Introduction
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Vous avez dit Arabe ?

Les plus anciens témoignages

La question de la langue

L'oralité

 

 
   Vous avez dit Arabe ?

L'ethnie arabe, connue historiquement depuis environ trois mille ans, a expérimenté les cultures et les pratiques religieuses païennes, zoroastriennes, judaïques, chrétiennes... Depuis quinze siècles, elle est majoritairement musulmane.

Quatre raisons principales expliquent la confusion entre Arabe et musulman :

  • Le prophète de l'Islam fut Arabe.
  • Le Coran, texte sacré de l'Islam, fut révélé en arabe.
  • Les Arabes furent le premier noyau porteur de l'Islam.
  • La tendance, fâcheuse, qui consiste à ne considérer les Arabes que sous l'angle de la religion.

     

Cependant, on peut compter, parmi les croyants, des Arabes de confessions chrétienne et juive.

Aujourd'hui, sur près d'un milliard de musulmans, un cinquième est arabe.

Appartiennent à l'ethnie, peuple ou nation arabe, ceux qui, selon Maxime Rodinson :

  • parlent une variante de la langue arabe et considèrent que c'est leur langue " naturelle " ;
  • regardent comme leur patrimoine, l'histoire et les traits culturels des Arabes ;
  • revendiquent l'identité arabe ou une conscience d'arabité.

Pour Sati Husri "Est Arabe celui qui parle arabe, qui se veut Arabe et qui se dit Arabe".

L'importance de l'adhésion à l'idéal arabe se retrouve dans cette déclaration de Khatibi : " J'entends par "Arabe" celui qui se dit comme tel, là où il est, dans son histoire, dans sa mémoire, dans son espace de vie, de mort et de survie. Là où il est c'est-à-dire dans l'expérience d'une vie tolérable et intolérable pour lui. "

La civilisation arabe est une et plurielle. Ses créateurs furent et sont des Arabes, des arabisés (dont la langue usuelle est l'arabe ou indifféremment le turc, le persan, le berbère…) et des non-musulmans.

Cette civilisation naît de contacts, d'emprunts, d'apports : elle gère et invente un héritage ou l'Islam occupe une part intime non seulement parce qu'il se veut message universel mais aussi parce qu'il vient sacraliser certains traits de culture, en réformer d'autres et souvent s'inscrire dans une continuité de civilisations antérieures.

À ce titre, Hérodote relate, entre autres témoignages de ses voyages, que 1000 ans avant l'Islam, les prêtres égyptiens se rasaient le corps, faisaient quatre ablutions par jour et que tous avaient horreur du porc et pratiquaient la circoncision. Il ajoute " seuls […] les Colchidiens, les Égyptiens et les Éthiopiens pratiquent la circoncision depuis l'origine. Les Phéniciens et les Syriens de Palestine reconnaissent eux-mêmes qu'ils ont appris cet usage des Égyptiens. "


 
   Les plus anciens témoignages

Ceux que l'Occident désignait il y a peu encore du nom de Sarrasins (en grec Sarakênoi, en latin Saraceni) étaient auparavant appelés Arabes scénites, c'est-à-dire Arabes qui vivent sous la tente (en grec, Skênê).

Ils s'appelaient eux-mêmes Arabes tout simplement.

Les plus anciens témoignages qui les concernent remontent à environ trois mille ans.

Dès le neuvième siècle avant J.-C., ils auraient influencé le développement historique du Moyen-Orient par la position géographique du pays d'Aribi, situé entre Syrie et Mésopotamie et leur rôle dans la compétition pour le contrôle des routes commerciales qui reliaient le golfe dit aujourd'hui arabo-persique à la Syrie, la Syrie à l'Égypte, l'Égypte à l'Arabie méridionale.

Entre autres sources, Xénophon cite leur participation à la conquête de la Babylonie aux côtés de Cyrus Ier vers 539 avant J.-C.

Le " Roi des Arabes " mentionné par Hérodote, aurait occupé le Hidjaz septentrional, entre 500 et 300 avant J.-C., c'est-à-dire la colonie des Minéens qui eurent les Nabatéens pour successeurs.

Au cours des siècles, la définition des Arabes recouvre des réalités fluctuantes. Déjà, à l'époque pré-Islamique, elle désigne les populations de l'Arabie, distribuées en tribus surtout nomades dont certaines avaient commencé à pénétrer les steppes de Syrie et de Mésopotamie et dont d'autres, sédentaires, sont issues des civilisations de Sa'ba, Ma'in, Qataban, Hadramut (c'est -à- dire au sud, sur les terres de l'actuel Yémen).

L'épisode biblique de la visite de la " reine de Saba " à Salomon est considéré par certains comme purement légendaire. Pour d'autres, elle est la preuve qu'il existait au Xe s. av. J.-C. un royaume de Saba, riche grâce au commerce de l'encens, de l'or, des pierres précieuses. Au VIIIe s., les populations du sud de l'Arabie étaient parvenues à un haut degré de civilisation sédentaire et urbaine grâce au commerce et à l'agriculture.

Les traces qui subsistent de cette culture attestent d'une grande maîtrise de l'architecture (palais à plusieurs étages), de l'hydraulique (barrage de Ma'rib notamment) et de l'écriture.

Mais c'est sur l'usage d'une langue supposée une, à l'époque comme encore aujourd'hui, que s'appuie principalement la délimitation du monde des Arabes.

 


 
   La question de la langue

La pensée arabe " se répète comme l'eau jaillissante ; de même que la musique arabe est mélodique et non harmonique ; de même que le temps est comme une spirale et non comme une trajectoire. " Badawi (mystique musulman, mort en 1276).

