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Après celles consacrées à Delacroix, le voyage au Maroc (1994-95) ainsi quau Maroc de Matisse (1999-2000) qui, chacune, avait attiré quelque trois cent cinquante mille visiteurs dans ses murs, lInstitut du monde arabe fait choix de présenter aujourdhui à son public une exposition qui retrace le parcours des peintres français, De Delacroix à Renoir, dans lAlgérie du XIXe siècle.
Cette exposition a été rendue possible grâce au soutien et au partenariat du Sterling and Francine Clark Art Institute de Williamstown (Massachusetts, USA) et du musée dOrsay, sous la houlette de Stéphane Guégan. Fleuron des ;manifestations prévues à lInstitut du monde arabe à loccasion de Djazaïr, Une année de lAlgérie en France, elle fait pendant, dans ce cadre, à une autre exposition, présentée simultanément à lIMA, LAlgérie en héritage, art et histoire (du 7 octobre 2003 au 25 janvier 2004) qui met à lhonneur le patrimoine algérien, des origines à 1830.
De Delacroix à Renoir, lAlgérie des peintres propose un choix dune centaine duvres, peintes, pour la plupart, en Algérie quelques unes ont toutefois été réalisées postérieurement aux séjours des peintres dans ce pays, dans leurs ateliers parisiens entre 1832, date du premier passage de Delacroix et 1882, date du deuxième séjour de Renoir.
La venue de Delacroix en Algérie est directement liée aux circonstances politiques. Le peintre se trouve accompagner la très officielle ambassade que le roi de France délègue auprès du souverain marocain pour régler les problèmes occasionnés entre le Maroc et les autorités françaises par la conquête de lAlgérie. Cest sur le chemin du retour que Delacroix fait une courte halte en Algérie. En France, depuis 1830, la " question " algérienne suscite des antagonismes ; les partisans du désengagement affrontent ceux qui prônent la mise en uvre dune politique de colonisation. Delacroix semble plus proche des premiers : " Il était réservé aux Européens, regrette-t-il dès 1832, de détruire à Alger et comme à plaisir tout ce quil a été possible de la distribution et de lornement des maisons mauresques. Il semblait quavec nos fracs et nos casquettes nous allions introduire sur la terre dAfrique un autre climat et nouvelles conditions dexistence."
Commentant ces propos de visionnaire, Christine Peltre, membre du comité scientifique de lexposition et auteur dun ouvrage de synthèse sur Les Orientalistes, écrit : " A ces considérations ironiques, exprimées ici avec une liberté rare, on peut ajouter les réticences plus mesurées dun Fromentin ou le silence éloquent de certains, tel Chassériau, muselés par des solidarités familiales ou des soucis de carrière. " On a beaucoup dit et écrit que les peintres et, plus encore, les photographes qui arpentaient lOrient le faisaient en fourriers du colonialisme, quelles quaient été, par ailleurs, leurs convictions. Celles-ci ne sont toutefois pas indifférentes
Et il est particulièrement intéressant, comme cette exposition le permet, grâce à la juxtaposition des uvres, de prendre la mesure de ces différences dapproche.
Tous nont pas, en effet, lintelligence et la pudeur de Fromentin : " Pénétrer plus avant quil nest permis dans la vie arabe me semble une curiosité mal entendue. Il faut regarder ce peuple à la distance où il lui convient de se montrer : les hommes de près, les femmes de loin ; la chambre à coucher et la mosquée, jamais. " Les attitudes et les postures sont multiples, entre celle dHorace Vernet qui prend plaisir à peindre une Première messe en Kabylie (1854), celle dEtienne Nasr ed-Din Dinet, qui se convertit à lislam et sinstalle en Algérie et celles dautres encore.
Un demi-siècle après le premier séjour de Delacroix en Algérie, vingt ans après la mort de ce dernier, alors que le projet colonial est devenu réalité et que le rêve dun " royaume arabe ", tel que lavait un moment caressé le Second Empire, a disparu avec celui-ci, alors que le territoire de lAlgérie, a été " départementalisé", Renoir, " orientaliste occasionnel ", visite Alger comme il ferait de Menton ou de Hyères, ou de telle autre ville du Midi de la France, au climat roboratif : " Il faut voir cette plaine de la Mitidja à la porte dAlger. Je nai rien vu de plus somptueux et de plus fertile ", écrit-il en 1882. Et dajouter : " Je vous avoue que je suis bien heureux et quand on a vu lAlgérie, on laime. Les fermiers font des fortunes énormes. Les terrains augmentent de valeur. " Cest que Renoir témoigne dune " adhésion sans réserve au projet colonial ", ainsi que le montre l'un des meilleurs spécialistes de la peinture orientaliste, Roger Benjamin, membre du comité scientifique de lexposition et professeur dhistoire de lart à luniversité de Sydney.
Plusieurs des toiles présentées dans lexposition sont considérées comme des chefs-duvre cest le cas des Femmes dAlger dans leur intérieur de Delacroix, ou de tableaux de Renoir, dont certains, venus doutre-Atlantique, nont pas été vus en France depuis des lustres , dautres sont dues au pinceau dartistes moins célèbres, voire, pour quelques uns,oubliés de nos jours. Le grand intérêt de cette exposition réside dans leur rassemblement, leur présentation conjointe qui renvoient de lAlgérie du XIXe siècle, une image riche et complexe.
Organisation
L'Institut du monde arabe en partenariat avec le musée d'Orsay
et le Sterling and Francine Clark Art Institute de Williamstown,
Massachusetts - Avec le soutien de "Djazaïr, une année de l'Algérie en
France".
Parcours de l'exposition
I. Les Femmes d'Alger de Delacroix ou "Le plus beau tableau du monde"
II. L'âge et l'art de la conquête (Chassériau, Vernet)
III. Géographie en images : la nature, la ville, le peuple (Chassériau, Fromentin et des photographes tels de Beaucorps et Moulin)
IV. Royaume arabe ? (Fromentin)
V. Plein Sud (Guillaumet)
VI. "Alger la blanche" (Lebourg et Muenier)
VII. Renoir et l'Algérie
Informations pratiques
Tarifs :
9 euros (plein), 7 euros (réduit)
IMAPASS (Accès au musée et aux expositions : "L'Algérie en héritage" et "De Delacroix à Renoir") :
13 euros (plein), 11 euros (réduit)
Visites guidées :
tous les jours sauf le lundi à 14h30 et 16 h
13 euros (plein), 11 euros (réduit)
Audio guide en français et anglais
4,50 euros (1 heure)
Horaires :
de 10 h à 18 h, du mardi au vendredi,
et de 10 à 19 h, les samedis, dimanches et jours fériés.

Version Française :



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