Une fois que l'Égypte du Nouvel Empire (vers 1100 av. J.-C.) se fut retirée de la Nubie, une nouvelle culture nubienne put se développer à la faveur du vide politique ainsi créé ; elle allait bientôt attaquer vers le Nord. Le royaume de Napata, avec sa capitale au Djébel Barkal, la « Montagne Sacrée », a été la première et la seule culture issue de Nubie capable de conquérir l'Égypte, puis de la dominer pendant environ un siècle (750-656 av. J.-C.). Les prêtres d'Égypte ont enregistré cette époque comme XXVe Dynastie, les nouveaux maîtres kouchites reprenant à leur compte l'héritage des Pharaons.

L'une des chevilles ouvrières de cette prise de pouvoir fut la « Divine Épouse d'Amon », grande-prêtresse de Karnak qui avait acquis une position politique prééminente à la faveur des troubles de la Troisième Période intermédiaire. La succession à ce poste se réglait par adoption et le souverain kouchite Piyé avait fait en sorte que sa soeur Aménirdis prît la suite de la princesse égyptienne qui occupait le poste. La représentation de la « Divine Épouse » Shépénoupet II en sphinx illustre bien la puissance temporelle de ces grandes-prêtresses, représentantes et vicaires du Pharaon kouchite en terre d'Égypte.

Les nouveaux détenteurs de la Double-Couronne donnèrent à leur conquête un nouvel essor. On relance l'activité de construction dans presque tous les grands sanctuaires du pays et l'art égyptien, qui se sclérosait en schémas répétitifs, connaît un renouveau d'inspiration. La structure corporelle plus puissante et le type de physionomie différent, propres à l'art kouchite, se traduisent par la modification du canon sculptural égyptien et par l'individualisation des traits dans les portraits.

En sens inverse, les Kouchites empruntèrent aux Égyptiens leurs rituels funéraires et la forme de la pyramide pour leurs tombeaux. À el-Kourrou, puis à Nouri surgissent de vastes champs de pyramides, dont les chambres sépucrales hypogées ont livré un matériel funéraire aussi riche qu'abondant : parures, amulettes et ouchebtis . On garde toutefois la tradition des inhumations sur lits funèbres.





Image : Jürgen Liepe
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