Emergence de l'Islam
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Muhammad, homme et prophète

L'enfance et la jeunesse de Muhammad
La première épouse, Khadija
La révélation et le doute
La prédication et la persécution
L'Hégire
Muhammad, législateur
La prise de La Mecque

le message coranique

Une parole divine
Allah, l'Islam, l'umma

les cinq piliers

la profession de foi (shahada)
La prière (salât)
L'impôt purificateur (zakât)
Le jeûne de ramadan
Le pèlerinage (hajj)

 

 
   Muhammad, homme et prophète

Aucune présentation de l’Islam ne peut manquer de se référer à Muhammad (Mahomet). Mais elle peut choisir de l’évoquer différemment, soit comme une personnalité historique, liée à son temps et à son milieu et dont l’action reste influente, jusqu’à aujourd’hui ; soit comme le messager de l’ultime religion révélée.

Croire à la deuxième option (ce qui n’exclut pas la première) c’est être musulman.

Car selon la tradition Islamique, Muhammad, l’homme du 7e siècle, est exceptionnel ; il est désigné comme :

  • le récepteur d’un message divin (Rasûl) qui n’est pas encore divulgué car il le concerne
    personnellement ;

  •  le témoin de la divinité (Nabî) qui agit auprès des siens pour la connaissance de Dieu ;

  • le fondateur d’une religion qui s’adresse à l’humanité, l’élu (Mostafa)

 

Muhammad n’est ni le premier des anbiya’ (pluriel de nabî), ni le premier témoin, Dieu en adresse à chaque peuple et époque ; Adam, Noé, Abraham, Jacob, Moïse, Jésus ont selon l'Islam le titre de prophète.

Mais il est le seul à disposer des trois qualités. Son rôle est de transmettre directement la parole divine ; il clôt le cycle de la prophétie ; il incarne le privilège d’une relation parfaite et authentique à la loi de Dieu.

La vie de Muhammad, toujours selon la tradition, est exemplaire. C’est pourquoi elle est assidûment commentée et glorifiée.

Quant à son portait, on sait que la tradition Islamique particulièrement sunnite, hostile aux représentations idolâtres, prohibe la représentation des êtres animés. Plus tard, la règle s'assouplira sauf pour ce qui concerne l'image du prophète et de ses compagnons.Il demeure ce texte, extrait de l'Histoire universelle de Tabari (mort en 923) et qui rapporte la description physique de Muhammad telle que la dressait Ali, son gendre et cousin.

"On demandait à Ali des détails sur l'apparence extérieure du Prophète. Ali dit : il était de taille moyenne, ni très grand, ni très petit. Son teint était d'un blanc rosé ; ses yeux étaient noirs ; ses cheveux, épais, brillants et beaux. Sa barbe, qui entourait tout son visage était bien fournie. Les cheveux de sa tête étaient longs et lui allaient jusqu'aux épaules ; ils étaient noirs (...). Sa démarche était si énergique qu'on aurait dit qu'à chaque pas il s'arrachait de la pierre, et cependant, en même temps, si légère qu'il semblait à chaque foulée ne pas toucher terre. Mais il ne marchait pas avec fierté, comme font les princes. Il y avait dans son visage tant de douceur, qu'une fois en sa présence, on ne pouvait pas le quitter ; si l'on avait faim, on était rassasié en le regardant, et l'on ne songeait plus à la nourriture. Tout homme affligé oubliait son chagrin quand il était en sa présence, charmé par la douceur de son visage et de sa parole. Quiconque l'avait vu convenait n'avoir jamais trouvé, ni avant, ni après lui, un homme ayant la parole aussi charmante. Son nez était droit, ses dents écartées. Tantôt il laissait tomber les cheveux de sa tête naturellement, tantôt il les portait noués ensemble en deux ou quatre boucles. A soixante-trois ans, l'âge n'avait encore fait blanchir qu'une quinzaine de cheveux..."

 

Sur la vie de cet homme, les informations sont diverses. Le Coran fournit des indications indifférentes à la chronologie, peu explicites souvent, énigmatiques parfois.

Viennent ensuite les premiers textes écrits ; cependant les plus anciens datent de plus d’un siècle après la mort du prophète. Les récits (Hadith) disent s’appuyer sur des sources orales et des témoignages scrupuleusement rapportés, dont uniquement la vérité a été sauvegardée. Ils concernent aussi les gestes des compagnons du prophète.

