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Chaire de l’IMA - Mardi 22 novembre 2005



Ce que la science doit aux Arabes (II)
Deuxième conférence : Régis Morelon


Pour cette deuxième conférence du cycle consacré aux sciences arabes, c'est Régis Morelon, Directeur de recherches au CNRS et Directeur de l'Institut dominicain d'Etudes orientales, au Caire, qui a exposé, de façon extrêmement claire et vivante, comment s'est transmise aux Arabes la science astronomique que les Grecs tenaient eux-mêmes des Babyloniens. A plusieurs reprises, il a, faisant usage du rétroprojecteur, montré au public des éléments d'un ciel antique auquel le ciel parisien nocturne, pourtant bien visible derrière les parois transparentes de la salle du Haut Conseil, a depuis longtemps, hélas, cessé de ressembler.

Jusqu'à Copernic, le ciel est conçu comme une sphère, ou plutôt plusieurs sphères imbriquées, tournant autour d'un centre fixe qui est la Terre. Ce sont les Grecs qui, héritiers d'un grand nombre d'observations empiriques faites en Mésopotamie – certaines très précises, comme la détermination de la ligne de l'écliptique, ou encore celle de la périodicité des éclipses : 18 ans 10 jours –, ont établi une véritable cosmologie, image du monde fondée sur le partage entre un monde sublunaire, lieu de la génération et de la corruption, et un monde céleste éternel, immuable et parfait. La figure parfaite étant le cercle, tous les mouvements célestes se trouvent donc décrits comme circulaires ; et l'observation d'irrégularités apparentes, comme la rétrogradation de certains astres, demandera à son tour qu'on en rende compte par la création de petits cercles supplémentaires – les épicycles –, dont le mouvement entre en composition avec celui des cercles principaux.

Dans ce système, magnifiquement synthétisé par Ptolémée au IIème siècle ap. J.-C., dans la " Grande compilation mathématique " (l'Almageste), il n'y a pas d'" orbites " à proprement parler (le terme apparaîtra chez Kepler), mais des solides sphériques imbriqués, entraînant les astres dans leur révolution éternelle. Système magnifique sans doute, par l'effort de théorisation qu'il implique, mais contenant aussi des insuffisances inhérentes, que les Arabes mettront en évidence, quelque sept siècles plus tard. Avant cela toutefois, il faut faire mention des Indiens, qui introduisent la notion de sinus – en lieu et place des cordes dans les schémas circulaires de Ptolémée. C'est à partir de là que les mathématiciens arabes créeront la trigonométrie, qui entretient donc des rapports étroits avec l'astronomie, puisque, après les sinus et cosinus, ce sont les tangentes et cotangentes qui vont naître de l'ombre portée du gnomon sur une surface horizontale ou verticale.

Avec al-Ma’moun, le mouvement de traduction des ouvrages grecs précède de peu la construction d'observatoires – à Damas et Bagdad d'abord –, destinés à vérifier, par des observations continues menées par de véritables équipes, les résultats et les théories de l'Almageste. Thabet ibn Qorra construit un modèle d'univers qui cherche à réconcilier l'astronomie mathématique et l'astronomie physique, observée.

A ce moment de l'exposé, une question impromptu – sur la paternité, par Aristarque de Samos, de l'idée héliocentrique – a donné à l'orateur l'occasion de souligner, de façon paradoxale, la valeur de la tradition classique, dans ses erreurs mêmes : l'Almageste, par l'étude constante qui en a été faite, par sa discussion critique, aura été à l'origine de la science moderne, qui la contredit; alors que l'héliocentrisme d'un Aristarque, simple citation isolée dans un passage d'Aristote, n'aura pas eu de véritable postérité.

Une autre question, sur l'" almanach ", a entraîné l'évocation d'un livre moins connu de Ptolémée, celui des Phases, qui traite de l'apparition de certaines étoiles au moment du coucher héliaque, à certaines périodes de l'année, et le signal qu'en tirent les agriculteurs pour les ensemencements. Le mot grec "klima" ("coucher") est traduit en syriaque, puis transcrit par l'arabe sous la forme de "manâkh".

En revanche, toute tangente métaphysique a été soigneusement évitée par le savant dominicain, et une question sur le moteur non mû de l'univers, qui se recommandait pourtant d'Aristote, Averroès et Maïmonide, a été esquivée, fort courtoisement.




Pour en savoir plus
Contact : François Zabbal, organisateur de La chaire de l'IMA.




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