Les imposantes forteresses égyptiennes édifiées au Moyen Empire, à la hauteur de la IIe Cataracte, étaient dirigées contre une puissance militaire rivale, née à la faveur de la Première Période intermédiaire : l'État de Kerma, premier véritable royaume nubien. Depuis sa capitale, située sur la IIIe Cataracte, son domaine d'influence s'étendait jusqu'à la IVe Cataracte ; au cours de la Deuxième Période intermédiaire, la Basse-Nubie passa temporairement sous sa domination. On repère les antécédents de cette culture dès 3000 av. J.-C. (« Pré-Kerma »).

Les énormes tombes à tumulus des souverains de Kerma - avec un diamètre pouvant atteintre 70 mètres - ont fourni un mobilier funéraire riche et abondant, qui illustre l'autonomie de cette culture. On relèvera particulièrement les incrustations figurées en mica, plaquettes taillées d'une extrême minceur. Selon la tradition nubienne conservée, les princes étaient ensevelis couchés sur un lit funèbre, dont les pieds se terminent en pattes d'animaux, ce dernier trait étant d'influence égyptienne. On observe, dans la culture du groupe C, quelques cas isolés de sacrifice et d'inhumation conjoints de domestiques, accompagnant leur maître dans l'au-delà.

Les décors muraux de grand format et les figurines de faïence en ronde-bosse attestent le haut niveau de la technologie. Mais le plus impressionnant reste la céramique de cette culture de Kerma : avec leurs formes élégantes et la minceur de leurs parois, les vases de l'époque classique (1750-1500 av. J.-C.) comptent au nombre des plus belles productions céramiques de la vallée du Nil. Les vases plastiques à décor en relief sont également uniques en leur genre ; un vase décoré, en forme de hutte cylindrique, permet d'évoquer une forme architecturale qui est sans doute celle des habitations courantes de l'époque.

De nombreux objets de provenance manifestement égyptienne (126-128) avaient conduit le premier fouilleur du site, Georg Reisner, à voir dans Kerma un avant-poste du royaume des pharaons. Il n'en est rien, mais il y avait visiblement, à la cour de Kerma, un goût prononcé pour les biens de consommation égyptiens, une sorte de « mode égyptisante » ; les objets correspondants étaient importés soit comme marchandises commerciales, soit comme cadeaux, soit comme butin de guerre.





Image : Jürgen Liepe
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