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DISCOURS PRONONCE PAR M. FRANCOIS MITTERRAND
Le 30 NOVEMBRE 1987
Mesdames,
Messieurs,
Au cours de ces quelques mots, je veux remercier et je dois remercier dabord celles et ceux auxquels nous devons cet Institut. Cet Institut, et aussi le bâtiment, jallais dire ce monument, qui désormais labritera.
Prendre cette initiative, cétait aussi prendre beaucoup de risques. Réunir tant de pays, ils sont vingt aujourdhui, avec la France, vingt pays arabes, il suffit de dire cela pour quaussitôt on saisisse la qualité des remerciements qui sont dus à M. le Secrétaire général de la ligue arabe, M. Klibi, qui à linstant, avec moi, vient de découvrir en arabe et en français, ces plaques commémoratives.
Une entreprise comme celle-ci exigeait de la ténacité, le sens de lunion pour que soient véritablement rendus harmonieux les souhaits des uns et des autres. Il fallait aussi vouloir servir la relation, plusieurs fois séculaire, qui unit les pays arabes, le monde arabe et la France. Il fallait, enfin, vouloir servir la culture qui trouve, ici, après tant dautres, un lieu de mise en valeur et déchanges.
Je noublierai pas, bien entendu, ceux qui ont réalisé luvre à la fois matérielle, intellectuelle et même spirituelle que représentent ces murs, cette disposition intérieure, cette organisation faite pour la rencontre et pour la réflexion. Un architecte, des architectes avec et autour de M. Nouvel, des corps de métiers, le concours de multiples administrations à commencer, bien entendu, par ladministration préfectorale, et le rôle indispensable rempli par la mairie de Paris. Je me souviens des choix initiaux, ou plutôt de ceux quil a fallu rendre initiaux. Le point de départ ayant été peut-être mal situé, même si lidée était dès labord judicieuse : fonder un Institut du monde arabe à Paris .
Et voilà pourquoi nous sommes ici, lorsque, après avoir fait le tour des choses et des projets, il a été estimé pour que la meilleure réussite dans ce cur de Paris, face à ce paysage admirable, que lon peut observer de la Rotonde derrière nous, nos amis arabes, les visiteurs de tous pays et de toutes cultures, qui viendront ici, sauront quils sont reçus et par le monde arabe et par la France, et par Paris, qui leur réservent ces splendeurs.
Je crois que lon peut sans exagérer, se réjouir de la qualité esthétique de cet Institut sous ces deux faces, lune qui donne sur la Seine, et lautre qui communique avec la ville qui débouchera directement sur toute une série de jardins et de monuments qui appartiennent à la plus ancienne histoire de Paris.
Je me suis réjoui de cette initiative. Au départ, il y a quelques années, ce nétait pas la mienne. Je me réjouis des appuis que jai trouvés lorsquil a été nécessaire de reprendre louvrage et de le mener à bien. Je suis sensible, Monsieur le Secrétaire général, Monsieur Klibi, à votre concours, à la manière dont vous avez su à tout moment faire passer lobjectif, le projet avant les mille et une contradictions inévitables, dès lors quon représente un monde aussi divers dans sa profonde unité historique .
Monsieur le Président de lInstitut, je vous ai vu plusieurs fois, ici même, soit placé devant les premières pierres, cest-à-dire devant les décombres, inquiet de voir le temps passer, obligé de surmonter toujours au dernier instant les défaillances du moment et parvenant malgré cela, à peu de mois prés, à réussir ce à quoi nous prenons part aujourdhui, linauguration de lInstitut du monde arabe. Voilà, en tout cas, une réalisation qui prouve la volonté de la France dêtre en mesure de servir la relation entre nos cultures, entre ce vaste monde qui est le vôtre, et nous-mêmes reliés que nous avons été à travers lhistoire par la géographie, par la mer Méditerranée, après tant de confrontations et de luttes, baignés, surtout lorsque lon songe à la montée de lIslam par lEspagne, aux sources les plus prestigieuses et les plus exaltantes dune culture que nous avons appris à connaître et à intégrer dans nos propres concepts .
Vous nous avez beaucoup apporté et dans le domaine des sciences, et dans le domaine des arts, et dans le domaine des lettres. Jévoquais, il y a peu dheures, ici même, lapport dans le domaine des mathématiques, de lastronomie, de loptique, de lhydraulique, du calcul. Impossible dénumérer dune façon aussi simple lapport littéraire qui change avec chacun de ceux qui ont su le créer. Quant à lapport artistique, je crois que lidée architecturale a voulu précisément évoquer ici même plus quun reflet de la culture arabe, a voulu créer un climat, inventer une façon dêtre, transposer, toujours en lintégrant, cette réalité culturelle qui est lélément dominant, qui doit désormais diriger la pensée de ceux qui géreront lInstitut du monde arabe et de ceux qui y viendront pour parfaire leur culture : musée, bibliothèque, pièces rares, lieux de réunion, séminaires, colloques, et je le répète, tout à lentour, cette beauté de Paris dans laquelle jen suis sûre, vous vous sentirez très à laise, à lunisson.
Car vous aussi, chers amis du monde arabe, vous connaissez la culture de la France, son apport original, ses racines profondes, dans le terreau européen et au-delà, Europe ouverte aux influences, aux idées et aux modes dexpression venus de vous et venus de plus loin, par vous, au point quil serait difficile que vous vous sentiez étrangers chez nous, du moins je lespère.
Vous avez su, nous avons su dépasser les mille et une difficultés, quand ces difficultés nétaient pas des tragédies de lhistoire politique de ces dernières années. Vous avez préféré lunité et les symboles de la culture à tout le reste.
Nous devons exprimer la gratitude de la France et vous demander au travers de cet Institut du monde arabe, dessayer encore de mieux comprendre ce quest la France que nous avons, nous, pour charge quelle belle charge ! de servir et de proposer à lamitié, à lamour et au respect des autres peuples !
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