«Il regarde la réalité et réussit à avoir une vision qui n’est ni objective ni photographique, une vision qui n’est pas optique mais rétinienne. Elle est ancrée dans son essence-même.»
Tahar Ben Jelloun, Tanger, août 2003 (extrait du catalogue)



Bibliographie de Claudio Bravo
Claudio Bravo et le Maroc


Pays où le soleil se couche, le Maroc -- ou Maghreb en arabe -- tire sa beauté de lumières sublimes ; celles-là même qui charment le peintre chilien, Claudio Bravo, quand il découvre Tanger en 1971. L’exposition monographique que lui consacre l’Institut du monde arabe, rassemble une soixantaine de toiles orientalistes, emblématiques de son travail : hyperréalisme, palette coloriste, emprunts à la Renaissance italienne et au baroque espagnol. L’œuvre de Claudio Bravo doit sa singularité au parcours cosmopolite de son auteur qui, du Chili au Maroc en passant par New York, Madrid et Hong Kong, cultive une haute idée de l’altérité et pose un certain regard sur la réalité. Il émigre en Espagne à 35 ans, pays dans lequel il étudie les toiles des grands maîtres du musée du Prado et acquiert une reconnaissance internationale en tant que portraitiste. Mais c’est au Maroc qu’il installe définitivement son atelier, "fasciné par la composition des choses dans ce pays (…), bouleversé par l’utilisation des couleurs qui y est faite dans la vie de tous les jours."

Un réaliste coloriste dans le monde arabe
Claudio Bravo, qui affirme qu’" un artiste peut être à la fois moderne et orientaliste ", se défend pourtant d’une quelconque parenté avec les peintres orientalistes du XIXe siècle. Selon lui, même les plus grands créateurs du siècle conquérant, tels Delacroix ou Fromentin, accordèrent trop d’attention à l’anecdote et trop peu au sens pictural de leur travail. Or c’est avant tout à travers l’exploration des couleurs que Claudio Bravo construit son Orient : " Ici, au Maroc, confie-t-il, j’ai pu développer une palette peut-être égale en audace à celle des plus grands coloristes de l’histoire de l’art ". Le sang de ce peintre chilien est celui d’un colonisé ; Claudio Bravo ne pourra jamais porter sur ces terres arabe et musulmane, le regard complexé du colonisateur, qu’Edward W. Saïd dénonça, en son temps, dans son fameux essai sur l’orientalisme. Ses toiles ne soutiennent aucun discours, ni moral ni politique ; son regard officie avec l’obsession de représenter le monde tel qu’il est. La Méditerranée et les ruelles du quartier populaire de Marshan à Tanger, qu’il observe depuis les fenêtres de sa demeure et à qui il emprunte lumières et couleurs, restent ses muses suprêmes dans un univers qu’il comprend " de l’intérieur ".

L’Institut du monde arabe se devait de faire connaître un artiste passé à l’Orient, et porteur d’un regard éclairé sur un monde en mal de reconnaissance.


Exposition organisée avec le concours de la Marlborough Gallery (New York)










Tous les jours sauf le lundi, de 10 h à 18 h.
Espaces d'exposition (niv. 1 & 2).
Tarifs : 3 € (tarif plein) / 2 € (tarif réduit).
Catalogue : Claudio Bravo, textes de Tahar Ben Jelloun et Edward J.Sullivan © Galerie Marlbourough/IMA, 2004, 15 €










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Image : DR
copyright © 2004 Institut du Monde Arabe, Paris.