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Café littéraire
mercredi 26 octobre 2005


Allers-retours

Un livre Ilan Halevi
aux éditions Flammarion





Ce livre vient après Lettre de Ramallah; il a été écrit, sous une forme romanesque, à l'occasion d'une pause dans le long processus de négociation israélo-palestinienne, par l'un des négociateurs, un homme peu connu du grand public qui aura, pendant trente ans, joué, auprès du chef du mouvement palestinien, un rôle aussi important que discret, notamment comme représentant de la Palestine à l'Internationale Socialiste. Il y a donc, dans cette "fiction-réalité", à la fois des éléments proprement littéraires, une intrigue politico-familiale centrée sur un personnage, Naïm, qui est en quelque sorte le double de l'auteur – le porte-parole d'un porte-parole, donc -, et aussi des références précises à l'histoire contemporaine du mouvement palestinien, à ces alternances de succès et de retraits, à ces allers-retours de la navette de l'Histoire sur le métier proche-oriental, où la tapisserie est encore loin d'être achevée.

Naturellement, les questions du public ont porté, presque exclusivement, sur ce dernier aspect du livre, fournissant à l'auteur l'occasion de donner un éclairage personnel très intéressant sur des événements auxquels il a été intimement mêlé. On a ainsi appris, si on ne le savait déjà, que l'attitude pro-irakienne – Halevi parle de "transe" – des Palestiniens en 1990-91 ne correspondait aucunement à celle que le Président de la future Autorité palestinienne, pour lequel l'auteur exprime une grande admiration, aura obstinément maintenue tout au long de la crise, et de celles qui ont suivi, à savoir: l'acceptation de principe de l'établissement d'un Etat sur 22% du territoire de l'ancien Mandat.

Modération des positions palestiniennes, donc, en cette circonstance, et plus encore, lorsque les négociations porteront directement sur l'enjeu central, pendant l'été 2000. Paradoxe, aussi, de l'incompréhension de l'opinion internationale vis-à-vis de positions pourtant connues et inlassablement répétées; et l'on se demande si, finalement, le maximalisme des amis étrangers de la cause palestinienne ne lui aura pas nui tout autant que les calomnies ou l'hostilité pure et simple des sionistes.

Paradoxe plus personnel, et plus énigmatique, celui du parcours de cet homme, né à Lyon à la veille de la Libération, dans une famille juive assimilée – "pour moi, la judéité ne signifie rien, c'est une détermination extérieure, rien de plus" -. L'anti-colonialisme l'aura mené à l'anti-sionisme, puis à l'engagement sans réserve dans l'OLP, au sein des instances dirigeantes. Mais cet engagement n'a pas annulé, il a même au contraire mis en relief, l'idiosyncrasie toute française de cet homme disert, matois, à l'éloquence un peu zézayante, politicien radical-socialiste qu'un destin ironique, et pleinement assumé, aura placé au cœur même des fureurs les plus irrationnelles du siècle.



Pour en savoir plus
Contact : Badr Eddine ARODAKY, organisateur des Mercredis du Café Littéraire.




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    Photo : Thierry Rambaud © IMA
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