Enfin, il reste les légendes (Sirât). Composées dès le 8e siècle, elles regroupent les sources précédentes et des anecdotes plus controversées, pour servir de base aux biographes.

Les dire et les faire du prophète étaient trop chargés d’enjeux et leur interprétation pouvait trop servir ou desservir les intérêts d’une famille ou d’un clan, pour ne pas être aménagés. La tradition se construit progressivement et se négocie farouchement.

Elle pose la hiérarchie Coran, Hadith, Sirât, comme l’ordre des sources le plus justes pour connaître la vie de Muhammad, du petit groupe de ses premiers fidèles et pour répondre aux questions morales, politiques, quotidiennes qui se posent aux musulmans de par le monde tout au long de l’histoire.

De plus, les troubles et les urgences qui entourent l’émergence de cette nouvelle religion, le caractère d’homme d’action de Muhammad, la faible pratique de l’écriture en ce temps se conjuguent pour faire de l'Islam une croyance qui cherche sa propre vérité et sa vérité d’aujourd’hui tantôt dans l'histoire et tantôt dans une représentation de l’histoire.


 

L'enfance et la jeunesse de Muhammad

La date de naissance de Muhammad est incertaine, par approximation, on adopte l’année 571 dite année de l’éléphant. Muhammad naît à La Mecque, dans le clan des Quraich.

D’une famille peu aisée, orphelin de naissance, il est élevé par son grand-père, puis par un de ses oncles. Pendant cette période, il ne semble pas avoir reçu une grande éducation. La légende relate, un voyage avec son oncle jusqu’à Bosra (Syrie) grand centre chrétien où un moine reconnaît les signes de la mission prophétique. Dans ses voyages vers le nord, il est certain qu’il a mesuré le prestige des chrétiens (Roums) et de cette terre : celle de la révélation de Moïse et de Jésus.



 

La première épouse, Khadija

Une riche veuve d'une quarantaine d'années remarque les qualités de Muhammad et l’engage pour diriger le commerce caravanier qu’elle organisait. Il a alors environ 25 ans, ses nouvelles tâches lui fournissent d’autres occasions de voyages et de rencontres.

Tous les récits convergent pour décrire cette alliance " raisonnable " comme marquée par le respect et une affection que Muhammad conserve à son épouse, après la mort de celle-ci.

Ce premier mariage sera monogame et Khadija, par sa présence auprès de Muhammad, a largement contribué à la réussite de la nouvelle religion révélée.

Après la mort de Khadija, le prophète contracte plusieurs autres mariages.Ils seront dictés par l’amour ou par l’opportunité. Ils permettront de tisser des alliances : les épousées sont juives, chrétiennes ou coptes. Les plus proches appartiennent aux familles des compagnons.



 

La révélation et le doute

Vers 35 ans Muhammad est un homme prospère et apprécié pour sa modération, mais insatisfait. De plus en plus fréquemment, l’homme fait retraite, prie et médite la nuit dans le désert, sous les étoiles. Cette pratique n’est pas commune.

Après une nuit de contemplation, vers 610, à l’aube, pendant qu’il dormait, un être mystérieux tenant à la main un rouleau d’étoffe couvert de signes lui apparaît et lui ordonne de réciter. Il objecte " Que lirais-je ? "

L’être (Jibrîl, l’archange Gabriel) serre l’étoffe autour de son cou et intime : " Lis au nom de Dieu qui créa… ".

C’est ainsi que le Coran apporte le premier moment (la première descente) du Livre, de la parole divine dans le cœur du Prophète..

Muhammad a le sentiment qu’un livre est entré en lui. Mais son trouble est immense. Il témoigne auprès de Khadija, doute de lui-même, craint d’avoir été joué par un démon.

Peu de proches, sa maisonnée, sont mis dans la confidence de ce secret.

L’ange le réconforte sur le sens de sa mission, lui livre cette parole " bien lourde " qui pendant trois ans est réservée. Khadija fut la première à croire dans sa mission. Le premier converti hors de la famille fut Abu Bakr, un marchand respecté (qui sera le premier Calife).



 

La prédication et la persécution

Le prophète commença la prédication publique de son message, il se heurta aux Qoraïchites, qui en dehors de leur attachement à leurs idoles craignaient pour la prospérité de la Mecque.

Le prophète de l’Islam essuie des refus de plus en plus violents : injures, humiliations se multiplient contre lui et contre les nouveaux convertis. Jusqu’à ce que leur existence devienne intenable, et que l’exode s’impose.

