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Dans la présentation quil a faite de cette série de cinq conférences, tenues dans le cadre de la Chaire de lIMA au sujet des "sciences arabes", François Zabbal a mis le titre choisi en rapport avec un autre titre, celui du livre de Juan Vernet paru il y a une vingtaine dannées chez Sindbad alors dirigé par Pierre Bernard : "Ce que la culture doit aux Arabes dEspagne". Aujourdhui il sagit, plus précisément, de retracer lhistoire de disciplines scientifiques mathématiques, astronomie, géographie, médecine pratiquées en langue arabe par une foule de savants issus de toutes les régions du monde musulman, entre le IXème et le XIVème siècle. Roshdi Rashed, directeur de recherches émérite au CNRS, ancien professeur visiteur à Tokyo et dans dautres universités étrangères, a commencé par situer le sujet dans le temps historique, et dans la perspective de lhistoire des sciences, perspective dont il a rappelé quelle sest constituée au XVIIIème siècle en Europe, à une époque où lon envisageait l "histoire des progrès de lesprit humain" comme une aventure linéaire, commencée en Grèce et poursuivie à lépoque moderne après une longue interruption "médiévale". Lorateur a montré linanité de ce terme un mathématicien du XIIIème siècle comme Leonardo de Pise est bien moins "médiéval" que tel de ses successeurs , et souligné linsuffisance des perspectives positivistes qui ont succédé à la conception des Lumières. En vérité, lhistoire des sciences est celle dune tradition, faite de recherches et de traductions, et il est essentiel de rappeler que ces recherches intenses et fécondes, menées tout au long de la période dite de lislam classique IXème-XIVème siècle, en plein Moyen Age, donc étaient moins le fait dindividus, de personnalités, que de véritables dynasties (celle des Banu Moussa, par exemple), déquipes regroupées en des écoles (comme lécole de Marâgha). Dautre part, on ne peut isoler la "science" de son environnement historique et social. Sil existait de semblables "équipes" de savants, cest que lEtat central, représenté par ses fonctionnaires, passait commande à des experts de travaux de recherche, lesquels nécessitaient à leur tour la collecte méthodique, la lecture et la traduction de manuscrits, grecs essentiellement, mais aussi indiens. Aussi bien la curiosité des savants de lépoque omeyyade sétait-elle dabord portée sur les "sciences humaines" droit, histoire, grammaire , avant de sintéresser aux disciplines liées à lexpansion dun vaste empire géographie, astronomie, mécanique . Dans le domaine particulier des mathématiques, on voit Thabet ibn Qorra faire la théorie des "nombres amiables" deux nombres dont lun est égal à la somme des diviseurs de lautre , tout en traduisant des manuscrits grecs, ou Omar Khayyam fonder un nouveau chapitre de lalgèbre, celui des équations de troisième degré, en combinant lart dal-Khwarezmi avec la géométrie des coniques, apprise chez Apollonius dont seule demeure la version arabe A partir du Xème siècle, on étudiera non seulement les figures tradition euclidienne mais aussi leurs transformations, selon une conception de lobjet géométrique qui se trouve déjà chez Archimède. Par la transformation (en arabe : al-naql), par la projection dune sphère sur un plan (tastih), nécessitée par la construction de lastrolabe, le mouvement se trouve introduit dans la géométrie, qui nest plus seulement la science des proportions, mais aussi celle des projections, révolutions, translations Sous le nom de malumât (repères), Ibn al-Haytham introduit la notion de lieu, annonçant ainsi, à cinq siècles de distance, lanalysis situs de Leibniz. Doù la pertinence de la notion de "science classique", que Roshdi Rashed substitue à celle de science médiévale, et à laquelle, de façon assez étonnante, il donne une large extension, puisquil la fait débuter au IXème siècle et même, pour certains éléments, à la période hellénistique , et la fait durer jusquà la fin du XVIIème siècle. Lexpression de "science arabe" doit donc se comprendre comme une manière de repérer, dans un espace fort vaste, celui de lempire abbasside et de ses marches dAsie centrale, des pratiques de recherche et dinvention qui sinscrivent dans un mouvement plus ample, à portée universelle. A la fin de son exposé, lorateur a délaissé le domaine mathématique stricto sensu qui est le sien pour sinterroger, en réponse à des interrogations du public, à la fois sur les origines et sur la postérité de cet objet historique que sont les sciences arabes : origines peut-être plus politiques que religieuses, sil est vrai que cest la dimension impériale et administrative de lEtat omeyyade, puis abbasside qui a suscité ce mouvement, plus que sa dimension proprement islamique aussi bien ce mouvement se perpétuera-t-il au XVème siècle, voire plus tard, à une époque de " décadence " des sociétés musulmanes ; postérité visible de façon évidente dans les développements des sciences modernes. Mais la question de la filiation reste posée, et nest pas vraiment résolue ; suffit-il de noter que Descartes, en Hollande, avait pu lire et se faire traduire, dans la collection de manuscrits arabes de Grotius, son voisin, les livres dOmar Khayyam sur la géométrie algébrique et dIbn al-Haytham sur loptique, pour rendre compte de la transmission ? A la différence de Kepler ou Galilée, Descartes lui-même ny fait jamais référence. Il faudra donc distinguer, dans son uvre mathématique, ce qui relève serait-ce implicitement de Khayyam et ce qui relève de pratiques nouvelles, notamment lusage du symbolisme. A propos de lami de Nizâm al-Mulk, une question sur le rapport à établir entre le poète-philosophe et le mathématicien et sil sagit du même homme sest attiré une réponse très sèche, et négative. Il serait cependant intéressant de sinterroger sur les implications philosophiques et esthétiques, voire mystiques, de concepts mathématiques tels que ceux de lieu géométrique, de génération dune figure, ou dintégration ; le mot a été prononcé par lorateur, et lidée est présente chez les mathématiciens arabes, sans être formulée. Mais tout cela nous emmènerait fort loin ![]()
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