| L'apport des Arabes à la civilisation | |
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Parlez-vous l'arabe sans le savoir !?
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| L'héritage grec |
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" Quand on se rend compte de toute l'étendue des domaines que les Arabes embrassèrent dans leurs expérimentations scientifiques, leurs pensées et leurs écrits, on voit que, sans les Arabes, la science et la philosophie européennes ne se seraient pas développées à l'époque comme elles l'ont fait. Les Arabes ne se contentèrent pas de transmettre simplement la pensée grecque. Ils en furent les authentiques continuateurs […] Lorsque vers 1100, les Européens s'intéressèrent à la science et à la philosophie de leurs ennemis sarrasins, ces disciplines avaient atteint leur apogée. Les Européens durent apprendre tout ce qu'on pouvait alors apprendre, avant de pouvoir à leur tour progresser eux-mêmes. " Montgomery Watt. Longtemps, le monde occidental a accordé une importance exagérée, dans le domaine des sciences et des arts, à l'héritage gréco-romain. Au point de sous-estimer, voire d'ignorer sa dette envers les grandes civilisations du Proche-Orient. L'opinion voulait que les Européens chrétiens soient les destinataires naturels de la pensée d'Athènes et de la gloire de Rome. Pendant la "longue nuit du moyen-âge", les Arabes n'auraient été que les gardiens d'un savoir qu'ils se sont accaparé sous formes de traductions. Pendant l'âge d'or de la pensée grecque qui s'étend sur trois siècles (6e-4e s.), les civilisations égyptienne et babylonienne sont encore bien vivantes : les influences et les échanges sont réciproques. De plus, les savants grecs se reconnaissent comme les héritiers des savoirs orientaux. Après l'effondrement des États-cités (338 av. J.-C.), le foyer de la science retourne au Proche-Orient pour y durer pendant la longue période hellénistique (3e s. av. J.-C. - 5e s. après J.-C.). Pendant 800 ans les plus grands savants, dont les œuvres sont ensuite traduites en arabe, parlent grec et sont originaires d'Égypte, de Syrie, de Mésopotamie et de toute l'Asie occidentale. L'extension du christianisme gagnait davantage les Empereurs que les savants. Après la fermeture de l'École d'Athènes par Justinien (529), nombre de ceux-ci trouvèrent refuge auprès du roi de Perse, à Djundishapur, qui devint le point de rencontre des connaissances et des influences grecques, syriaques, persanes, indiennes. D'autres centres savants se formèrent Edesse et surtout à Harra (Haute Mésopotamie), ville sabéenne qui devint dépositaire des enseignements de l'astrologie babylonienne, du néo-pythagorisme, de l'hermétisme. La conquête arabe apportait les éléments d'un nouvel enthousiasme pour le savoir :
Le monde occidental manifesta une réserve, voire une hostilité, envers ces savoirs étrangers. Avant, à son tour, de se les approprier et de les enrichir. Aux grandes heures de la civilisation arabe (8e-13e siècle), les spécialisations disciplinaires sont encore incertaines et la soif de connaissances est telle que les savants pratiquent, au gré de leurs curiosités, la médecine et l'astronomie, l'alchimie et l'optique… Tous ne sont pas Arabes de naissance, mais c'est dans la langue de l'élite politique qu'ils expriment leurs découvertes. Les apports des Arabes à la civilisation se retrouvent dans les techniques, l'art, la philosophie... Il y a les inventions scientifiques et les thèses philosophiques mais à côté de ces coups de génie d'autres apports ont été plus discrets. Ils résultent de contacts, d'emprunts irréfléchis, d'une contamination qui ne s'exerce pas dans un seul sens. |
| Arabisation et Islamisation |
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Contrairement à une idée assez répandue, les grandes vagues de la conquête arabo-musulmane n'ont pas eu pour effet d'imposer uniformément et systématiquement une culture et une croyance aux populations dominées et majoritaires en nombre. Tout d'abord, en droit Juifs et Chrétiens (Gens du Livre) ne se convertissent que s'ils le souhaitent et pour peu qu'ils reconnaissent l'autorité des souverains musulmans (en s'acquittant d'un impôt) ils se voient accorder leur protection (d'où leur nom de Dhimis : protégés). Mais le Dhimi demeure un "infidèle". Ensuite, le converti dispose des mêmes droits que le croyant ce qui n'est pas toujours bien vu par les conquérants méfiants face aux excès de religion et soucieux de leurs avantages aristocratiques. Enfin, à