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Si limportance économique et stratégique de Dilmoun décline brutalement après la disparition de la civilisation de lIndus, vers 1800 avant J.-C., Bahreïn demeure pourtant un objet de convoitise. Cette circonstance la conduira même, vers le milieu du IIe millénaire avant J.-C., à être carrément colonisée par la nouvelle dynastie mésopotamienne alors installée sur le trône de Babylone : les Kassites.
Cette période comme son pendant mésopotamien est encore bien mal connue. Elle na livré que fort peu de vestiges. On sait cependant que les nouveaux maîtres des lieux y installèrent une administration régulière. On connaît même le nom dun gouverneur kassite du 14e siècle avant J.-C., IIli-Ipashra, et les difficultés quil rencontra sur place, grâce à deux tablettes de sa correspondance officielle, retrouvées en Iraq. Bahreïn continue dêtre citée sous le nom de Dilmoun, et joue sans doute encore un rôle commercial sensible sur la route du lapis-lazuli, mais la nouvelle culture qui sy développe na plus rien de commun avec celle de son brillant prédécesseur. Lîle paraît avoir été moins peuplée : les coutumes funéraires changent, la production de céramique se standardise, à limitation des modèles mésopotamiens... La mission archéologique française a découvert, en 1975, sur le site de Qalat al-Bahreïn ce qui apparaît aujourdhui comme le palais officiel kassite à Dilmoun. Celui-ci a livré une série de tablettes cunéiformes datées, apparemment la plus ancienne archive kassite identifiée (milieu du 15e siècle av. J.-C.). Cest une image assez différente que nous livre la période correspondant au début de lâge du Fer. Même si lon se souvient que, dans ses inscriptions officielles de Khorsabad, le roi Sargon II dAssyrie proclame la soumission de «Oupéri, roi de Dilmoun, qui vit, tel un poisson, dans la mer du Soleil Levant», cest bien à nouveau limage dun petit royaume prospère et indépendant que donne Bahreïn dans la première moitié du 1er millénaire avant J.-C., qui nhésite pas à envoyer quelques présents au nouveau pouvoir mésopotamien afin de ménager ses débouchés économiques. Certes, Bahreïn nest pas redevenue la grande Dilmoun internationale de lâge du Bronze et sa position, face à son voisin, dominateur et impérialiste, demeure fragile. Les ruines du palais kassite du 2e millénaire servent de fondations à de nouveaux bâtiments officiels sur le site de Qalat al-Bahreïn (peut-être le palais du fameux roi Oupéri ?), et les tombes anciennes sont souvent réoccupées; elles livrent un matériel qui atteste les relations entretenues alors par Bahreïn avec les prospères cultures contemporaines de la péninsule dOman (céramique, pierre, métal, cachets). Lorsquen 650 avant J.-C. Assurbanipal inscrit officiellement Bahreïn au nombre de ses provinces, Dilmoun vit ses derniers siècles. Lannée 544 est celle de la dernière apparition connue du nom de «Dilmoun», sur une tablette de la période néo-babylonienne. Bahreïn passe alors sous linfluence des Achéménides ; le pays a assurément perdu son indépendance politique, mais non point sa prospérité économique, toujours assurée, sans doute, par sa position géographique. Les niveaux archéologiques de cette période en témoignent : nouvelle résidence officielle à Qalat al-Bahreïn, qui sinspire de plans mésopotamiens, nouveaux types de céramique, etc. Lîle voit la coexistence de populations diverses, et lintroduction de nouvelles coutumes funéraires («sarcophages-baignoires» en terre cuite). Un vieux fond traditionnel local subsiste aussi : cest à lui quil faut sans doute attribuer les curieux dépôts de serpents sacrifiés dans des bols du palais/temple de Qalat al-Bahreïn, rituel attesté nulle part ailleurs au Moyen-Orient. Moins impressionnantes en nombre et en aspect que les tumuli de la phase de Dilmoun, les nécropoles dépoque hellénistique et parthe de Bahreïn révèlent aussi des coutumes funéraires en complète rupture avec celles de lâge du Bronze ; on remarque surtout quelles ne sont plus rejetées sur les bordures désertiques des zones cultivées, mais quelles sétendent au sein même des palmeraies du nord de lîle. Les cimetières rassemblent ici plusieurs dizaines de tombes rectangulaires individuelles, très allongées, plus ou moins regroupées en cercles concentriques autour dune sépulture centrale (lancêtre dune famille ? dune tribu ?). Chaque tombe est dune taille généralement en rapport avec celle du squelette quelle abrite ; elle est toujours creusée dans le sol, dotée de parois maçonnées et enduites dun mortier lissé, sa couverture est constituée dune ou de plusieurs dalles grossières, ainsi que dun petit tertre sableux (souvenir de la technique des précédents tumuli ?). Lélément le plus caractéristique est que lensemble de la nécropole disparaît à son tour sous un remblai de hauteur variable, qui ne la signale dans le paysage que par une colline basse et irrégulière. Cest cette relative «protection» des inhumations, souvent recouvertes par plusieurs mètres de sable, qui paraît expliquer leur meilleure résistance au pillage. Chaque dépôt funéraire se compose généralement de plusieurs objets utilitaires (vases en céramique, outils en métal, ustensiles de toilette, etc.), accompagné de plusieurs pièces à vocation plus particulièrement funéraire (statuettes ou figurines votives, bandeau de bouche en or, brûle-parfums ou autels à encens, minuscules monnaies (oboles) placées dans la bouche du défunt, vases lacrymatoires en verre). Le défunt, parfois placé dans un cercueil en bois (le service des Antiquités de Bahreïn vient tout récemment den découvrir deux, en parfait état de conservation), était souvent inhumé avec ses parures personnelles (plaques et agrafes de vêtement, colliers en pierres fines, bijoux de bronze ou dor). Par ailleurs, quelques objets proviennent de lextérieur des tombes; sur la dalle même de couverture, un simple bol retourné, contenant des cendres, constitue sans aucun doute le dernier vestige de la cérémonie funèbre. Des stèles sculptées, enfin, occupaient lespace séparant les diverses tombes ; inspirées par lart des Parthes, elles témoignent dune très sensible évolution : ainsi la représentation du défunt nest dabord évoquée que par une simple silhouette, taillée dans le grès local ; progressivement ensuite, elle vient à inclure les traits du visage, puis certains détails de la coiffure, du costume, pour finalement atteindre avec deux statues-bustes uniques à une très grande finesse. Tout ce matériel archéologique est généralement en parfait état de conservation. Il reflète aussi la prospérité de Bahreïn, qui retrouve à cette époque sa position internationale de carrefour des arts et des techniques. En labsence de sites dhabitat de cette période, létude minutieuse de ces sépultures permet non seulement de reconstituer le monde des morts (organisation et déroulement des funérailles, par exemple), mais encore de découvrir bien des aspects de la vie quotidienne à la période de Tylos: composition de la société, régime alimentaire et maladies, croyances religieuses, etc. |
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