Gros plan sur la production télévisuelle du Golfe

Le cinéma et la télévision dans les pays du Golfe : réalité et ambitions
Par Abdel Sattar Naji

Lorsque le Prince Ahmed Jaber al-Sabah a donné le signal de la première exportation de pétrole koweïtien, Mohamed Qabazard, faisait tourner sa caméra pour immortaliser ce moment important de l’histoire du pays. Au même moment, Allan Fillers, un navigateur australien, réalisait un documentaire sur les conditions de vie des pêcheurs de perles et Qabazard réalisait son documentaire Le Koweït entre hier et aujourd’hui, considéré aujourd’hui comme l’un des documents les plus précieux sur le Koweït.

Mais depuis, de nombreuses années se sont écoulées, plus de soixante. Et le bilan de la production cinématographique dans les pays du Golfe, au fil de ces décennies, reste en retrait, comparé aux développements spectaculaires réalisés dans tous les autres domaines. Les films de fiction réalisés tout au long de ces années se comptent effectivement sur les doigts d’une seule main. Les raisons en sont multiples : absence totale d’une stratégie de production, absence d’un secteur public, absence du soutien de l’État au cinéma. D’autre part, et malgré l’existence de nombreuses sociétés de production privées, la production reste faible et quasi inexistante dans le domaine du cinéma. Seule la production télévisuelle est prioritaire.

En 1950, le ministère de l’Éducation au Koweit créait le Département du cinéma. Quatre ans plus tard, était constituée la Société du Cinéma koweïtien, dont le projet impliquait la création d’un parc de salles et un secteur de distribution. Mais, bien que la production ait été citée dans ses statuts, elle a toutefois été ignorée et négligée.

Ce Département a joué un rôle positif en produisant un grand nombre de documentaires et quelques fictions, avant d’être fortement éprouvé après l’invasion du Koweït par l’Irak, jusqu’à l’arrêt total la production.

À ses débuts, ce Département a produit La Tempête de Mohamed al-Sanoussi (1965) et Le Faucon de Khaled al-Seddik. Ce dernier est passé ensuite à la fiction avec Mer cruelle, Noces de Zein et Chahine.

Il en est de même dans les autres pays du Golfe, où les efforts de certains cinéastes pour réaliser leurs projets n’aboutissent pas toujours.

Si Mohamed al-Sanoussi, Badr al-Mudaf et Khaled al-Seddik sont les pionniers du cinéma au Koweït, en Arabie Saoudite, Abdallah al-Muheisen et Mohamed al-Qazzaz ont essayé d’imposer le cinéma documentaire saoudien. Abdallah al-Muheisen a réalisé plusieurs documentaires, dont Le Choc, L’Islam, un pont vers l’avenir et L’Assassinat d’une ville.

Au Qatar, Mohamed Nabih a réalisé, en 1976, son premier film de fiction La Voile triste. Le Britannique Rod Baxter y avait réalisé le premier documentaire en 1960, et actuellement, plusieurs projets sont en chantier.

Il en est de même aux Émirats Arabes Unis, où les tentatives sont essentiellement documentaires, en dehors de quelques courts métrages de fiction.

À Oman, on a pu remarquer le travail d’Abdallah Habib qui a réalisé plusieurs courts métrages de fiction.

À Bahrein, le cinéma doit beaucoup à Khalifa Chahine, qui a réalisé de nombreux films, dont : Images d’une île, Des gens à l’horizon et La Vague noire. Dans son sillage, plusieurs réalisateurs ont émergé ensuite : Majid Chams, Ali Abbas, puis Bassam al-Thawadi auteur de plusieurs documentaires (L’Aveugle, Les Deux Frères, Les Génération, Le Masque et Les Anges de la terre) avant de se tourner vers la fiction avec La Barrière en 1990.

À cet état des lieux peu encourageant, il faut ajouter des problèmes techniques majeurs : absence des techniciens qualifiés et de laboratoires.

Qu’en est-il de la Télévision ? Là, les réalisations sont concrètes, bien qu’inégales, selon les pays. Les dramatiques koweïtiennes trouvent leur place dans l’ensemble des pays du Golfe et les pays arabes en général, et ce grâce à la notoriété des acteurs koweïtiens. Les dramatiques bahreïnienne commencent, elles aussi, à suivre ce chemin, grâce à la qualité de leurs techniciens. Au cours des cinq dernières années, les dramatiques saoudiennes ont connu un développement notoire grâce à la participation du secteur privé et au rôle joué par le Conseil de Coopération des pays du Golfe, autant sur le plan des dramatiques que sur celui du documentaire.

Ainsi, au moment où les Télévisions dans les pays du Golfe connaissent un essor évident, le cinéma, lui, semble vouloir y jeter l’ancre, exigeant une nouvelle donne capable de changer cette triste réalité.

Gros plan sur la production télévisuelle du Golfe

Al-Muhallab de Habib Hussein, (Koweït, 1998)
L’Autre Face de Bassam al-Thawadi (Bahreïn, 1990)
La Barrière de Bassam al-Thawadi (Bahreïn, 1990)
Le Bateau " Fath el-Kheir " de Suleiman al-Awadi (Koweït, 1995)
Des mosquées célèbres : la mosquée Hassan II de Youssef Hammouda (Coproduction des pays du Golfe, 1999)
La Fondation du Koweit pour la recherche scientifique aujourd’hui
Hadramout, carrefour des civilisations de Khadija al-Salami (Yémen, 1991)
L’Islam, un pont vers l’avenir de Abdallah al-Muheisen (Arabie Saoudite, 1982)
Libre pour toujours de Abdel Mohsen Hayat (Koweït, 1998)
Le Monde de la connaissance : l’informatique (Coproduction des pays du Golfe, 1999)
Ouvre-toi sésame (Coproduction des pays du Golfe)
Le Retour du Houlou de Youssef Mohamed al-Filkawi (1995) Koweït (doc)
Sur les traces des chameaux de Abdullah Hamad al-Mekhyal (Koweït, 1998)
Terre de Saba de Khadija al-Salami (1997) Yémen/France (doc)
Voyage à travers le Golfe : Oman de Habib Hussein (Coproduction des pays du Golfe, 1999)