Vers 300 av. J.-C., une mutation intervint certainement dans l'élite dirigeante du royaume de Napata. Selon la tradition historiographique grecque, le roi Ergaménès - Arkamani Ier - aurait alors brisé l'influence des prêtres d'Amon. Il déplace alosr la nécropole de Nouri à Méroé, où certains membres de la famille régnante avaient déjà été inhumés. À côté des temples pour les divinités égyptiennes (comme les sanctuaires d'Amon, à Méroé et Naga), on en construit d'autres pour les divinités locales telles que le dieu léontocéphale Apédémak (à Naga et Moussawwarat es-Soufra).

Il est impossible d'écrire actuellement une histoire de l'art méroïtique, car les témoignages sont encore trop peu nombreux. La statue royale en bronze doré reste, à ce jour, l'unique témoignage de la maîtrise des métaux atteinte à Méroé. La multiplication des représentations de prisonnier est étonnante ; elle permet d'attribuer aux populations méroïtique un tempérament particulièrement belliqueux. Le groupe de ce que l'on appelle les « statues-ba » est particulièrement frappant par sa diversité stylistique : ce sont des statues funéraires de personnages non-royaux, provenant exclusivement du Nord du royaume. Des analogies stylistiques étonnantes unissent la plus impressionnante de ces têtes avec les réalisations contemporaines de la culture Nok, au Nigéria, à quelque 2500 km de là.

Méroé a été une culture marginale du royaume des Ptolémées, puis de l'Empire romain en Égypte. De nombreux objets importés de la culture hellénistique, imités ensuite localement, attestent l'importance des relations commerciales et le goût des élites locales pour ces produits de luxe : on se donnait des airs de culture hellénistique. On alla jusqu'à réaliser, pour un nymphée du palais royal de Méroé, une série de statues s'inspirant des modèles gréco-romains (« Vénus de Méroé »).





Image : Jürgen Liepe
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