actualités

Jeudis de l'IMA - Jeudi 27 octobre 2005


A l’occasion de la sortie du livre de Robert Fisk, Grande Guerre pour la civilisation
   (L’Occident à la conquête
du Moyen-Orient – 1979 –  2005 )
      La Découverte

Robert Fisk dévoile l’imposture de la
«Grande Guerre pour
la civilisation»




Le titre est à comprendre comme une référence – ironique – à la phraséologie que les grandes démocraties occidentales employaient déjà au début de l’autre siècle pour justifier les tueries en masse que la Première Guerre mondiale aura introduites sur la scène de l’Histoire.
  Mais c’est aussi un hommage filial de l’auteur, reporter de guerre depuis trente ans au Moyen-Orient pour le journal britannique the Independant, à son père, combattant de la Grande Guerre, décoré pour bravoure, esprit libre – il avait refusé de participer à un peloton d’exécution -, et mort nonagénaire au moment de la première guerre du Golfe.
    Robert Fisk a une conscience aiguë de la continuité qui lie les combats de 14-18 à ceux de 03-05, en passant par ces huit années terribles de la décennie 80, autour du Chatt el Arab, mais il constate aussi que si, pour l’opinion publique occidentale, l’Histoire est un livre refermé (définitivement ?) en 1945, les Arabes, eux, restent, à son instar, hantés par le sentiment du tragique. Pour eux, dit-il, en une formule lapidaire, la Déclaration Balfour, c’était hier. (On pourrait d’ailleurs constater les mêmes dispositions d’esprit chez les peuples des Balkans, mais c’est une autre question ).  Il est vrai que le reporter, se changeant parfois en historien, découvre des similitudes troublantes à quatre-vingts ans de distance, entre l’attitude des Britanniques en Mésopotamie ( « Nous sommes venus ici, non en conquérants, mais pour vous libérer », disait alors le commandant du corps expéditionnaire ), et celle des Américains – avec leurs alliés britanniques – aujourd’hui en Irak. Non seulement l’attitude, mais les difficultés, les impasses sont les mêmes, identiques les lieux d’affrontement, et les modalités de la résistance. Tout ceci n’est pas là pour nourrir le vieux débat de savoir si l’Histoire se répète – c’est à l’évidence le cas de l’histoire militaire – mais plutôt pour mettre en garde le lecteur contre toute tentation d’optimisme. Assurément, ce n’est pas par là que pèche Robert Fisk, qui brosse, de la situation qui prévaut aujourd’hui en Irak, mais aussi de celle du Liban ou de la Palestine, un tableau extrêmement sombre. Par contraste, l’image que l’on veut s’en faire dans les grandes capitales, dans les cercles du pouvoir, lui semble étrangement irréelle.
   Parmi les questions émanant d’un public venu en nombre, et dont la sympathie semblait acquise, quelques demandes d’éclaicissement, bien sûr,  au sujet d’Ossama b.Laden, qu’il aura eu l’occasion de rencontrer trois fois, avant le 11 septembre. « Lors de ma première rencontre, à Khartoum, en 93, il m’a paru assez naïf ». Un peu plus tard, il parlera de son « immaturité ». Cela n’empêche pas, chez ce combattant ascétique, l’existence d’une sorte de don de seconde vue : il avait prédit au reporter, lors de leur troisième et dernière rencontre, que l’Amérique deviendrait bientôt l’ombre d’elle-même, et c’est cette vision étrange et effrayante que Robert Fisk a eue, effectivement, le 11 septembre 2001, dans l’avion qui l’emmenait à New-York, et qui a dû faire demi-tour.
   Beaucoup de questions portaient sur les dimensions cachées de la stratégie américaine en Irak ; or, il se présente lui-même comme un témoin, et ne prétend pas avoir accès aux cercles de la prise de décision. Très convaincant comme historien du contemporain, animé de la passion de la vérité, comme dénonciateur éloquent de ce phénomène terrible qu’est la guerre moderne, il est nettement moins intéressant lorsque, sous la pression d’un public gagné d’avance à l’anti-américanisme de principe, il se change en moralisateur, en donneur de leçons de stratégie, voire en imprécateur, contre Tony Blair, par exemple, qu’il dépeint de façon caricaturale.   Mais la formule par laquelle il a clos son intervention est intéressante, dans son ambiguïté : « Je ne crois pas que les Arabes veuillent véritablement toutes les libertés qu’implique la démocratie ; ils veulent surtout se libérer de nous. »




Pour en savoir plus
Contact : Maati Kabbal, organisateur des Jeudis de l'IMA.

Cliquez-ici pour écouter l'intégralité du débat

Par ailleurs, le Club IMA et les Jeudis de l’IMA sont partenaires des Chemins de la Connaissance, web radio produite par France Culture.
Ces Chemins rediffusent 24 heures sur 24 les conférences et les cours les plus prestigieux des universités et des grandes institutions culturelles françaises : l’INA, le CNAM, le Collège de France, la Cité des sciences, etc. "Vitrine de l’excellence universitaire", les Chemins de la connaissance permettent ainsi aux étudiants, enseignants, chercheurs et autres amoureux du savoir, d’accéder librement aux réflexions d’intellectuels et de spécialistes contemporains.
Le créneau horaire de l’IMA sur les Chemins de la Connaissance est le suivant : le mercredi de 19 à 21 heures.

Accéder au site des Chemins de la Connaissance




toutes les actualités


    copyright © 2005 Institut du Monde Arabe, Paris.