une époque où la paysannerie regroupe 80 à 95% de la population, l'influence arabe demeure limitée sur le costume, l'habitat, le mobilier. Ce sont d'abord les marchands et les notables qui doublent leurs noms juifs ou chrétiens d'une appellation arabe (ainsi l'évêque Johannès de Cordoue est aussi appelé Asbag Ibn Abdallah) et qui imitent la toilette et la tenue des vainqueurs : les femmes mozarabes (arabisées et chrétiennes de la péninsule ibérique) prennent l'habitude de sortir voilées. Les influences sont patientes. Elles concernent l'alimentation (le porc est moins consommé), le corps ( le souci de propreté amène les gens aux bains) et quelques chrétiens fortunés ne dédaignent la polygamie. La mode aussi à ses droits et la jeunesse se met à imiter les gestes et le parler de tel nouveau chanteur arabe, au grand dam des puristes de la tradition arabe. Cependant, c'est avec réserve que les conquérants constatent les avancées de leur culture sur laquelle ils entendent garder un droit de regard. Les limites de la tolérance des vainqueurs sont fluctuantes en particulier lorsque l'on touche aux choses de la religion. Ainsi des commerçants chrétiens sont punis avec sévérité, pour avoir invoqué le nom du prophète. Toujours en Andalousie, lorsque vers le 12ème siècle, la Reconquistat gagne du terrain, les communautés mozarabes (comme celle de Séville) sont accusées d'intriguer avec les reconquérants. Alors que deux siècles plutôt, nombre d'entre elles avaient fait cause commune avec les musulmans contre leurs coreligionnaires du nord. Déjà une culture se mondialise mais la ligne de partage passe entre arabisation et Islamisation. |
| Parlez-vous l'arabe sans le savoir !? |
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La langue est un remarquable conservatoire des rencontres de cultures, un musée vivant. Les ports méditerranéens en témoignent tous les instants en maltraitant toutes les frontières linguistiques et, par la transgession de leurs règles, de créer une langue partagée. Ce texte de Sigrid Hunke met en scène les termes et les objets passés des Arabes vers les Occidentaux. L'assaisonnement du quotidien Des noms arabes pour des dons arabes. " Permettez-moi de vous inviter à prendre quelque chose dans ce café, chère madame ! Enlevez donc votre jaquette et prenez place sur le sofa au matelas garni d'une étoffe carmin.. Le cafetier s'empressera de vous servir une tasse de café avec deux petits morceaux de sucre, à moins que vous ne préfériez une carafe de limonade bien glacée, ou encore un peu d'alcool ! Non ? Mais vous accepterez certainement une tarte aux abricots et aux bananes ! Mais bien sûr, cher ami, vous êtes aujourd'hui mon invité ! Puis-je vous offrir, pour commencer, un sorbet à l'orange ? Je crois que des artichauts feraient une entrée fort agréable. Et que penseriez-vous d'un chapon accompagné de riz et de barquettes aux épinards ? Pour le dessert je ne saurais trop vous recommander ce gâteau à la sauce d'arak. Et pour clore le repas, un moka… Mais, je vous en prie, installez-vous sur le divan. Pourquoi, certes, ne vous sentiriez-vous pas parfaitement à l'aise, alors que tout ce qui vous entoure comme tout ce que je vous offre se trouve sur la liste des articles depuis longtemps inventoriés qui font partie de notre existence, et cela bien que nous les ayons empruntés à un monde étranger à savoir le monde arabe ? Le café qui vous sert quotidiennement de stimulant, la tasse dans laquelle vous versez ce noir breuvage, le sucre sans lequel vous ne sauriez aujourd'hui imaginer un menu, la limonade et la carafe, la jaquette et le matelas, c'est aux Arabes que nous devons de les connaître. Et ce n'est pas tout ! Dans la presque totalité du monde civilisé, ces articles portent encore leur nom arabe ! De même pour candi, bergamote, orange, quetsche, etc. Rien d'étonnant, me direz-vous sans doute, à ce que certains fruits originaires des pays chauds (tout comme certains aliments ou boissons) nous viennent de l'Orient ; et pourquoi dans ce cas, ne conserveraient-ils pas leur appellation d'origine ? Et lorsque vous avouez que, maté par la fatigue, vous vous étendez sur le sofa, le divan, l'ottomane ou dans l'alcôve, vous m'assurez que n'importe quel enfant saurait reconnaître l'origine étrangère de termes aussi extravagants. Mais savez-vous que, sans le vouloir, vous avez employé un autre mot arabe, un terme issu du jeu d'échecs (jeu que les Arabes nous ont appris, l'émissaire d'Haroun al-Rachid l'ayant, dit-on, introduit à la cour