Situé dans le Golfe, à mi-distance de l’embouchure du Tigre et de l’Euphrate et du détroit d’Ormuz, l’archipel de Bahreïn - le plus petit pays arabes - fut le berceau d’un civilisation originale, demeurée longtemps méconnue.

Sa situation privilégiée sur la route maritime liant le Proche-Orient et l’Inde, et la présence de sources d’eau exceptionnelles lui ont permis, dès l’âge du Bronze, d’imposer son rôle naturel de plaque tournante commerciale et de contrôler le commerce du Golfe. Partenaire obligé de ses puissants voisins mésopotamiens et perses, Bahreïn s’est forgé au fil du temps une identité forte, dont témoigne le développement, parfois spectaculaire, des anciennes cultures de Dilmoun (entre 2 500 et 1 800 avant J.-C.) et de Tylos (entre 300 avant J.-C. et 600 après J.-C.). L’une et l’autre illustrent deux moments forts de l’histoire de l’archipel qui sut développer cet art de vivre particulier, entre eau douce (les sources artésiennes) et eau salée (le Golfe) : la « civilisation des Deux Mers ».

Née sur la rive arabe du Golfe, c’est à Bahreïn que la civilisation de Dilmoun connaît sont apogée vers 2000 avant J.-C. On y trouve les nécropoles à tumuli les plus impressionnantes au monde par leur ampleur, mais aussi de vastes habitats et de nombreux temples qui rappellent que le pays de Dilmoun était considéré par les anciens Sumériens comme une terre sacrée, sorte de Paradis terrestre où dieux et héros jouissaient de l’immortalité. La réalité archéologique montre surtout comment Bahreïn acquit progressivement le statut de port d’échanges et approvisionnait les cours de ses riches voisins en marchandises alors essentielles (pierres dures et précieuses, cuivre, étain, bois rares) venues de l’Oman ou de l’Indus.
Bien qu’en contact avec les grandes civilisations de l’époque, Bahreïn a développé sa propre culture matérielle, dont l’élément le plus représentatif est sans nul doute l’abondante production des « sceaux de Dilmoun ». Ces cachets circulaires, qui servaient à authentifier les transactions commerciales se retrouvent partout (maisons, temples, tombes...) : ils sont l’expression même de cette civilisation de commerçants et constituent un véritable « art caché ».

Au 18e siècle avant J.-C., la civilisation de l’Indus s’effondre, ruinant ainsi la raison d’être de l’ « entreprôt du Golfe » qu’était devenu Bahreïn. L’archipel connaît alors diverses vicissitudes, que l’Histoire ne cerne pas toujours de manière satisfaisante. Deux périodes émergent cependant grâce à l’archéologie : l’occupation de l’île par les Kassites de Mésopotamie (1450-1250 avant J.-C.), et la période de l’âge du Fer (1000-500 avant J.-C.) où Bahreïn passera progressivement sous le contrôle des Babyloniens, puis des Perses achéménides.

Vers 325 avant J.-C., l’archipel est abordé par l’une des expéditions maritimes d’Alexandre-le-Grand ; l’île principale prend alors le nom grec de Tylos. Bahreïn connaît alors une exceptionnelle phase de prospérité, caractérisée par le développement d’une culture inspirée par le monde hellénistique et parthe. Les riches tombes de Tylos en sont jusqu’ici les seuls témoins ; elles ont livré un matériel d’une richesse rare : stèles sculptées, abondante céramique à glaçure, locale ou importée ; verrerie de Mésopotamie, de Syrie ou d’Egypte, bijoux d’or, de pierres fines, sans oublier les célèbres perles naturelles de l’archipel, déjà vantées par les auteurs classiques.

Après Tylos, Bahreïn est demeuré un lieu de rencontre et d’échanges. Avec la restauration progressive de la route maritime du Golfe à partir de l’époque Abbasside, les Bahreiniens reprirent leurs activités d’intermédiaires, allant jusqu’en Chine, dont on retrouve la porcelaine Ming et les céladons dans les ports de l’archipel. Pendant la Renaissance, ses îles sont régulièrement mentionnées pour leurs perles fines qui attirent navigateurs et commerçants. De nos jours, Bahreïn tient une place incontournable du commerce moyen-oriental (gaz naturel, produits pétroliers et industriels).

Bahreïn, terre de Dilmoun et de Tylos, nées au contact des « Deux Mers » : une invitation à la découverte d’une civilisation méconnue, présentée pour la première fois hors de sa terre natale.


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 Image : Philippe Maillard
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