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Aucune présentation de l’Islam ne peut manquer de se référer à Muhammad (Mahomet). Mais elle peut choisir de l’évoquer différemment, soit comme une personnalité historique, liée à son temps et à son milieu et dont l’action reste influente, jusqu’à aujourd’hui ; soit comme le messager de l’ultime religion révélée.
Croire à la deuxième option (ce qui n’exclut pas la première) c’est être musulman.
Car selon la tradition Islamique, Muhammad, l’homme du 7e siècle, est exceptionnel ; il est désigné comme :
- le récepteur d’un message divin (Rasûl) qui n’est pas encore divulgué car il le concerne
personnellement ;
- le témoin de la divinité (Nabî) qui agit auprès des siens pour la connaissance de Dieu ;
- le fondateur d’une religion qui s’adresse à l’humanité, l’élu (Mostafa)
Muhammad n’est ni le premier des anbiya’ (pluriel de nabî), ni le premier témoin, Dieu en adresse à chaque peuple et époque ; Adam, Noé, Abraham, Jacob, Moïse, Jésus ont selon l'Islam le titre de prophète.
Mais il est le seul à disposer des trois qualités. Son rôle est de transmettre directement la parole divine ; il clôt le cycle de la prophétie ; il incarne le privilège d’une relation parfaite et authentique à la loi de Dieu.
La vie de Muhammad, toujours selon la tradition, est exemplaire. C’est pourquoi elle est assidûment commentée et glorifiée.
Quant à son portait, on sait que la tradition Islamique particulièrement sunnite, hostile aux représentations idolâtres, prohibe la représentation des êtres animés. Plus tard, la règle s'assouplira sauf pour ce qui concerne l'image du prophète et de ses compagnons.Il demeure ce texte, extrait de l'Histoire universelle de Tabari (mort en 923) et qui rapporte la description physique de Muhammad telle que la dressait Ali, son gendre et cousin.
"On demandait à Ali des détails sur l'apparence extérieure du Prophète. Ali dit : il était de taille moyenne, ni très grand, ni très petit. Son teint était d'un blanc rosé ; ses yeux étaient noirs ; ses cheveux, épais, brillants et beaux. Sa barbe, qui entourait tout son visage était bien fournie. Les cheveux de sa tête étaient longs et lui allaient jusqu'aux épaules ; ils étaient noirs (...). Sa démarche était si énergique qu'on aurait dit qu'à chaque pas il s'arrachait de la pierre, et cependant, en même temps, si légère qu'il semblait à chaque foulée ne pas toucher terre. Mais il ne marchait pas avec fierté, comme font les princes. Il y avait dans son visage tant de douceur, qu'une fois en sa présence, on ne pouvait pas le quitter ; si l'on avait faim, on était rassasié en le regardant, et l'on ne songeait plus à la nourriture. Tout homme affligé oubliait son chagrin quand il était en sa présence, charmé par la douceur de son visage et de sa parole. Quiconque l'avait vu convenait n'avoir jamais trouvé, ni avant, ni après lui, un homme ayant la parole aussi charmante. Son nez était droit, ses dents écartées. Tantôt il laissait tomber les cheveux de sa tête naturellement, tantôt il les portait noués ensemble en deux ou quatre boucles. A soixante-trois ans, l'âge n'avait encore fait blanchir qu'une quinzaine de cheveux..."
Sur la vie de cet homme, les informations sont diverses. Le Coran fournit des indications indifférentes à la chronologie, peu explicites souvent, énigmatiques parfois.
Viennent ensuite les premiers textes écrits ; cependant les plus anciens datent de plus d’un siècle après la mort du prophète. Les récits (Hadith) disent s’appuyer sur des sources orales et des témoignages scrupuleusement rapportés, dont uniquement la vérité a été sauvegardée. Ils concernent aussi les gestes des compagnons du prophète.
Enfin, il reste les légendes (Sirât). Composées dès le 8e siècle, elles regroupent les sources précédentes et des anecdotes plus controversées, pour servir de base aux biographes.
Les dire et les faire du prophète étaient trop chargés d’enjeux et leur interprétation pouvait trop servir ou desservir les intérêts d’une famille ou d’un clan, pour ne pas être aménagés. La tradition se construit progressivement et se négocie farouchement.