de Charlemagne), qu'échec vient de shah (le roi) et que le mot maté que vous avez employé vient de mat qui signifie tout simplement : " Il est mort " ? Alors, vous voyez : échec et mat ! Saviez-vous en outre que les sacs de maroquin que vous voyez dans ce magasin portent encore l'estampille des Arabes ? Quant aux étoffes exposées dans cette vitrine, en dehors des cotonnades, des mousselines, du mohair souple et duveteux, vous pouvez faire votre choix entre le satin élégant, le taffetas distingué, la moire chatoyante et le damas somptueux (de la ville de Damas), qui étalent à vos yeux toute une gamme de nuances depuis le jaune safran jusqu'au lilas en passant par l'orange et le cramoisi. Autant de délicates invites à nous souvenir de ceux auxquels nous devons des étoffes aussi utiles que précieuses sous leurs coloris éclatants, c'est-à-dire aux Arabes. Savez-vous que lorsque vous entrez dans une pharmacie ou une droguerie, vous y trouvez quantité d' " inventions " arabes. Un simple coup d'œil aux caisses et aux flacons du droguiste suffira à vous en convaincre : vous y verrez de la muscade, du cumin, de l'estragon, du safran, du camphre, de la benzine, de l'alcali, de la soude, du borax, de la saccharine, de l'ambre et bien d'autres drogues arabes dont vous usez quotidiennement. Savez-vous que nous désignons encore sous son nom arabe de laque, le vernis dont nous couvrons nos ongles, que l'aniline, la gaze, le talc et la ouate sont autant de noms arabes ? Vous ne sauriez donc nier plus longtemps que le grand nombre de noms arabes qui émaillent notre langue désignent des articles d'usage courant dont les arabes nous ont révélé l'existence. Ni que ces articles aient apporté à notre vie quotidienne, jadis insipide, voire un peu sordide, maints agréments délicats qui l'ont littéralement assaisonnée, embellie par la couleur et le parfum, ni que celle-ci leur doive d'être plus saine et plus hygiénique en même temps que plus riche de confort et d'élégance… (Le soleil d'Allah brille sur l'occident. notre héritage arabe. Albin Michel, 1963) |
| De Bagdad à Cordoue |
| La littérature et la poésie |
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Al Biruni (mort en 1050) reste le modèle du lettré qui s'investit dans la culture arabe et lui apporte une dimension universelle. Originaire de Khwarizm (Caspienne), écrivain en langue arabe et en persan, il témoigne : " J'ai été éduqué dans une langue (celle du Khwarizm) […] Ensuite, je me suis mis à apprendre l'arabe et le persan, et je suis par conséquent un intrus dans ces deux langues, qui s'efforce de s'y perfectionner. Mais j'avoue que je préfère être insulté en arabe qu'être exalté en persan. " Le jugement est rude, mais il traduit la force d'attraction et de fédération de l'arabe dans un contexte (Bagdad) où pourtant la composante persane est majoritaire. Le " premier chef-d'œuvre " de la littérature des Arabes résume, par son cheminement, cette époque : Kalila et Dimna est l'adaptation en arabe, par Ibn Al-Muqaffa, de la version persane de fables indiennes. Le moment est favorable à l'éclosion littéraire. Déjà, les grammairiens fixent les règles d'une langue aussi pure et proche de ses origines que possible et les premiers dictionnaires apparaissent. L'industrie du papier se développe. Les princes sont libéraux et l'aristocratie se veut mécène… Les genres littéraires fleurissent : celui de l'épître, de la nouvelle (risala), des séances (maqamat, mélanges de fiction et de réalité dont l'action renvoie à un personnage central). Une nouvelle valeur s'impose : la nécessité de la culture. Les sciences religieuses et profanes se déploient, les controverses sont fréquentes. Dans ce bouillonnement d'idées, les conservateurs et les partisans de la raison, les tenants de la pureté arabe et ceux de l'ouverture à l'étranger, s'accordent à composer un code de maintien. Ces valeurs distinctives de l'honnête homme, se nomment l'adab.. Jahiz (mort en 868) et Ibn Qutayba (mort en 889) sont les champions de la culture, esprits encyclopédiques, curieux de tout, polémistes et vulgarisateurs qui cultivent la verve et la belle langue. La poésie s'attache à explorer des thèmes nouveaux. Al Mutanabbi (mort en 965), le courtisan orgueilleux, célèbre les grandes victoires et chante la gloire de ses protecteurs, se retourne parfois contre eux. Al Maari (mort en 1058) exprime tout à la fois, espoir, révolte et amertume du monde. Aveugle à l'âge de 4 ans, il clame le désespoir, cultive le scepticisme à l'égard des religions