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Contexte artistique
Jacques est le fils de lébéniste Louis Majorelle, lun des chefs de file de lEcole de Nancy. Ce courant Art Nouveau, célèbre dans le monde entier, fait de Nancy, entre 1885 et 1900, une ville où la création et la production artistiques sont en pleine effervescence. Emile Gallé, Louis Majorelle, Jacques Gruber, Antonin Daum, Victor Prouvé..., tous ces artistes verriers, ébénistes, peintres, contribuent au prestige et à la renommée de ce mouvement.
Jacques grandit dans cette mouvance. Il accompagne fréquemment son père dans ses ateliers et tout le destine tôt ou tard à y prendre part. Il est, à cet effet, inscrit en 1901 à lEcole des beaux-arts en section Architecture et Décoration.
Mais dès 1903, Jacques Majorelle affirme sa volonté de devenir peintre. Etudes à Paris, voyages en Espagne, en Italie, il séloigne peu à peu de Nancy. En 1910, ses envies dailleurs le mènent jusquen Egypte où il découvre le monde de lIslam, ses couleurs, ses lumières, ses coutumes. Il y effectue trois voyages successifs jusquà la guerre en 1914. Cet exil volontaire lui permet de trouver sa voie, la rupture avec Nancy semble définitive.
Cest en 1917 quil se rend pour la première fois au Maroc afin de se remettre dune maladie pulmonaire. Grâce à lentremise de son père et du peintre Emile Friant, le général Lyautey, originaire de Nancy, facilite son installation.
Jacques Majorelle au Maroc 
Jacques Majorelle a 31 ans lorsquil débarque à Tanger. Il rejoint rapidement Marrakech. Il y prolonge et concrétise ce quil avait découvert en Egypte.
Cest peu de dire quil est séduit par la ville, elle va le révéler à lui-même...
Sintégrant à la fois à la communauté européenne et au milieu arabe, il est reçu quelques mois après son arrivée par le Pacha et devient rapidement lune des célébrités locales. Très vite, il sait que ce pays sera le sien. Dans les différentes expositions organisées au Maroc et en France à partir des années 1920, il simpose comme " le peintre de Marrakech " puis comme " le peintre du sud marocain ".
Subjugué par la lumière, les odeurs, les lieux, il veut témoigner de lauthenticité des habitants de la ville, saisir leur quotidien, peindre les marchés, les souks, décrire cette activité incessante qui lenchante.
Dès 1921, il entreprend des expéditions dans lAtlas. Là encore il est ébloui par les paysages somptueux, fasciné par larchitecture des palais, intrigué par la vie féodale des villages, de ces montagnes encore inviolées.
Les Kasbahs de lAtlas quil semble vouloir peindre à linfini constitueront lun de ses thèmes majeurs et lui permettront de réaliser quelques unes de ses plus belles compositions.
" Il y a ici des scènes dun tel réalisme quon oublie son époque et soi-même et quon se laisse vivre en plein Moyen-Age ", écrit-il au cours de lun de ses voyages.
Cest en explorateur quil sillonne ces contrées et cest lâme de tout un peuple quil veut approcher dans ses tableaux qui vont bien au-delà des simples scènes de genre. Son uvre va ainsi révéler lexistence des villages perdus de lAtlas et de leurs grandes architectures de terre.
" Que celui-ci [Majorelle] peigne (
) les souks de Marrakech (
) ou les Kasbahs féodales du sud du désert, toujours il réalise, dans une forte synthèse décorative, bien quavec une préciosité de miniaturiste persan, la vérité profondément observée et repensée du pays qui le passionne ", écrit Camille Mauclair dans Le Figaro, en mai 1932.
La villa et les Jardins Majorelle 
En 1923, Jacques Majorelle fait construire une imposante villa de style mauresque Bou saf-saf, à la limite de la palmeraie. Il dessine les motifs des zelliges, ces mosaïques qui couvrent les murs, peint les vantaux de la porte dentrée en cèdre de motifs géométriques bleu dur, vert et rouge sombre. Ces mêmes couleurs sont utilisées pour la décoration intérieure dont les références à lart traditionnel marocain sont évidentes. Enfin une tour légèrement en retrait accentue le côté saharien de cette construction devant laquelle sétale un grand bassin.
