Le Yémen occupe une place très particulière au Proche-Orient. Par son puissant relief qui surplombe, de plus de 3000 mètres, la mer Rouge, l'océan Indien et le désert du Rub al-Khâlî. Par l'abondance de ses pluies de mousson. Par son isolement, enfin, à l'extrémité de la péninsule Arabique, loin des grands foyers de civilisation.

L'originalité du Yémen réside autant dans le pays que dans les hommes. Ces montagnards attachés à leurs terrasses exiguës comme ces semi-nomades des marges du désert, fiers d'une tradition culturelle plus que millénaire, prétendent descendre directement des Himyarites ou des Sabéens. La société yéménite surprend en effet par ses permanences. Parmi les tribus qui ont joué un rôle important dans l'histoire des royaumes antiques, une dizaine subsiste encore de nos jours. Certes, les tribus se sont déplacées, leurs territoires souvent modifiés, des influences sans cesse extérieures exercées, mais nulle part ailleurs au Proche-Orient on n'observe une telle stabilité.

Les permanences sont diverses. Le voyageur se plaira à noter la hauteur et la décoration des maisons-tours, mais cet art de bâtir trouve ses origines dans l'architecture pré-islamique. Il remarquera aussi le rôle des tribus et la fragmentation politique qu'elle entraîne, mais de tous temps l'action de l’État sans accord tribal préalable fut impossible. La diversité des croyances juive, sunnite ou zaydite hérite d'une longue histoire souvent troublée. Le pays est en effet passé du paganisme au judaïsme ou au christianisme, puis à l'islam. L'Arabie du Sud se singularise enfin par son conservatisme linguistique : des langues sémitiques non arabes survivent encore dans certaines régions orientales (le Zufâr et l'île de Socotra).

Notre connaissance du Yémen repose sur une abondante documentation écrite : plus de dix mille fragments d'inscriptions sur pierre, métal et céramique. Les Hébreux, les Phéniciens et les Perses n'ont jamais légué de telles sources. Mais les plus étranges documents ne sont-ils pas ces nervures de palmiers couvertes de textes juridiques ou économiques ? La publication de ces archives ouvrira des horizons nouveaux à l'histoire antique.

Le principal problème réside dans le retard de l'archéologie. L'ouverture du pays est récente -moins d'une cinquantaine d'années- et quelquefois irrégulière. Mais la quinzaine de sites fouillés, principalement sur les marges du désert, ont permis des avancées spectaculaires dont l'exposition se propose de faire le point, et les prospections offrent encore de nouvelles perspectives de découvertes. Le Yémen est ainsi une terre riche de promesses pour l'archéologue et l'historien.


Inscription d'Abrahâ, Marib, Digue





Crédits photographiques
Philippe Maillard - DAI/Burkhard Vogt - Hana Chidiac - S.Autum-Muizer - John Tsantes
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