et de l'humanité. Abu Nuwas (mort en 815) use de son immense talent et de l'intimité des califes pour se livrer au scandale et à la provocation. Il subvertit la poésie traditionnelle et chante le vin et les amours illicites sans détours, pour les femmes et les hommes, sans contours délimités. . La littérature se partage, elle se goûte en public, le soir et la nuit. Le peuple pratique, lui aussi, la palabre. Sur les places, les conteurs récitent poésie, gestes.... Le narrateur est maître du texte et de son auditoire : pour maintenir l'attention de son public, il introduit des variantes, ouvre une histoire au sein de l'histoire, interrompt le récit aux moments palpitants. Les Mille et une nuits sont l'expression même de la littérature populaire et de colportage. Elles sont, avec le Roman d'Antar, les légendes de la mer, les complaintes de Majnun (le fou d'amour) une mémoire itinérante. L'Espagne arabo-andalouse s'épanouit. Elle crée une page et une poésie originales : Ibn Hazm (mort en 1063) qui fut aussi juriste et théologien invente les codes de l'amour courtois (Tawq al-hamâma : Le collier de la colombe, traduit chez Sindbad sous le titre : Des amours et des amants). Les troubadours seront les continuateurs de cet art de la strophe et du mélange des langues. |
| Les arts |
| Mathémathiques et astronomie |
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" Chiffre " : l'histoire du mot mérite d'être racontée. En empruntant aux Indiens leur système de numération et d'écriture de position des nombres (qui facilite grandement les opérations arithmétiques) les Arabes désignèrent le 0 : es-sifr, littéralement, le vide. Le mot fut latinisé en cephirum ; en Italie, il devient zefero puis zéro ; en France, il devient chiffre – pour désigner l'ensemble des caractères numériques – et pour lever l'équivoque on emprunta à l'italien le zéro pour désigner la valeur nulle qui a proprement parler devrait avoir l'exclusivité de s'appeler chiffre. L'histoire des mathématiques regorge des inventions arabes. Le mot " algorithme " vient du nom du grand mathématicien Al Khwarizmi, qui est le père de l'algèbre et l'auteur du Kitab al Jabr (de jabara, réduire). C'est aux Arabes encore que l'on doit la désignation des inconnues par la lettre x (Xay en espagnol, déformation de chay : la chose). Même si elles sont le fait d'érudit, comme le poète O. Khayyam qui fournit la solution des équations du troisième degré, ces recherches mathématiques ont des finalités pratiques et visent à résoudre des problèmes quotidiens (calcul de surface, aménagement urbain…). L'astronomie est, elle aussi, étudiée à des fins pratiques : la prédiction. Sur la base de l'astrologie persane, de nombreux savants établissent le calcul des longitudes, réforment le calendrier et avant Copernic (qui eut connaissance de leurs travaux) critiquent Ptolémée et construisent un modèle planétaire centré autour du Soleil. |
| La médecine |
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Au Moyen âge, les Arabes sont les pionniers de la recherche médicale. Ils ont conservé les savoirs de l'Antiquité et les enseignements d'Hippocrate et de Galien. En particulier, ils reprennent la théorie des quatre humeurs, selon laquelle les maladies résultent d'un déséquilibre entre la bile, le phlegme, le sang et l'atrabile qui gouvernent le corps et la personnalité. Les traitements consistent à rétablir la pondération initiale par la prescription de remèdes et d'une alimentation choisis. Les docteurs arabes développent ces savoirs en s'appuyant sur une conception logique des affections et une approche méthodique. Ainsi, ils inventorient et décrivent les symptômes, ils améliorent l'art du diagnostic et la pratique clinique et posent les règlements de la profession. Les apports sont nombreux et favorisés par la construction d'hôpitaux (Bagdad, Le Caire, Damas, Samarkand…) contrôlés par un maître, la diffusion des principes d'hygiène (asepsie et isolation des contagieux à une époque où, en Europe, on pensait que la lèpre et la peste se transmettaient par le regard) et encore par une abondante pharmacopée, alimentée par le commerce caravanier ou maritime. Plantes, drogues animales, extraits minéraux entrant dans la composition des emplâtres, onguents, cataplasmes, cachets. Le Canon d'Avicenne, cette monumentale encyclopédie, présente et classe près de 800 remèdes et le vocabulaire conserve les traces de cette inventivité chimique et pharmacologique, ou des termes arabes passés dans toutes les langues : drogue, alambic, alcool, benjoin, benzène, élixir, soude, talc, ambre, safran, santal, séné… La grande figure du génie médical est bien entendu Avicenne (Ibn Sinà, 980-1037), qui commença à exercer à l'âge de 16 ans et à qui l'on doit les descriptions de la méningite, de la pleurésie et plus de 100 ouvrages médicaux et philosophiques. San Canon fut traduit, puis publié en Europe, en 1473, pour la première fois. Au siècle suivant, on comptait 36 éditions. |