Muhammad recommande aux plus faibles de se réfugier en Abyssinie et de se placer sous la protection du Négus (chrétien). Une centaine de croyants (qui revinrent par petits groupes) traverse la Mer rouge et est bien accueillie. Ce qui témoignerait de la capacité des deux religions à sympathiser et d’une volonté de sortir des solidarités traditionnelles tribales.

À La Mecque, Muhammad est accusé de plagiat, d’imposture, de sorcellerie. Les révélations se succèdent pour infirmer ces arguments et souligner la continuité entre Muhammad et les prophètes qui le précèdent et le caractère divin du message.

Pourtant les pressions s’amplifient et les menaces se précisent quand Khadija et les derniers protecteurs de Muhammad disparaissent.

Il est de plus en plus clair que La Mecque ne sera pas le premier centre de la nouvelle religion. Avec toujours aussi peu de succès, il se tourne vers les tribus bédouines et la ville de Tâïf.

La tradition place à cette époque la visite nocturne à Jérusalem et l’ascension (Mi‘râj).



 

L'Hégire

L’ouverture vint du nord, de l’oasis de Yathrib qui allait devenir la ville du prophète : Médine. À La Mecque, la situation est intenable, la décision de l’émigration (hégire) est prise, elle servira de point de départ du calendrier de musulman.

Par petits groupes, poursuivis par les Qoraïchites, après un voyage de sept jours dans un désert de dunes et de pierres, Muhammad et les siens se réfugient à Yathrib ( le 17 septembre 622), appel?e plus tard Médine. C’est un acte politique, la contestation du pouvoir mécquois va conduire à une guerre et à l’organisation sociale de la communauté médinoise.

Médine, cette cité-village, ouverte aux exilés, était décalée par rapport aux routes du grand trafic caravanier. Elle pratiquait à l'instar des autres cités-oasis d’Arabie, une économie de subsistance à partir de ses palmeraies. Elle comptait trois tribus juives et deux tribus arabes païennes en prie à des luttes intestines. c'est à l'issue d'une guerre que Muhammad, porteur de la croyance nouvelle que les siens ont rejetée, arrive à Médine, dans le cadre d'une alliance dûment conclue avec la tribu arabe médinoise à laquelle il se trouvait apparenté par une aïeule paternelle.

La situation économique des émigrés est précaire. Les succès militaires confortent la position du prophète. Mais les défaites remettent son autorité en balance. Les batailles perdues contre les Qoraïchites sont mises au compte de l’insubordination et l’hypocrisie d’alliés trop tièdes. Pour les compenser, Muhammad organise des expéditions contre les Bédouins et contre les tribus juives qui, à sa déception, n’ont pas rejoint l’Islam et dont les biens sont saisis.

La rupture avec les juifs est symbolisée par la décision de ne plus prier en direction de Jérusalem, selon l’usage d’alors, mais désormais tourné vers La Mecque. La solidarité avec les chrétiens ne durera guère plus.



 

Muhammad, législateur

La période médinoise voit Muhammad acquérir un autre statut. Celui de dirigeant d’une communauté qui reste à organiser, construire, structurer. Tout un ensemble de révélations et d’actions prophétiques va poser (ou préciser) les règles de la vie publique et privée des musulmans.

Dans une ville composée de juifs et de musulmans divisés en clans et ayant leurs propres lois, Muhammad, devient bâtisseur (il fait ériger la première mosquée) et homme de loi. Il s’impose comme juge des conflits et il forme l’esquisse d’une organisation Islamique.



 

La prise de La Mecque

Avec le temps, en raison de son succès, les troupes de Muhammad croissent et en 630, dix mille musulmans armés marchent sur La Mecque. Il n’y eut presque pas bataille. Le prophète victorieux accepte la capitulation de ses ennemis, prie sur la tombe de Khadija et fait abattre les idoles.

Après la reddition de La Mecque, sa ville d'origine, en l'an 8 de l’hégire, et immédiatement ensuite, après la défaite de la dernière grande tribu nomade qui lui était hostile, Muhammad est maître de l'Arabie occidentale.

Au cours de la première année, Muhammad combat les polythéistes, fixe les règles du pèlerinage, légifère (abolition de l’usure…) et exhorte les musulmans à demeurer unis après lui.