Elle pose la hiérarchie Coran, Hadith, Sirât, comme l’ordre des sources le plus justes pour connaître la vie de Muhammad, du petit groupe de ses premiers fidèles et pour répondre aux questions morales, politiques, quotidiennes qui se posent aux musulmans de par le monde tout au long de l’histoire.
De plus, les troubles et les urgences qui entourent l’émergence de cette nouvelle religion, le caractère d’homme d’action de Muhammad, la faible pratique de l’écriture en ce temps se conjuguent pour faire de l'Islam une croyance qui cherche sa propre vérité et sa vérité d’aujourd’hui tantôt dans l'histoire et tantôt dans une représentation de l’histoire.
L'enfance et la jeunesse de Muhammad
La date de naissance de Muhammad est incertaine, par approximation, on adopte l’année 571 dite année de l’éléphant. Muhammad naît à La Mecque, dans le clan des Quraich.
D’une famille peu aisée, orphelin de naissance, il est élevé par son grand-père, puis par un de ses oncles. Pendant cette période, il ne semble pas avoir reçu une grande éducation. La légende relate, un voyage avec son oncle jusqu’à Bosra (Syrie) grand centre chrétien où un moine reconnaît les signes de la mission prophétique. Dans ses voyages vers le nord, il est certain qu’il a mesuré le prestige des chrétiens (Roums) et de cette terre : celle de la révélation de Moïse et de Jésus.
La première épouse, Khadija
Une riche veuve d'une quarantaine d'années remarque les qualités de Muhammad et l’engage pour diriger le commerce caravanier qu’elle organisait. Il a alors environ 25 ans, ses nouvelles tâches lui fournissent d’autres occasions de voyages et de rencontres.
Tous les récits convergent pour décrire cette alliance " raisonnable " comme marquée par le respect et une affection que Muhammad conserve à son épouse, après la mort de celle-ci.
Ce premier mariage sera monogame et Khadija, par sa présence auprès de Muhammad, a largement contribué à la réussite de la nouvelle religion révélée.
Après la mort de Khadija, le prophète contracte plusieurs autres mariages.Ils seront dictés par l’amour ou par l’opportunité. Ils permettront de tisser des alliances : les épousées sont juives, chrétiennes ou coptes. Les plus proches appartiennent aux familles des compagnons.
La révélation et le doute
Vers 35 ans Muhammad est un homme prospère et apprécié pour sa modération, mais insatisfait. De plus en plus fréquemment, l’homme fait retraite, prie et médite la nuit dans le désert, sous les étoiles. Cette pratique n’est pas commune.
Après une nuit de contemplation, vers 610, à l’aube, pendant qu’il dormait, un être mystérieux tenant à la main un rouleau d’étoffe couvert de signes lui apparaît et lui ordonne de réciter. Il objecte " Que lirais-je ? "
L’être (Jibrîl, l’archange Gabriel) serre l’étoffe autour de son cou et intime : " Lis au nom de Dieu qui créa… ".
C’est ainsi que le Coran apporte le premier moment (la première descente) du Livre, de la parole divine dans le cœur du Prophète..
Muhammad a le sentiment qu’un livre est entré en lui. Mais son trouble est immense. Il témoigne auprès de Khadija, doute de lui-même, craint d’avoir été joué par un démon.
Peu de proches, sa maisonnée, sont mis dans la confidence de ce secret.
L’ange le réconforte sur le sens de sa mission, lui livre cette parole " bien lourde " qui pendant trois ans est réservée. Khadija fut la première à croire dans sa mission. Le premier converti hors de la famille fut Abu Bakr, un marchand respecté (qui sera le premier Calife).
La prédication et la persécution
Le prophète commença la prédication publique de son message, il se heurta aux Qoraïchites, qui en dehors de leur attachement à leurs idoles craignaient pour la prospérité de la Mecque.
Le prophète de l’Islam essuie des refus de plus en plus violents : injures, humiliations se multiplient contre lui et contre les nouveaux convertis. Jusqu’à ce que leur existence devienne intenable, et que l’exode s’impose.
Muhammad recommande aux plus faibles de se réfugier en Abyssinie et de se placer sous la protection du Négus (chrétien). Une centaine de croyants (qui revinrent par petits groupes) traverse la Mer rouge et est bien accueillie. Ce qui témoignerait de la capacité des deux religions à sympathiser et d’une volonté de sortir des solidarités traditionnelles tribales.