Autour de cette maison, il conçoit un jardin comme une immense oasis de verdure dans laquelle les espèces les plus extraordinaires, les plus luxuriantes sépanouissent avec bonheur. Les volutes extravagantes qui ornaient à profusion les vases, les meubles, les vitraux de lEcole de Nancy auraient-elles à jamais marqué limaginaire de lartiste? Toujours est-il quil ne cesse denrichir son jardin avec les essences les plus rares : 1800 sortes de cactées, fleurs tropicales, bananiers, fougères géantes et 400 variétés de palmiers envahissent lespace répandant leurs parfums enivrants sur quatre hectares. Onze bassins de différentes formes rafraîchissent ce somptueux jardin.
En 1931, à lopposé de la villa mauresque, il confie à larchitecte Sinoir la construction dun atelier de style moderne dans lequel il se retire pour travailler.
En 1955, la villa familiale Bou saf-saf, entourée de son parc dun hectare, fut séparée du restant de la propriété. Le jardin exotique de trois hectares qui entourait latelier de Jacques Majorelle fut alors ouvert au public. Par la suite ce vaste espace fut morcelé et certaines parties furent vendues.
Aujourdhui, la villa Bou saf-saf appartient à Yves Saint Laurent et à Pierre Bergé. Ils ont permis sa restauration ainsi que celle dune partie des jardins toujours ouverte au public.
Latelier a été transformé en musée dart islamique.
Les ateliers Majorelle 
Etre le fils de Louis Majorelle nest pas sans conséquence...
A peine arrivé à Marrakech, Jacques Majorelle décide de créer un art décoratif nouveau sinspirant de la tradition et qui serait réalisé à partir de produits régionaux et exécuté par une main duvre locale. Les ateliers sont installés derrière la villa et gérés par Andrée Majorelle, la femme de lartiste. Ils prospèrent très vite : cuirs dart, maroquineries fines, meubles en bois peints...
Cest dans ses ateliers quil fera réaliser différents travaux de décoration, les plus importants étant ceux quil créée pour sa propre maison, ceux quil présentera à l'Exposition des Arts décoratifs en 1925 et enfin ceux quil fait exécuter pour lhôtel Mamounia à Marrakech. Le plafond de la grande salle à manger du célèbre palace est peint de motifs qui font référence à lart berbère et aux motifs fassis.
L'Afrique noire 
A partir de 1930, Jacques Majorelle délaisse momentanément les kasbahs et les paysages du sud pour se consacrer à un nouveau thème : les négresses nues. Bien sûr le mythe de lAfrique noire est alors très en vogue mais au-delà de leffet de mode, le peintre semble réellement fasciné par la beauté et la sensualité de ces femmes quil fait poser dans la végétation luxuriante de son jardin. La consécration de cette nouvelle série se fera en novembre 1934 à la galerie Charpentier à Paris : 115 tableaux sont présentés dont 95 rendent hommage aux négresses nues. Des rehauts métalliques dor, dargent et de bronze subliment léclat de ces corps débène qui semblent évoquer la nostalgie du paradis perdu et qui ne manquent pas de susciter les fantasmes des acheteurs occidentaux.
Si lexotisme est très présent dès les années 30 dans la vie de Jacques Majorelle ce nest quaprès la guerre quil se rendra en Afrique Noire à la recherche des origines de ses modèles. Du Soudan à la Guinée, ses voyages successifs le mèneront de plus en plus loin : foules bigarrées, scènes de marché, portraits de femmes témoigneront une fois encore de la vie de tout un peuple. Mais si les sujets restent identiques, la palette de lartiste évolue. Dès le premier voyage la tonalité des tableaux change : les harmonies sont plus violentes, les couleurs plus vives.
Expositions et travaux 
Jacques Majorelle expose pour la première fois en 1908 à Paris à la Société des Artistes Français.
En 1909, il présente à Paris et à Nancy des uvres inspirées de ses voyages à Venise et en Espagne. A partir de cette même année, il exposera régulièrement à la Société Lorraine des Amis des Arts.
En 1918, une première exposition au Maroc est organisée dans le hall de lhôtel Excelsior à Casablanca. Il y présente ses premiers travaux marocains.
En 1919, la chambre de commerce de Nancy accroche sur ses cimaises des vues dEgypte et du Maroc.
En 1922, une grande exposition, à Paris, à la galerie Georges Petit consacre les travaux de ses premiers périples dans lAtlas. Quatre-vingt dix-sept huiles et gravures sont présentées à cette occasion.
A Paris, les ateliers Majorelle de Marrakech participent à lExposition Internationale des Arts Décoratifs de 1925. Ils décorent le hall de la section du Maroc de meubles, coussins et tableaux.
