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Jeudis de l'IMA - Jeudi 10 novembre 2005


Arabie Saoudite :
le devenir du Royaume après la mort du roi Fahd

Avec la participation de : Hosham Daoud, anthropologue au CNRS et auteur de "Tribus et pouvoir en terre d’islam" (éditions Armand Colin, 2004), Stéphane Lacroix, doctorant à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et Laurence Louer, chargée de recherches au CERI. Modérateur : Bernard Lebrun, journaliste




La disparition du roi Fahd d’Arabie saoudite n’est pas de nature à entraîner, dans l’immédiat en tout cas, des changements fondamentaux, notamment parce que, cela a été souligné par Stéphane Lacroix, doctorant à l’Institut d’Etudes Politiques, la "réforme" avait déjà été engagée depuis quelques années : une Conférence du dialogue national réunissant toutes les composantes confessionnelles du Royaume – jusqu’aux chiites ismaéliens de la région de Najrân – avait déjà abouti à la signature d’une charte par le prince Abdallah, alors prince héritier, charte mettant fin, d’une certaine façon, au "wahhabisme d’Etat". Après cela, les élections municipales du début de cette année ont manifesté l’exercice, assurément très encadré, d’une réelle démocratie locale. Le consensus obligé qui prévaut au sommet de l’Etat interdit au demeurant tout changement brutal. Le roi a un rôle d’arbitre, tranchant en dernier ressort, éventuellement dans le sens du parti du mouvement – qui serait, dit-on, celui des fils du défunt roi Fayçal ; on peut noter, d’ailleurs, que c’est l’un de ces fils, le prince Khaled Al Faisal, qui a récemment exposé à l’IMA des peintures qui donnent du ‘Assir une image tout à fait renouvelée -.

Laurence Louer, chercheur au CERI, a donné des informations précises et très intéressantes sur les chiites. Ceux-ci se trouvent concentrés dans la partie orientale et septentrionale du pays (région de Qatif et province de Hasa’). Minoritaires par le nombre – environ 1 million et demi – et par le statut, ils se trouvent cependant, par un caprice de la géographie, assis sur les principales ressources pétrolières du Royaume. La Révolution iranienne de février 79 a suscité chez eux l’"intifâda de l’Achoura", qui n’avait d’autre revendication qu’une demande de reconnaissance. Au cours de ces dernières années, toutefois, et surtout depuis l’intervention américaine en Irak, les chiites du Royaume – lesquels, à la différence de leurs coreligionnaires du Koweit, sont autochtones dans leur grande majorité – se sont vu reconnaître une certaine place dans l’espace public, et le droit d’intervenir, en tant que tels, dans le débat public. De suspects désignés, ils sont devenus, aux yeux de l’Occident en tout cas, des alliés naturels dans le combat mené – par les autorités saoudiennes elles-mêmes, d’ailleurs – contre le terrorisme islamique, d’obédience sunnite.

Hosham Dawood, enfin, anthropologue, a livré quelques observations, assez impressionnistes et subjectives, relevées au cours de plusieurs années d’enquêtes centrées autour du "hajj". Il a remarqué à cet égard que la Mecque a une importance fondamentale pour le Royaume, non seulement pour sa légitimation, mais aussi pour la portée internationale qui lui est par là conférée, et enfin pour des raisons économiques : la rente pétrolière n’a dépassé les revenus du pèlerinage que dans les années 70. Le pèlerinage lui-même, d’ailleurs, connaît des transformations, non dans son sens religieux, mais dans ses modalités : ainsi de la pratique, aujourd’hui fort répandue, de s’acquitter du sacrifice de l’"’aid" sous la forme de l’achat, à la Banque islamique de Développement, d’un coupon qui le symbolise. L’orateur a parlé à ce sujet de "sacrifice virtuel", mais un intervenant a fait remarquer, à juste titre, qu’il n’y avait là rien de virtuel – puisque les moutons sont bel et bien abattus et distribués aux nécessiteux –, mais bien plutôt quelque chose qui relève d’une dimension symbolique ; or le symbolisme, ou la faculté d’abstraction, est au cœur même de l’école wahhabite.

Plusieurs questions du public portaient sur le devenir de la population immigrée, venue du continent asiatique, et dont la présence massive – quoique invisible – aura fait la prospérité du Royaume. A l’évidence, les promesses de libéralisation du système politique et de la société ne la concernent aucunement. La démocratie, si elle advient quelque jour, sera essentiellement nationale, Stéphane Lacroix l’a souligné ; là comme ailleurs dans le monde arabe, la citoyenneté, actuelle ou promise, ne peut se concevoir en dehors du jus sanguinis.



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Contact : Maati Kabbal, organisateur des Jeudis de l'IMA.

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