|
![]() |
La question démocratique au Maroc (avec Zakya Daoud, Ignace Dalle et Abdallah Ben Mlih) ![]() D'emblée, Farouk Mardam-Bey a replacé le problème de la démocratisation dans le monde arabe dans la perspective qui est aujourd'hui la sienne : l'évolution de systèmes politiques autoritaires (ou despotiques) vers la démocratie, les élections constituant un élément important de la démocratie, et celle-ci pouvant fort bien, en théorie, se développer dans le cadre d'une monarchie constitutionnelle. La question se pose donc ainsi : le Maroc aujourd'hui, six ans après l'avènement de Mohammed VI, se trouve-t-il réellement engagé dans un processus de transition démocratique? La journaliste et romancière Zakya Daoud a dressé un état des lieux, rapide mais complet, rappelant que ce mouvement de transition avait déjà commencé au début des années 90, sous le règne précédent, donc, notamment avec la libération des prisonniers de Tazmamart. Cette lente libéralisation s'est trouvée arrêtée après le 11 Septembre, au Maroc comme ailleurs dans le monde arabe, et le mouvement s'est même inversé après les attentats de Casablanca mai 2003 , le Roi prônant alors le retour à un "Etat fort". Ceci n'empêche pas la promulgation d'un nouveau code de la famille (mudâwna), dont nombre de dispositions sont en rupture avec la tradition. Mais aussi, comme ailleurs au Maghreb, on assiste à une profonde islamisation de la société, que la montée en puissance d'un nouveau parti, le Parti Justice et Développement (PJD) traduit au niveau politique. De son côté, Ignace Dalle, journaliste à lAFP et auteur de plusieurs livres sur l'Egypte, le Liban et le Maroc, a noté la dégradation de l'image internationale de ce pays, au niveau africain notamment, et pas seulement du fait de l'impasse où se trouve la question du Sahara occidental. La manière dont les candidats à la traversée ont été refoulés à Ceuta et Melilla aura considérablement terni l'image du Maroc auprès de l'opinion africaine. Abdallah Ben Mlih, spécialiste de sociologie politique et enseignant à lUniversité de Paris IV, a voulu donner de la réalité marocaine une représentation nuancée, où les zones de clarté un champ politique qui n'a rien de monolithique, une relative liberté d'expression, une culture de la négociation coexistent avec des ombres qui ne semblent pas devoir se dissiper : le système reste tout à fait pyramidal, et donc irréformable, le champ économique, même s'il paraît entraîné dans un mouvement de libéralisation, lié à la mondialisation, reste en fait dominé par la mainmise d'un "roi-entrepreneur" (selon la formule du regretté Rémy Leveau), enfin la stratégie du pouvoir, vis-à-vis de l'opposition, loin de s'inscrire dans une logique de pluralisme, demeure attachée aux manuvres de captation des élites, manuvres fort efficaces d'ailleurs, si l'on en juge par l'état de "déliquescence" des divers partis progressistes, pris dans l'étreinte mortelle du pouvoir ou, si l'on préfère: intégrés à l'Etat-Makhzen . Tout cela ne va pas, cependant, sans une relative et très progressive levée des tabous, une sorte de désacralisation du pouvoir politique. Quelques éclaircissements ont été demandés par le public, une intervention a mis en doute que la société marocaine fût véritablement sortie du sous-développement, et une réponse pour le moins prudente a été apportée in fine à la question posée au début de la séance : "On y va (à la modernisation), mais à reculons".
|
||||||||
|
| ||||||||