actualités

Café littéraire - Mercredi 7 décembre 2005


L’Islam imaginaire de Thomas Deltombe
(éditions de La Découverte)


C’est le livre d’un journaliste doublé d’un sociologue, qui voulait comprendre pourquoi, au début des années 80, on s’est mis à chercher des représentants de l’islam de France – en vue de constituer le futur CFCM –, alors qu’on n’avait pas de véritable représentation mentale des musulmans. A faire une enquête sur l’image des musulmans, telle qu’elle est reflétée dans les étranges lucarnes, l’auteur, qui n’a pas hésité à se plonger dans les archives de l’INA, montre que cette représentation s’est progressivement construite, à partir du milieu des années 70, dans un contexte de médiatisation croissante d’une religion qui, jusque-là, était quasiment invisible et associée, simplement, aux " travailleurs étrangers " venus du Maghreb.

Cette image médiatique s’est fondée sur trois facteurs : la persistance d’une représentation ancienne, héritée, l’influence déterminante du contexte international – par exemple la révolution iranienne –, et aussi, surtout peut-être, la façon dont travaillent les journalistes de télévision. Ainsi, la part tout à fait disproportionnée prise par les mouvances radicales serait due à la tendance des rédactions à privilégier les aspects les plus dramatiques, à partir de l’hypothèse que, par essence, l’islam serait l’ennemi de l’Occident. Des musulmans vivant sereinement leur rapport à leur double culture, voire disposés à minorer, dans leur discours, leur pratique, leur apparence extérieure, la dimension religieuse ne font pas un " sujet " (ou un " client ", comme disent les gens de télévision) intéressant.

C’est à partir du milieu des années 80 qu’apparaît le vocable de " communauté musulmane ", et la fatwa de Khomeiny contre Salman Rushdie, début 89, viendra confirmer cette idée, toute médiatique, que le monde islamique est essentiellement différent du nôtre. Mais l’hypothèse selon laquelle cette fatwa aurait pu servir des desseins purement politiques n’a jamais été évoquée à la télévision. Aussi bien ne faut-il pas demander aux medias audio-visuels ce qu’ils ne peuvent donner. Lors même qu’ils proposent des " analyses ", c’est d’abord et avant tout du spectacle, et donc du drame, de l’émotion, qu’ils montrent. Bien souvent, la prétendue analyse se réduit à une sorte de jeu d’association où un mot en appelle un autre : islam, islamisme, intégrisme, violence, terrorisme…, en une logomachie dénuée de tout véritable contenu. Cette recherche de la visibilité médiatique est intériorisée par certains acteurs eux-mêmes, qui n’auraient pas, naguère, fait état de leur appartenance, mais y trouvent désormais l’occasion de se faire écouter, de prendre la place qui leur est assignée dans une sorte de jeu de rôles.

Mais derrière tout cela, qu’en est-il de la réalité intrinsèque de l’islam vécu et pratiqué en France aujourd’hui ? L’auteur reconnaît qu’il est lui-même assez éloigné d’une démarche essentialiste, laquelle au demeurant ne semble pas intéresser les journalistes de l’audiovisuel. De toute façon, les enjeux véritables d’une religion, quelle qu’elle soit, ne peuvent être perçus que lorsqu’on aura franchi l’écran scintillant des images et des imaginaires qui les dissimule. (LB)




Pour en savoir plus
Contact : Badr Eddine ARODAKY, organisateur des Mercredis du Café Littéraire.




toutes les actualités


    copyright © 2005 Institut du Monde Arabe, Paris.