De retour à Médine, il tombe malade. Il meurt en 632.L'Islam était dèsormais consolidé dans la péninsule arabique et était en mesure de s'élargir aux pays situés à l'ouest du Jourdain.

Après la mort de Mahomet, la figure prophétique, devenue référentielle, va peu à peu éclipser celle de l'admirable chef charismatique qu'il avait su être durant la période médinoise. À partir de ce moment chronologiquement mal maîtrisé, la sacralisation éclipse peu à peu le détail historique.



 
   le message coranique


 

Une parole divine

S XLIII-3)

Pour un musulman, la Bible et les Évangiles contiennent des révélations authentiques mais incomplètes et altérées.

Le Coran, quant à lui, exprimerait toute la révélation. C'est la transcription en arabe de la pensée divine. C'est la parole divine elle-même, dont le message est antérieur à toute création, complet, valable jusqu'à la fin du monde, inimitable.

Il est la source unique et sûre de la connaissance.

La nature parfaite et extraordinaire du texte coranique rend superflues les révélations antérieures. Elle interdit les additions et les dénaturations. Dès lors, toute traduction du Coran ne peut être qu'un essai imparfait pour approcher l'oeuvre inimitable. Même la plus scrupuleuse, se heurte au caractère sacré du texte. Les savants musulmans pensent qu'une traduction dans le vrai sens du mot est impossible, ils admettent néanmoins que l'on peut tenter une version de Coran, un commentaire, ou une certaine interprétation.

C'est la nature divine du texte qui permet de comprendre sa place centrale dans la vie des musulmans. La fréquentation du Coran, l'apprentissage précoce et scrupuleux, le devoir de lecture, de relecture, de récitation fidèles en font un pivot de la vie quotidienne et prouvent une certaine intimité et l'attachement à une langue parfaite et belle. Le chant rituel des versets du Coran, enregistré ou donné directement devant un micro, se mêle encore à la vie de tous les jours. En terre d'Islam, à l'époque du " transistor ", on pourra l'entendre le matin dans certains autobus. Le jour dans les souks ou le soir dans les réunions mortuaires, comme en des dizaines d'autres occasions. Toute l'existence en est marquée.



 

Allah, l'Islam, l'umma

Face à son époque, le message de Muhammad est une provocation tant il heurte les habitudes, les valeurs et les intérêts en place.

Sur trois points au moins, mais non pas les moindres, il impose de profondes réformes. Face à une terre où les devins, les sorciers, les prêtres… sont légions, l'Islam ne pouvait que bousculer les croyances installées. Il impose un Dieu unique, une foi sans réserve et irréversible, une solidarité impersonnelle. Désormais, le croyant peut se passer d'intercesseur et s'adresser directement au créateur.

Allah est le nom propre de Dieu. Le vocable était usité avant que le Coran ne soit révélé. Le nom du père du prophète s'appelait ‘Abd Allah "serviteur de Dieu". Ce nom n'est pas consacré au seul usage du musulman. Les chrétiens arabophones s'adressent à Dieu également par ce nom.

En proclamant l'unicité de Dieu (Allah, littéralement Al-llah : le Dieu), Muhammad contrarie directement le pluralisme religieux en vigueur à La Mecque et tous les avantages qui lui sont liés (commerce entre communautés, etc.). À un moment où juifs et chrétiens sont encore partagés entre sectes aux contours flous et perméables, Muhammad assume l'affirmation et l'originalité monothéistes : non seulement il n'y a qu'un Dieu mais c'est celui de l'Islam qui est le vrai dieu et il exclut toutes les autres croyances.

"Les plus beaux noms" de Dieu sont au nombre de quatre vingt dix neuf. Ils sont l'expression de son essence et de ses attributs : Dieu est "un et unique, le Sublime, le Réel, Lumière sur Lumière, Vérité, Meilleur des Juges, Tout puissant, Bienveillant et Généreux...

Le terme d'Islam traduit le cœur de la relation entre ce dieu jaloux et les hommes. Il est trop hâtivement traduit par des expressions comme soumission à la volonté divine. La racine SLM (que l'on retrouve dans Salam, la paix ou la quiétude…) exprime plutôt l'idée d'être ou de parvenir à être sain et sauf, l'Islam est, en ce sens, le fait de s'en remettre à Dieu pour obtenir miséricorde, pardon, pureté. La notion n'exclut ni la responsabilité ni le libre arbitre. Mais elle revendique une relation directe entre la divinité et les hommes qui est faite de miséricorde et de liberté.

