Si pour de bonnes ou de mauvaises raisons le plus gros contingent décrivains sest trouvé avant tout attiré par Tanger, dautres, pour leur part, ont été fascinés par le charme de telle ou telle cité du Maroc, à commencer, bien sûr, par les villes impériales : Fès, Meknès, Rabat, Marrakech
Cest à Louis Gardel qua été confié le soin de définir, pour le catalogue de lexposition, la nature de cet Appel des médinas : « les écrivains, les peintres, les voyageurs de nos pays dEurope, depuis si longtemps pris au moule des frontières et du droit égal pour tous, nest-ce pas, dabord », sinterroge-t-il, « la nostalgie dun ordre ancien qui les conduit à venir rêver sous leurs remparts ? ».
Cette nostalgie, Louis Gardel confesse quil y sacrifie, lui le premier, quand il constate que « Marrakech nest plus la cité des Mille et une Nuits qui ma offert des souvenirs denfance émerveillés. Un demi siècle a passé »
Cest que « le Maroc adhère au progrès et se modernise à grand pas. Mais on y perçoit sourdement des poussées anarchiques dautant plus captivantes pour nos esprits rationnels quelles sont soutenues par des traditions séculaires et quelles obéissent à des valeurs la foi dabord, mais aussi lhonneur, le courage, la charité, lhospitalité, la décence qui ne régissent plus nos sociétés », reconnaît-il avec une déconcertante lucidité. Sans doute identifie-t-il là lun des mobiles, parmi les plus obscurs, qui pourrait faire comprendre pourquoi tant détrangers et tant décrivains parmi eux ont aimé senfoncer et se perdre dans le labyrinthe des villes et le dédale des médinas du Maroc.
Il est difficile, sinon impossible, de comprendre vraiment ces cités tant du point de vue de larchitecture que de celui de lurbanité sans avoir constamment à lesprit quelles « ont toutes été, au cours des siècles, attaquées et mises à sac par les tribus quelles tentaient de domestiquer », rappelle opportunément Louis Gardel.
« Longtemps », ajoute-t-il, « le Maroc des campagnes et des montagnes sest dressé contre les murailles et les palais ». Cest que les sociétés arabes, ainsi quIbn Khaldoun avait été le premier à létablir et au Maroc comme ailleurs , ont longtemps fonctionné et évolué au rythme des relations et des rapports tumultueux quentretenaient sédentaires et nomades, habitants des villes et tribus. Au-delà « des campagnes et des montagnes », le lieu dappartenance fût-il virtuel, théorique, légendaire
desdits nomades et desdites tribus est clairement le désert. La cité et ses jardins loasis forment avec le désert un couple dont il serait vain de ne pas prendre en compte les implications nombreuses.
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