La question de la langue est au coeur de l'identité arabe.

Comme toutes les écritures sémitiques, la graphie dont disposent les premiers Arabes ne note que les consonnes (et les voyelles dites longues). C'est une écriture défective qui a d'abord emprunté les caractères du sud-arabique avant que ceux-ci ne cèdent la place à des formes dérivées de l'écriture araméenne dont est sorti l'alphabet arabe.

Le lexique arabe résulte de la combinaison de racines (généralement trois consonnes) qui n'ont pas de signification par elles-mêmes, mais qui par l'insertion de voyelles, le redoublement, la permutation donnent naissance aux mots.

Ainsi, à partir de la racine KTB qui couvre l'idée d'écrire, se construisent Kitâb et son pluriel kutub (livres), Kâtib (écrivain), Kuttâb (école coranique), Maktab (bureau)…

La méconnaissance de sa racine empêche de comprendre le mot, elle amène à deviner et à déchiffrer. L'absence des voyelles (dont la notation, dégradante pour un lettré, est réservée aux livres pour les enfants et aux textes sacrés, afin d'éviter les erreurs) impose l'analyse grammaticale des mots pour une prononciation correcte.

À décharge de cette norme linguistique, il faut noter la rigueur de sa syntaxe et de son orthographe qui permet sur la base de la racine de conjuguer un verbe et de dériver tout un vocabulaire sans avoir à s'inquiéter d'éventuelles exceptions ou irrégularités.

Enfin, la richesse du vocabulaire arabe autorise l'expression d'une palette de nuances que le français traduit par des périphrases. Ainsi, à la notion d'homme répondent en arabe les termes de Bachar (l'homme créé par Dieu), Mar' (l'homme mortel, éphémère), Rajul (l'homme viril), Insan (l'homme social, le genre humain)…

Cette langue qu'on " lit des yeux " comme on reconnaît des signes, des idéogrammes, est une langue de la répétition, de l'intériorité, du souffle de l'évocation : un mot renvoie par sa racine à tout un univers de sens. Elle se récite : la puissance de l'orateur c'est d'abord sa capacité à harmoniser les sons, le contexte et le souffle. Bref à exprimer clairement la profondeur de l'expression à son auditoire. Elle est immédiate : le système verbal ignore le verbe être (il le sous-entend) ; il privilégie, selon la forme, l'intensité, la répétition, la causalité…

La langue arabe conjugue les nuances intérieures et la conscience.

Sa réglementation progressive a été motivée par la nécessité de préserver l'exactitude et la pureté de la révélation coranique. Elle fixe les règles de la bonne expression d'un monde de la parole et de la mémoire.


 
   L'oralité

Le monde arabe cultive l'oralité. Il conserve des temps anté-Islamiques le sens de l'improvisation poétique, le défi des joutes oratoires, le chant collectif.

L'expansion des Arabes et de l'Islam offre de nouveaux épisodes aux thèmes anciens : l'harmonie (l'Andalousie), l'intrépidité (des explorateurs et des conquérants), le savoir et la foi. La poésie reste attachée au sentiment de l'amour impossible. Pendant la période classique, elle goûte l'évocation provocatrice des plaisirs terrestres et illicites.

Cette poésie n'est pas seulement une activité d'artiste au sens contemporrain, elle est utile socialement. Elle conserve l'histoire du groupe et de ses héros. Au Moyen âge, les cours occidentales avaient aussi leurs chantres et troubadours. Troubadours du pays d'Oc dont l'étymologie fait remonter le nom à l'expression arabe qui désigne ceux qui ont pour métier de se rendre de maison en maison pour chanter en musique et évoquer le patrimoine.

Cette langue de poésie, de commerce et de conquète se porte à la rencontre d'autres parlers ; elle intégre de nouvelles régions et s'adapte à différentes populations (berbères, turques, franques, iraniennes, africaines…). Elle connait des revers également : l'expansion occidentale la soumet à un processus complexe et à d'autres échanges.

En fait, l'arabe dès le départ s'est présenté sous une double forme.

D'un côté, pour assurer la diffusion du message coranique, il se présentait comme une norme intangible et savante (l'arabe classique ou littéraire).

D'un autre côté, pour répondre aux besoins quotidiens de chaque pays et régions, il se diversifie, il adopte des variantes particulières (arabes dits dialectaux rarement écrits et plus rarement encore mis en forme).

Après cinq siècles d'apparente léthargie, à la fin du XIXe siècle et sous l'impulsion des modernistes et des réformateurs qui entendaient en faire le moyen de communication culturelle et technique de toute une civilisation, la langue arabe a connu un renouveau.

Cette opération qui veut réconcilier l'oral et l'écrit et intégrer de nouvelles notions, a donné naissance à ce que l'on appelle l'arabe médian, utilisé par la presse et les médias.

La situation aujourd'hui pourrait être qualifiée de polyglotte. Les personnes qui maîtrisent le classique restent en minorité (avec des proportions variables selon les régions et les moyens d'enseignement disponibles) ; l'usage de l'anglais et du français reste primordial pour les études supérieures. Les politiques d'arabisation conduites après les indépendances hésitent entre une arabophonie, symbole d'une communauté culturelle et le respect du pluralisme linguistique. Enfin, les variantes dialectales interférent, certaines prenant le pas sur d'autres, hors de leur cadre initial d'apparition, avec le déploiement de la radio, de la télévision et du cinéma.

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