L'Islam, c'est la sujétion à Allah, qui ne cesse de révéler à l'homme le mystère informulé de son ineffabilité, auquel il est demandé de croire et de réfléchir. L'ordre et l'harmonie merveilleuse de l'actuel cosmos se présentent comme une invitation à se prosterner devant la puissance créatrice et anéantissante.

Les hommes seront jugés selon leurs actions, mais les actions n'ont aucune valeur sans la foi. Le désir du bon musulman est que le poids des bonnes œuvres l'emporte sur celui des mauvaises dans la balance du jugement. Le péché irrémissible, en fait le seul péché mortel pour la plupart des théoriciens, est le shirk, le crime d'associer à Dieu d'autres divinités.

L'adhésion à l'Islam se traduit par l'entrée dans une nouvelle communauté, la nation des croyants (Umma) et par de nouveaux droits et devoirs qui surpassent toutes les anciennes solidarités tribales et ethniques.

L'idée d'une communauté Islamique indifférente aux liens du sang, aux conditions sociales et économiques, puis en principe, aux États et aux frontières, fait figure de bouleversement. Les conditions d'émergence de l'Islam l'opposent d'emblée aux pouvoirs claniques, l'umma exprime l'ambition universaliste et peut-être la tentation conquérante de l'Islam.



 
   les cinq piliers

L'Islam est trop souvent présenté comme une religion d'interdictions et de contraintes. Celles-ci existent et sont multiples, mais une comparaison avec les autres monothéismes montre qu'elles ne sont pas plus nombreuses.

Seuls 3 % du Coran concernent des impératifs ou des sanctions.

En fait, ce sont les dimensions collectives et communautaires de la religion qui les rend plus visibles, surtout dans les sociétés arabes où le contrôle social (le regard de tous sur chacun) et le sens de l'honneur sont insistants.

Mais, bien entendu, à chaque fois qu'une règle ou qu'une loi sont énoncées, il reste encore à les appliquer ; ce qui ouvre plus ou moins la porte à l'interprétation et à la négociation selon le moment, l'opinion collective, les attitudes individuelles et privées.

Appartenir à la communauté des musulmans, tel que cela se dégage du Coran, c'est souscrire au respect de cinq principes essentiels (piliers ou arkân) et y satisfaire en pratique. Certaines de ces obligations sont périodiques, d'autres quotidiennes ou exceptionnelles.

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la profession de foi (shahada)

Selon la tradition, l'enfant est musulman à sa naissance, c'est ensuite son milieu qui agit s'il confesse une religion autre.

Pour s'affirmer musulman, le croyant doit prononcer, en toute conscience et sincérité, devant deux témoins (pour une conversion), la célèbre formule de la Shahada : " Il n'y a de Dieu que Dieu et Muhammad est son messager. " Ce qui signifie son adhésion :

  • au monothéisme : Dieu est unique et omniscient ;
  • en la croyance de ses messages et de son livre (le Coran) ;
  • en la reconnaissance de Muhammad comme ultime prophète ;
  • au principe d'une vie après la mort ;
  • à l'existence des anges.

La profession de foi est un acte global et irréversible.



 

La prière (salât)

Il s'agit d'une pierre d'angle de l'Islam. Elle réaffirme cinq fois par jour la qualité de musulman, à titre individuel ou collectif. Et, elle exprime un lien constant avec le divin c'est-à-dire une capacité à rompre avec les préoccupations matérielles.

Selon un rituel précis, mais qui varie selon les régions, le croyant, au matin, au midi, au milieu de l'après-midi, au coucher du soleil, au début de la nuit se purifie par des ablutions, se rend disponible puis se prosterne en direction de La Mecque pour signifier sa dévotion : il renouvelle les formules d'adhésion à l'Islam et appelle à le rejoindre. Des récitations d'autres versets du Coran peuvent accompagner la prière. Celle-ci peut être solitaire ou communautaire.

Les appels des muezzins témoignent de l'importance de la pratique collective. La prière du vendredi midi est le temps fort du partage de la foi. Commune, elle soumet les pauvres et les puissants aux mêmes rites. Même si les hiérarchies sociales continuent à être ressenties dans les rangs ou les préséances.

En plus des prières quotidiennes, d'autres peuvent être accomplies, la prière nocturne propice aux demandes et à la réalisation des vœux, par exemple.



