahmoud Zemmouri (1983)
Le Moineau de Youssef Chahine (1974)
La Montagne de Baya de Azzedine Meddour (1997)
Omar Gatlato de Merzak Allouache (1976)
Tahia ya Didou de Mohamed Zinet (1971)
Le Vent des Aurès de Mohamed Lakhdar-Hamina (1966)
Z de Costa-Gavras (1968)