Henri Bosco à l’Aguelmane de Sidi Ali, septembre 1940.



Si – pour de bonnes ou de mauvaises raisons – le plus gros contingent d’écrivains s’est trouvé avant tout attiré par Tanger, d’autres, pour leur part, ont été fascinés par le charme de telle ou telle cité du Maroc, à commencer, bien sûr, par les villes impériales : Fès, Meknès, Rabat, Marrakech… C’est à Louis Gardel qu’a été confié le soin de définir, pour le catalogue de l’exposition, la nature de cet Appel des médinas : « les écrivains, les peintres, les voyageurs de nos pays d’Europe, depuis si longtemps pris au moule des frontières et du droit égal pour tous, n’est-ce pas, d’abord », s’interroge-t-il, « la nostalgie d’un ordre ancien qui les conduit à venir rêver sous leurs remparts ? ».

Cette nostalgie, Louis Gardel confesse qu’il y sacrifie, lui le premier, quand il constate que « Marrakech n’est plus la cité des Mille et une Nuits qui m’a offert des souvenirs d’enfance émerveillés. Un demi siècle a passé »… C’est que « le Maroc adhère au progrès et se modernise à grand pas. Mais on y perçoit sourdement des poussées anarchiques d’autant plus captivantes pour nos esprits rationnels qu’elles sont soutenues par des traditions séculaires et qu’elles obéissent à des valeurs – la foi d’abord, mais aussi l’honneur, le courage, la charité, l’hospitalité, la décence – qui ne régissent plus nos sociétés », reconnaît-il avec une déconcertante lucidité. Sans doute identifie-t-il là l’un des mobiles, parmi les plus obscurs, qui pourrait faire comprendre pourquoi tant d’étrangers – et tant d’écrivains parmi eux – ont aimé s’enfoncer et se perdre dans le labyrinthe des villes et le dédale des médinas du Maroc.

Il est difficile, sinon impossible, de comprendre vraiment ces cités – tant du point de vue de l’architecture que de celui de l’urbanité – sans avoir constamment à l’esprit qu’elles « ont toutes été, au cours des siècles, attaquées et mises à sac par les tribus qu’elles tentaient de domestiquer », rappelle opportunément Louis Gardel.

« Longtemps », ajoute-t-il, « le Maroc des campagnes et des montagnes s’est dressé contre les murailles et les palais ». C’est que les sociétés arabes, ainsi qu’Ibn Khaldoun avait été le premier à l’établir – et au Maroc comme ailleurs –, ont longtemps fonctionné et évolué au rythme des relations et des rapports tumultueux qu’entretenaient sédentaires et nomades, habitants des villes et tribus. Au-delà « des campagnes et des montagnes », le lieu d’appartenance – fût-il virtuel, théorique, légendaire… – desdits nomades et desdites tribus est clairement le désert. La cité et ses jardins – l’oasis – forment avec le désert un couple dont il serait vain de ne pas prendre en compte les implications nombreuses.


Image : Fonds de documentation Henri Bosco, Bibliothèque de l'université de Nice
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