 

L'impôt purificateur (zakât)

Le terme d'aumône traduit mal le sens de ce pilier. C'est une obligation légale (réglementée au 8e siècle) destinée à manifester la solidarité des plus riches et des plus pauvres, l'origine divine de toute richesse.

La zaka, mot dérivé d'une racine connue en syriaque et qui signifie " purifier ", désigne l'aumône qui purifie celui qui l'accorde, qui l'exonère. La zaka est une contribution, en nature ou en espèces, payée par le musulman et destinée à alimenter un fonds de secours mutuel, de bienfaisance, ou même à couvrir certaines dépenses d'intérêt public.

Le don individuel et spontané est remplacé dans de nombreux pays par un impôt. Les musulmans fervents seuls continuent à se considérer comme obligés et font leurs dons en particulier. Provenant de musulmans, le résultat de la collecte ne doit servir qu'à des musulmans ou à des gens que l'on s'efforce de convoquer à l'Islam.

Pour la fête qui marque la fin de ramadan le fidèle doit donner une aumône en privé qui cette fois peut aller à des non-musulmans -, afin d'aider les moins fortunés à fêter eux aussi la rupture du jeûne.

La zaka a joué dans l'histoire un grand rôle pour la cohésion de la communauté. Depuis les années 1950, son existence est donnée comme preuve du caractère socialiste de l'Islam : son rétablissement est exigé par les associations musulmanes. La zaka est prélevée non seulement sur le revenu, mais aussi sur certaines catégories de capital.



 

Le jeûne de ramadan

La prière est un temps pour Dieu. De même, pendant tout le mois lunaire (29 ou 30 jours) de Ramadan, la communauté se retrouve et consacre sa foi. Au cours de cette épreuve de volonté, d'expiation, il est exigé de ne ni boire, ni manger, ni fumer, ni avoir de relations sexuelles du lever au coucher du soleil.

L'abstinence n'est pas propre à l'Islam et elle ne s'impose qu'aux adultes en bonne santé. Les malades ou les handicapés, les voyageurs ou les combattants, les femmes enceintes ou les nourrices sont dispensés du jeûne. Quitte pour eux à différer le jeûne ou bien à le compenser par des dons aux pauvres.

Le temps du Ramadan est un intervalle d'expiation, un changement de mode de vie qui impose la réconciliation et réaffirme les solidarités de l'Umma de la famille, de l'amitié.

La rupture du jeûne (iftar) et les longues soirées de chants et de danses contrastent avec le calme du jour. Le Ramadan oppose la réflexion et la concentration, la production économique et les contacts humains.



 

Le pèlerinage (hajj)

Ce pilier évoque un épisode de la vie d'Abraham : la construction du premier temple (La Kaaba, sorte de cube de 12 mètres de côté et de 15 m de haut, recouvert de brocart noir ; la pierre noire, noircit par les péchés humains, est posée dans l'angle sud-est) à La Mecque, le pôle religieux de l'Islam et ville natale de Muhammad .

Le pèlerinage s'accomplit au moins une fois dans une vie, pendant le dixième mois musulman, à condition d'en avoir les moyens, d'être pubère, de disposer de sa raison et ne pas conserver de différends en cours.

Le pèlerinage commence à Médine. Après s'être mis en état de pureté corporelle et revêtus de tissus blancs non cousus, les pèlerins se recueillent sur le tombeau du prophète, puis ils se rendent à La Mecque dans le périmètre interdit aux non-musulmans pour tourner sept fois autour de la Kaaba. Ensuite, sept fois encore, ils parcourent le même chemin qu'Agar, femme d'Abraham et son fils Ismaèl, firent à la recherche d'eau dans le désert jusqu'à la source de Zem Zem, que Dieu a fait surgir pour les désaltérer.

Autre rite important, la lapidation des trois piliers qui marquent les endroits où le démon est apparu à Abraham pour le détourner de l'ordre divin de sacrifier son fils.

Voilà pour les grands moments d'un parcours qui dure de 10 jours à 3 semaines et qui s'achève par le sacrifice d'un mouton.

Le Pèlerin s'en retourne avec le titre prestigieux de Hajj et le sentiment d'une totale pureté. Outre le fait que le pèlerinage est coûteux, l'augmentation du nombre des musulmans rend son accomplissement plus compliqué et donne lieu à la définition de contingents par nationalités.

Le pèlerinage est dit petit pèlerinage lorsqu'il est effectué en dehors des dates rituelles.



 

 


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