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La recherche scientifique en Arabie commença avec l'expédition danoise de 1761-1766 sur ordre du roi Frédéric V de Danemark. Elle comprenait une équipe « pluridisciplinaire » comme on dirait de nos jours, composée d'un philologue, d'un médecin, d'un artiste graveur et d'un mathématicien et astronome, Carsten Niebuhr, qui sera le seul survivant de l'expédition. Partis à la découverte de l'Arabie Heureuse, - où ils séjournèrent plusieurs années - ils visitèrent aussi la Syrie, la Mésopotamie, atteignirent Persépolis et Bombay avant de s'en retourner par l'Océan Indien, la Mer Rouge, touchant à Djedda, et enfin l'Égypte. La relation de Niebuhr publiée à Copenhague en 1774-78, traduite en français à Amsterdam en 1780, devait donner leur élan aux recherches à venir sur l'Arabie, tandis que la masse de documentation rapportée et les copies d'inscriptions relevées au cours du périple, notamment à Persépolis, allaient préparer la voie au déchiffrement de l'écriture cunéiforme.
Parmi les voyageurs inspirés par Niebuhr, il faut donner une place spéciale au Suisse Johann Ludwig Burckhardt (1784-1817). « Cheikh Ibrahim », voyageant en costume oriental pour le compte de la très britannique African Association, effectua plusieurs périples pour tenter de pénétrer au coeur de l'Arabie Heureuse et de l'Arabie Pétrée. Quittant l'Angleterre en 1809, il toucha Malte, Antioche, gagna Alep d'où il se rendit à Palmyre, Baalbeck et Damas. En poursuivant vers le Sud, il atteignit Pétra le 22 août 1812. La région étant peu sûre, il ne put qu'y passer, le temps de prendre quelques notes, de jeter en quelques traits le croquis d'une façade de tombe. Il tentera le voyage par le sud, en remontant le Nil depuis le Caire jusqu'à Shaudi, traversant le désert oriental jusqu'à la Mer Rouge à hauteur de Souakin d'où il s'embarqua pour Médine, marchant au Nord pendant sept jours pour atteindre Madinat Saleh, l'ancienne Hégra.
Il meurt au Caire en 1817 mais ses ouvrages, publiés en anglais dès 1822 pour le voyage de Syrie et 1829 pour le voyage d'Arabie, constituent la première étude objective des moeurs et coutumes des Arabes du désert, étude illustrée par les proverbes reccueillis auprès des tribus qui l'ont accueilli.
C'est à deux Français, Léon de Laborde (1807-1869) et Louis Linant de Bellefonds (1799-1883) qu'il revenait de rendre célèbre le site de Pétra. Malgré leur jeunesse, Léon de Laborde et Louis Linant de Bellefonds avaient chacun une riche expérience de l'Orient lorsqu'ils se rencontrèrent au Caire en 1828 et décidèrent de faire le voyage.
En 1826, Léon avait effectué avec son père Alexandre un périple qui les avait menés de Smyrne à Constantinople, à travers l'Anatolie et la Syrie du Nord jusqu'à Baalbeck, Damas et le Hauran, Jérusalem, Jérash et Amman. L'insécurité de la région les avait empêché de se rendre à Pétra, tout récemment redécouverte par Burckhardt. Alexandre dut rentrer en France, laissant Léon en Orient.
Quant à Linant de Bellefonds, ses qualités d'ingénieur et d'excellent dessinateur l'avaient fait désigner pour l'expédition scientifique du comte de Forbin lancée en 1817 pour la Grèce, la Terre Sainte et l'Égypte. Linant remonta le Nil jusqu'en Basse Nubie, se rendit à l'oasis de Siwa puis, en compagnie de l'Italien Ricci, explora le Sinaï. Il avait été brièvement au service du vice-roi d'Égypte Mohammed Ali comme ingénieur, carrière qu'il poursuivra d'ailleurs en s'occupant particulièrement de l'irrigation de l'Égypte, lorsqu'il fit la connaissance de Léon de Laborde. Notons que c'est en 1828 que Champollion put enfin réaliser son vieux rêve de se rendre en Égypte où il rencontra d'ailleurs nos voyageurs.
Ils décidèrent donc de lancer une expédition vers Pétra avec toute une caravane et une forte escorte dont le recrutement évolua au fur et à mesure des progrès de leur marche : ce furent d'abord des Égyptiens, puis des tribus du Sinaï, puis des Alaouins qui leur permirent d'atteindre Pétra où ils séjournèrent du 28 mars au 3 avril 1828. Là, ils dessinent sans relâche, se répartissant la tâche, l'un copiant une façade tandis que l'autre relève le plan et copie les inscriptions ; ils se répartissent les points de vue, l'un dessinant la vue d'ensemble tandis que l'autre s'attache à une vision rapprochée et de trois quarts.
Ils furent sans doute chassés de Pétra par la peste qui sévissait à Wadi Moussa.
Les deux auteurs avaient prévu de publier chacun la relation de leur voyage, mais le carnet de Linant est resté manuscrit, sans doute en raison des occupations absorbantes de sa future carrière. Sur les 69 planches que Léon de Laborde fit graver par des artistes célèbres, dont Achille Devéria, 14 le sont d'après les dessins de Linant, le reste d'après les siens.
La collaboration fut si parfaite qu'il n'est pas aisé de les distinguer. L'ouvrage sortit en souscription à Paris entre 1830 et 1833. Le succès fut immédiat. Outre la qualité de l'illustration, l'ouvrage se recommande par le sérieux du travail d'historien de Léon de Laborde qui avait rassemblé la totalité des sources écrites connues. Il devint le livre indispensable à tout voyageur en Orient. Il inspira notamment l'Écossais David Roberts qui réalisera dans les années 1842 à 49 un album de lithographies en noir ou en couleur. Sans prétention scientifique, mais d'une grande beauté, l'ouvrage de David Roberts donnera une large popularité aux vues de Jérusalem, de Tyr et Saïda, du Caire et du Sinaï, de Pétra enfin, dont la vue de Khazneh s'inspire de celle de Léon de Laborde.
Plusieurs autres français se sont ensuite lancés sur les traces de Laborde et de Linant. Historien de l'entourage de Napoléon III, Félicien de Saulcy (1807-1880) effectua, de 1845 à 1869 plusieurs missions scientifiques qui le conduisirent notamment autour de la Mer Morte. Pour mieux établir l'authenticité des ses observations, il eut l'idée de recourir aux services d'un jeune archéologue, dessinateur et photographe, Auguste Salzmann (1824-1872), qui exécuta toute une série de « calotypes », qui fut publiée dès 1856. Puis, le philologue Melchior de Vogüe (1829-1916) dont les travaux, avec ceux d'Ernest Renan et de Clermont-Ganneau (1846-1923), établirent la primauté de la recherche française dans le domaine de l'épigraphie sémitique qui fut le premier à récolter, dans le désert de Safa, des inscriptions sur galets de basalte qu'il envoya au Musée du Louvre. On peut citer encore Joseph d'Albert, duc de Luynes, numismate et collectionneur qui effectua en, 1864 un voyage autour de la Mer Morte, sur les traces de F. de Saulcy.
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