À La Mecque, Muhammad est accusé de plagiat, d’imposture, de sorcellerie. Les révélations se succèdent pour infirmer ces arguments et souligner la continuité entre Muhammad et les prophètes qui le précèdent et le caractère divin du message.
Pourtant les pressions s’amplifient et les menaces se précisent quand Khadija et les derniers protecteurs de Muhammad disparaissent.
Il est de plus en plus clair que La Mecque ne sera pas le premier centre de la nouvelle religion. Avec toujours aussi peu de succès, il se tourne vers les tribus bédouines et la ville de Tâïf.
La tradition place à cette époque la visite nocturne à Jérusalem et l’ascension (Mi‘râj).
L'Hégire
L’ouverture vint du nord, de l’oasis de Yathrib qui allait devenir la ville du prophète : Médine. À La Mecque, la situation est intenable, la décision de l’émigration (hégire) est prise, elle servira de point de départ du calendrier de musulman.
Par petits groupes, poursuivis par les Qoraïchites, après un voyage de sept jours dans un désert de dunes et de pierres, Muhammad et les siens se réfugient à Yathrib ( le 17 septembre 622), appel?e plus tard Médine. C’est un acte politique, la contestation du pouvoir mécquois va conduire à une guerre et à l’organisation sociale de la communauté médinoise.
Médine, cette cité-village, ouverte aux exilés, était décalée par rapport aux routes du grand trafic caravanier. Elle pratiquait à l'instar des autres cités-oasis d’Arabie, une économie de subsistance à partir de ses palmeraies. Elle comptait trois tribus juives et deux tribus arabes païennes en prie à des luttes intestines. c'est à l'issue d'une guerre que Muhammad, porteur de la croyance nouvelle que les siens ont rejetée, arrive à Médine, dans le cadre d'une alliance dûment conclue avec la tribu arabe médinoise à laquelle il se trouvait apparenté par une aïeule paternelle.
La situation économique des émigrés est précaire. Les succès militaires confortent la position du prophète. Mais les défaites remettent son autorité en balance. Les batailles perdues contre les Qoraïchites sont mises au compte de l’insubordination et l’hypocrisie d’alliés trop tièdes. Pour les compenser, Muhammad organise des expéditions contre les Bédouins et contre les tribus juives qui, à sa déception, n’ont pas rejoint l’Islam et dont les biens sont saisis.
La rupture avec les juifs est symbolisée par la décision de ne plus prier en direction de Jérusalem, selon l’usage d’alors, mais désormais tourné vers La Mecque. La solidarité avec les chrétiens ne durera guère plus.
Muhammad, législateur
La période médinoise voit Muhammad acquérir un autre statut. Celui de dirigeant d’une communauté qui reste à organiser, construire, structurer. Tout un ensemble de révélations et d’actions prophétiques va poser (ou préciser) les règles de la vie publique et privée des musulmans.
Dans une ville composée de juifs et de musulmans divisés en clans et ayant leurs propres lois, Muhammad, devient bâtisseur (il fait ériger la première mosquée) et homme de loi. Il s’impose comme juge des conflits et il forme l’esquisse d’une organisation Islamique.
La prise de La Mecque
Avec le temps, en raison de son succès, les troupes de Muhammad croissent et en 630, dix mille musulmans armés marchent sur La Mecque. Il n’y eut presque pas bataille. Le prophète victorieux accepte la capitulation de ses ennemis, prie sur la tombe de Khadija et fait abattre les idoles.
Après la reddition de La Mecque, sa ville d'origine, en l'an 8 de l’hégire, et immédiatement ensuite, après la défaite de la dernière grande tribu nomade qui lui était hostile, Muhammad est maître de l'Arabie occidentale.
Au cours de la première année, Muhammad combat les polythéistes, fixe les règles du pèlerinage, légifère (abolition de l’usure…) et exhorte les musulmans à demeurer unis après lui.
De retour à Médine, il tombe malade. Il meurt en 632.L'Islam était dèsormais consolidé dans la péninsule arabique et était en mesure de s'élargir aux pays situés à l'ouest du Jourdain.
Après la mort de Mahomet, la figure prophétique, devenue référentielle, va peu à peu éclipser celle de l'admirable chef charismatique qu'il avait su être durant la période médinoise. À partir de ce moment chronologiquement mal maîtrisé, la sacralisation éclipse peu à peu le détail historique.
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