|
![]() |
|
|
![]() Tout commence lorsquune architecte milanaise rend visite à Farid Belkahia dans son atelier de Marrakech et lui commande une table. Les peaux de mouton que lartiste tient à sa disposition ne sont pas assez grandes pour couvrir le diamètre du plateau désiré ; il se procure donc une peau de vache. Après avoir tendu celle-ci sur un support circulaire, Farid Belkahia observe que les traces laissées par le pelage noir et blanc, dessinent la forme des continents et que lAmérique mord lAfrique de manière franche. Ainsi, lartiste entame-t-il une série de douze mappemondes quil intitule La Dérive des continents. Véritable " géographie ambulante ", la vache devient alors le support dune réflexion philosophique sur le devenir de lhomme. Comme si la mémoire macrocosmique était inscrite dans le code génétique de cet animal que nombre de mythologies érigent comme symbole de vie. Cest précisément ces matériaux naturels peaux et pigments qui ont fait reconnaître lartiste depuis la fin des années 70. " Avec la peinture à lhuile, il ny a pas daventure pour moi. 90% des peintres du monde entier lutilisent. Le henné, la peau, ce sont mes souvenirs, ma grand-mère, le milieu dans lequel jai grandi, les odeurs que je connais. " Et aujourdhui, Farid Belkahia reste persuadé que son discours ne peut se passer dune conscience écologique ni de compassion à légard de la planète ; son uvre est résolument engagée et trouve la source de son inspiration dans ces matériaux originels. La dérive des continents symbolise la dérive de lhumanité Farid Belkahia aime travailler à partir du cercle. Les repères sont brouillés et laissent la place au hasard " la contrainte des Dieux ". Les douze mappemondes quil a imaginées et qui roulent sur elles-mêmes, se jouent ainsi des points cardinaux et du repère conventionnel nord-sud qui permettaient aux premiers navigateurs européens de retrouver leur route. Le point de vue ethnocentriste et occidental est ainsi bouleversé, les continents que lon aborde du regard sont " désorientés " et reprennent place dans le Tout qui dépasse le cercle terrestre. Le spectateur devient un astronaute imaginaire et regarde les mappemondes de Farid Belkahia comme par un hublot de navette spatiale. Les conflits dus aux frontières, comme les problèmes gravissimes de nos continents à la dérive, doivent être abordés avec un peu de hauteur desprit. Au temps des Conquistadores, lart de la cartographie relevait de la description analytique et avait lambition de reproduire toujours plus fidèlement la réalité. Farid Belkahia transcende cette géographie analytique, et fait de ces peaux tendues, des tambours imaginaires sur lequel il trace les bruits du monde, les maux dune humanité et lespoir que lhomme puisse se réconcilier avec lui-même. Les douze mappemondes que Farid Belkahia regroupe dans cette exposition constituent son uvre la plus récente, mais lartiste y montre également des pièces plus anciennes comme une représentation de Jérusalem et une main de grande dimension. Médiatrice entre le macrocosme et le cercle des terriens, cette main ouverte symbolise le travail de Farid Belkahia : la quête dun monde où lhomme serait réconcilié avec lorigine. Hommage à Sharîf al Idrîsî Lenjeu de la mémoire est laxe même de ma démarche. Lutilisation de matériaux tels que le cuivre ou la peau fait elle-même référence à des pratiques traditionnelles. Comme je le dis dans un de mes textes, la tradition est le futur de lhomme. Autrement dit lassimilation de la modernité nest pensable que si lon structure sa mémoire, mais aussi celle de lhistoire à partir de repères fondateurs. Lhommage que jai rendu en 1983 au grand voyageur marocain Ibn Batouta était déjà les prémisses dune problématique plus large, celle de la dérive des continents qui, dans la réalité, de géographique devient humaine, eu égard aux conflits sociopolitiques à travers la planète. Lhommage que je rends à Sharîf al Idrîsî dans lexposition organisée par lInstitut du monde arabe, est significatif à plus dun titre. Dabord, Sharîf al Idrîsî est le premier géographe au monde à avoir conçu et réalisé une mappemonde qui englobe les côtes marocaines et les confins de la Chine. Commandée par le roi Roger II, elle symbolise lentente politique et intellectuelle entre la culture arabo-islamique, alors très puissante, et lOccident. Par ailleurs, Sharîf al Idrîsi est Marocain et cest aussi pour moi une manière de saluer un de mes lointains ancêtres, car penser la géographie comme il la fait relève de la science certes, mais aussi de lart. Farid Belkahia Exposition organisée avec le soutien du ministère de la Culture du Royaume du Maroc Bibliographie de Farid Belkahia Tous les jours sauf le lundi, de 10 h à 18 h. Salles dexpositions temporaires Entrée libre Catalogue Farid Belkahia 80 pages, 25 x 25 cm © Institut du monde arabe, 2005 Prix de vente : NC Projection Film documentaire vidéo de Raoul Ruiz Paya e tala, une visite chez Farid Belkahia 26 minutes © Corpoduction IMA / Maison de la culture du Havre ![]() * Document PDF - 1,5 Mo Ce document est au format PDF Pour pouvoir le consulter, vous devez avoir préalablement installé Adobe Acrobat Reader dans votre navigateur. |
||
|
|
|||