L’indéniable " magie ", l’évident pouvoir d’attraction qu’exerce le Maroc, depuis des siècles, sur ses visiteurs, ont leur origine dans le passé profond de ce pays et leurs racines dans une spécificité historique qui a fait de celui-ci un espace unique au sein de l’ensemble arabe.

Jacques Berque lui-même — dans un ouvrage simplement intitulé Le Maroc (et co-signé avec Julien Couleau - PUF, 1977) — se rappelle son étonnement quand il lui fut donné, au temps de sa jeunesse, de constater "  à quel point ils [les Marocains] se distinguaient eux-mêmes de leurs voisins algériens et de tout autre peuple d’Islam, bien que conscients de partager avec eux l’universalisme d’un langage et d’une foi ".

Ce particularisme du " Maghreb extrême " (Al-Maghrib Al-Aqsa ") — ainsi que les Arabes désignent le Maroc — tient d’abord à une situation géographique unique et d’une diversité sans pareille. Ainsi le Nord du pays est-il ouvert sur la mer Méditerranée quand ses côtes occidentales sont baignées par l’océan Atlantique... Ainsi la dimension africaine du Sud du pays répond-elle à un septentrion tourné vers l’Andalousie et vers l’Europe... Ainsi encore le Maroc apparaît-il comme un ensemble subtil et équilibré constitué de tous les reliefs possibles — terres arides, riches cultures, déserts, montagnes, plaines côtières — et doté de climats divers...

L’Histoire, pour sa part, semble aussi avoir pourvu ce pays avec une semblable générosité ; sans remonter aux temps anciens des comptoirs phéniciens ou carthaginois et en en limitant l’examen à la période islamique, on peut aisément en constater la richesse. Il suffit d’évoquer les premières conquérants arabes, fondateurs du royaume idrisside, les grandes dynasties berbères — les Almoravides, les Almohades —, les époques mérinide et saadienne, le règne du glorieux Moulay Ismaïl, pour, sans entrer dans le détail, se remémorer la grandeur du Maroc et de ses villes impériales : Fès, Meknès, Rabat, Marrakech... Il faut aussi souligner, pour bien comprendre la spécificité marocaine, le fait que le Maroc est le seul pays arabe à n’avoir jamais été inféodé à la Sublime Porte, à n’avoir jamais fait partie de l’ensemble ottoman ; de même, le Maroc a-t-il été encore le principal héritier de la civilisation arabo-andalouse.

L’ensemble de ces traits a permis au Maroc de se forger cette identité si forte, si aisément reconnaissable. Cette profusion culturelle s’est notamment exprimée au cours des siècles en développant un " art de la ville et de la maison " d’un raffinement et d’une sophistication extrêmes. C’est cette " magie des lieux ", dans ses espaces tant publics que privés — qu’il s’agisse de l’architecture d’une mosquée ou d’une médersa ou encore de la confection d’un parfum, d’une céramique, d’une broderie, d’un tapis —, cet art de vivre que l’exposition de l’Institut du monde arabe s’est attaché à montrer sous ses aspects les plus divers.

Et c’est bien sûr cette fascination à l’égard du Maroc que l’on retrouve à l’œuvre tant dans les toiles et les dessins de Matisse que dans les romans et les nouvelles de Pierre Loti ou de Paul Bowles, de Juan Goytisolo ou de Brion Gysin, auxquels l’Institut du monde arabe consacre simultanément deux autres expositions : Le Maroc de Matisse et L’Appel du Maroc. Avec Maroc, magie des lieux, celles-ci constituent un triptyque qui permettra au visiteur de prendre la mesure du génie propre du Maroc comme celle aussi de son influence sur les oeuvres de tant de créateurs et d’artistes.


Du mardi au dimanche de 10 h à 18 h.
Entrée 30 F / 20 F





 Image : Kuts
 copyright © 1999 Institut du Monde Arabe, Paris.