Jacques Majorelle présente à Casablanca en 1929, des uvres qui seront reproduites dans LAlbum des Kasbahs. Cet ouvrage, préfacé par Lyautey et publié en 1930, est illustré de 30 planches, rehaussées dor et dargent.
En 1930, exposition à la galerie Renaissance à Paris
En 1931, Majorelle participe à lExposition Coloniale Internationale de Vincennes. Il peint notamment à cette occasion pour le pavillon du journal La Vigie marocaine une grande composition décorative, Les Allamattes.
Deux ans plus tard, en 1933, il présente à la galerie Derche à Casablanca son travail sur le corps nu. Il montre des femmes noires, flânant dans le jardin ou sommeillant sur des draperies aux couleurs vives. Ces " épidermes noirs bruns quembellissent un or pur ", ainsi que lécrit Victor Prouvé dans LEst Républicain du 27 octobre 1933, seront aussi montrées à Nancy à la galerie Mosser et en 1934 à Paris à la galerie Renaissance.
En 1937, il propose à Rabat à la galerie dArt du journal LEcho du Maroc, des uvres ou lon retrouve des vues de souks et des nus ainsi que deux grandes compositions, LAouach et Le Moussem, commandes officielles pour lHôtel de ville de Casablanca.
A partir de 1939 et jusquen 1956, Jacques Majorelle organise tous les ans une exposition à la galerie Derche de Casablanca. En outre, son atelier comporte une salle circulaire dexposition qui lui permet dexposer en permanence et de vendre des uvres aux touristes de passage.
Vers 1946, encouragé par son ami Winston Churchill, il expose à Londres.
A Casablanca, en 1948, il expose le résultat de recherches menées en Afrique Noire au cours de deux premiers voyages dans ces régions. A Abidjan, en 1952, il montre des paysages peints à loccasion de nouveaux séjours en Afrique Occidentale Française.
En 1960, est organisée à Casablanca à la galerie Venise-Cadre la dernière exposition importante du vivant de lartiste. Des toiles du Maroc, dEgypte et dAfrique y sont accrochées.
Trois ans après la mort de Jacques Majorelle, la galerie Venise-Cadre de Casablanca rend hommage à Majorelle en 1965. Deux ans plus tard, sa ville adoptive, Marrakech accueille à son tour une exposition rétrospective à la Mamounia.
Notice biographique 
Né à Nancy le 7 mars 1886, Jacques Majorelle est le fils de lébéniste dart, Louis Majorelle.
Il est élève de lEcole des Beaux-Arts de Nancy, puis part à Paris où il fréquente lAcadémie Julian.
En 1908, il fait un voyage en Espagne et en Italie, à Venise.
En 1910 il découvre une première fois lOrient, en Egypte.
1914 : il est mobilisé puis réformé. En 1916, il séjourne en Bretagne, en Suisse et sur la Côte dAzur.
En 1917, il rejoint le Maroc avec une lettre de recommandation pour le général Lyautey. Il sinstalle rapidement à Marrakech.
En 1919, il épouse Andrée Longueville, née à Lunéville et avec qui il est arrivé au Maroc.
Au début de lannée 1921, il fait une première expédition dans le sud du pays. Il publie à son retour, Carnet de route dun peintre dans lAtlas et lAnti-Atlas, journal tenu durant son périple.
En 1923, il achète un terrain dans la palmeraie et sy fait construire une maison dans le style mauresque. Le jardin est progressivement aménagé. Lannée suivante, il peint le plafond de lhôtel la Mamounia.
En 1926, Louis Majorelle décède à Nancy. Jacques poursuit son exploration de lAtlas et multiplie les expositions.
En 1929, de nombreuses expositions montrent son travail.
A partir des années 1930, il peint des nus noirs qui posent dans son jardin. Il multiplie ses expériences sur la couleur et poursuit ses recherches dapplication de poudre dor et dargent.
En 1931, il confie la réalisation dun nouvel atelier à larchitecte Sinoir.
Pendant la deuxième guerre mondiale, il effectue de nouveaux séjours dans lAtlas. Il organise une exposition pour financer les dépenses entraînées par lentretien des Jardins.
De novembre 1945 à 1952, il multiple les séjours en Afrique Noire.
Victime en 1955, dun premier accident de voiture, il est amputé dun pied.
Lannée suivante, il divorce et se remarie en 1961.
En 1962, à la suite dune fracture du fémur, il est rapatrié en France. Hospitalisé à Paris, il décède le 14 octobre 1962.
Il est inhumé à Nancy au cimetière de Préville avec ses parents.
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