| Physique et chimie |
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Tant dans le domaine de l'optique que dans celui de la mécanique, les Arabes ne sont seulement les gérants d'un héritage : ils le font fructifier, inventent de nouvelles techniques (utiles à l'agriculture : norias, pressoir à huile et à canne) et d'impressionnants automates. Al Jazari, ainsi, avait construit une monumentale horloge où des cercles en mouvement représentaient le mouvement du zodiaque, du Soleil et de la Lune. Pour sonner les heures, des oiseaux lâchaient des billes sur des cymbales et des figurines jouaient du tambour et d'autres instruments. Les alchimistes parviennent à créer des corps nouveaux (acides et alcools…). Ils sont en quête de la pierre philosophale et du secret de la transmutation des métaux en or. Mais certains refusent la magie et ne retiennent que l'expérimentation. |
| La philosophie |
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" Il est impensable que Dieu ait distingué certains hommes pour leur donner la prévalence sur la masse des autres… " Al Razi La passion des livres et la grande vogue de traduction (du grec vers le syriaque, puis l'arabe) ont permis de sauvegarder les œuvres d'Aristote, Platon, Porphyre… Les bibliothèques publiques se multiplient (plus de 100 à Bagdad vers 900). Celle du Caire compte 1 600 000 volumes (souvent des chapitres). La passion des idées distingue les hommes de qualité et, dans cette société structurée par l'Islam, se posait la question de la raison et de la foi. La position la plus radicale est adoptée par Al Razi (mort en 925) qui rejette en bloc les religions révélées et les miracles. Son athéisme préfère une conception progressiste de la connaissance : les savoirs sont provisoires et perfectibles. Mais pour la plupart des penseurs, l'Islam est à la base de la falsafa (philosophie dans l'Islam). Le principe est que la vérité est une, qu'elle soit révélée ou obtenue par la raison, et peu importe son origine arabe ou étrangère. C'est la thèse d'Al Kindi (mort en 873) que la tradition honore comme " le philosophe des Arabes ", qui finit par donner l'avantage à la connaissance divine et devint mystique. À sa suite, Farabi (mort en 950) consacra ces nombreux commentaires à montrer l'accord de Platon et Aristote avec la pensée Islamique. Sa " cité modèle " reprend et adapte la République platonicienne. Cependant, la réflexion philosophique abordait des sujets délicats (unité de la création, survie du corps et de l'âme) et, pour la majorité des croyants, les références aux " sciences arabes " demeurent suspectes, proches de l'hérésie et dangereusement innovantes. L'attaque contre les philosophes va venir d'al-Ghazali (mort en 1111). Il dénonce l'impureté de leurs thèses (négation de la création du monde, de sa fin, de la résurrection des corps). Ghazali souligne l'importance des sciences utiles pour la communauté mais sa distinction entre sciences religieuses et non religieuses (ghayr shar'iyya) repousse la philosophie aux marges les plus éloignées de la religion. La riposte attendra un siècle et viendra d'Occident avec Ibn Rushd (mort en 1198), qui justifie l'accord de la doctrine coranique et l'effort philosophique et surtout, la possibilité d'un plein exercice de la raison. Ibn Rushd, latinisé en Averroès est sans doute l'Andalou qui a laissé la plus profonde marque sur la pensée humaine. Médecin, administrateur, astronome, philosophe encore, sa réputation a été immense dans le monde arabe et dans la chrétienté. L'anecdote en fait le prototype de l'athée. Son oeuvre est plus préoccupée de concilier foi et raison et ses commentaires d'Aristote expriment le besoin d'incrédulité en même temps que la diversité d'expression de la vérité. Il va influencer profondément la scolastique médiévale. Mais son oeuvre ne pourrait satisfaire les théologiens chrétiens (dont St Thomas) bien peu disposer à concevoir la philosophie comme une discipline indépendante. Les Arabes déjà avaient brûlé ses livres, les chrétiens les imitèrent et la philosophie devint serve. |