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lundi 24 octobre 2005
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Inauguration de lexposition
"LAge dor des sciences arabes"

Légende Photo (de gauche à droite) :
M. Ahmed Djebbar, Mme Claudie Haigneré, M. Mokhtar Taleb-Bendiab et M. Yves Guéna
© IMA
A linvitation de MM. Yves Guéna et Mokhtar Taleb-Bendiab, Président et Directeur général de lInstitut du monde arabe, lexposition LAge dor des sciences arabes a été inaugurée, lundi 24 octobre 2005, par Mme Claudie Haigneré, cosmonaute et ancien ministre de la Recherche scientifique, ainsi que par M. Ahmad Djebbar, mathématicien et ancien ministre de la Recherche scientifique du gouvernement algérien.
M. Ahmed Djebbar, par ailleurs commissaire scientifique de lexposition, a tout dabord conduit et commenté la visite de lexposition, en compagnie de M. Brahim Alaoui, commissaire général de celle-ci. Au commencement de la réception qui suivait cette visite, le Président Yves Guéna prononçait quelques mots, soulignant que, si la vocation de lInstitut du monde arabe consistait bien « à faire connaître les splendeurs de la civilisation arabo-islamique », linstitution avait également pour rôle « de souligner lessor des pays arabes dans la société contemporaine ». Cest dans cette perspective que le Président de lIMA plaçait la tenue prochaine, à lInstitut, de Rendez-vous scientifiques dont lambition consiste notamment à favoriser lémergence de réseaux de chercheurs arabes ou dorigine arabe.
M. Ahmed Djebbar insistait, pour sa part sur cela que la prodigieuse efflorescence quillustrait lexposition était celle d« une science pensée et pratiquée de manière profane ». Mme Claudie Haigneré remarquait, à son tour, que ces sciences témoignaient « de valeurs qui sont notre histoire commune et le ferment de notre progrès partagé ».
Allocution prononcée
par Mme Claudie Haigneré,
astronaute, ancien Ministre de la recherche scientifique
Monsieur le Ministre,
Monsieur le Président,
Monsieur le Directeur général,
Mesdames les Ambassadrices, Messieurs les Ambassadeurs ou leurs représentants,
Je me sens particulièrement heureuse et honorée davoir été choisie pour inaugurer cette magnifique exposition consacrée à « Lâge dor des sciences arabes ».
Cette exposition aborde lensemble des sciences arabes, du VIIIème au XVème siècle, suivant trois approches de la réalité du monde et de lunivers correspondant aux classifications de lépoque. La première approche concerne le ciel avec lastronomie, les mathématiques, la géographie et lastrologie. Vous comprendrez quen tant quancienne astronaute ces disciplines puissent me fasciner.
La deuxième concerne lhomme avec la médecine et ses différentes branches (comme lanatomie, la physiologie, la pharmacopée) la botanique et la chimie quelle soit expérimentale ou ésotérique. Ces différents domaines présentent pour moi un grand intérêt en raison de ma formation initiale de médecin.
Enfin, la troisième approche a trait à lenvironnement avec les procédés ingénieux pour domestiquer lénergie hydraulique, les éoliennes, la technologie militaire pour défendre ou pour conquérir, enfin les automates pour se divertir.
Lhistoire des sciences occidentales a longtemps occulté ce quelle devait à la science arabe. Nous découvrons ici ce que les savants des pays dIslam ont dune part étudié et assimilé des civilisations antérieures sinspirant de Ptolémée, Galien, Euclide ou Archimède, mais surtout ce quils ont prolongé dapports nouveaux en ayant recours à la science expérimentale et dans des domaines et techniques qui navaient pas encore été abordés en Europe. Lâge dor de la civilisation de lIslam dans sa composante scientifique exposée dans cet Institut permet de mettre en lumière la qualité de ses savants, leur démarche scientifique si rigoureuse et pragmatique, empreinte desprit critique et de tolérance, leur ayant permis délaborer par lobservation, la mesure, la conceptualisation, des connaissances nouvelles, des savoirs revisités quils ont si largement diffusés. Quel plaisir pour un scientifique, toujours désireux de permettre à chacun dêtre en situation de comprendre, de voir dévoiler, de révéler des trésors trop cachés de notre patrimoine universel (je me souviens de cette journée du patrimoine passée à la BNF en 2003 où javais pu découvrir de somptueux manuscrits dastronomie, des cartes géographiques, de merveilleux traités de botanique et de pharmacopée). Dans un monde complexe et si rapidement évolutif quest celui dans lequel nous vivons, avec un flot dinformations difficiles à sélectionner, avec des sciences qui ne sont plus lexpression définitive de la vérité, comprendre la relativité de la vérité scientifique est un enjeu démocratique fondamental qui justifie de parcourir lhistoire des sciences avec un regard curieux et émerveillé.
Un regard dans le ciel et le cosmos pour veiller à notre planète Terre et explorer lUnivers. Déterminer le temps et le lieu a toujours été un aiguillon de la recherche scientifique et technique. Des astrolabes aux satellites et télescopes actuels, des cadrans solaires aux horloges atomiques, de la géographie descriptive ou mathématique de lépoque à nos satellites dobservation de la Terre, le chemin est long qui nous conduit, nous européens, à préparer un système performant de positionnement et navigation Galiléo ou qui nous amène à renforcer un système satellitaire de monitoring de lenvironnement GMES, systèmes ouverts aux coopérations scientifiques et qui seront opérationnels pour lensemble des citoyens de notre planète. Chaque étape a son importance, plonger avec vous dans cet héritage étonnant me rend encore plus heureuse davoir choisi dappeler les missions spatiales que jai réalisées du nom de constellation et galaxie ancrées dans la mythologie: Cassiopée et Andromède, ici représentée.
Un regard sur lhomme pour le médecin rhumatologue hospitalier, passionné danatomie et de physiologie que jai été, javoue que le plaisir est grand de parcourir cette exposition avec ces manuscrits, ces instruments, ces représentations de lhôpital et des médecins et chirurgiens. De la chimie et la botanique, nous avons encore tant à apprendre, lactualité nous rend encore plus aiguë lurgence de la recherche et de la connaissance.
Et pour un ancien Ministre de la Recherche, voir ainsi relier la connaissance aux procédés ingénieux est un exemple à méditer dans nos efforts à mettre le savoir au service de tous. Bien au delà de la transmission de connaissances, lexamen critique fait par les savants arabes sur les travaux de leurs prédécesseurs a généré de linnovation par la vérification, la remise en cause, la démonstration et lexpérimentation. Soyez remerciés de nous donner ainsi matière à réfléchir et nous enchanter.
Nous enchanter parce que la troisième section de lexposition met en évidence les rapports qui ont existé entre les scientifiques et les productions artistiques. Il est intéressant de relever que la civilisation arabo-islamique a su allier avec bonheur et harmonie science et art, sans que lun prédomine sur lautre. En effet, pour les Arabes si la science était indispensable à lart, ce dernier ne pouvait se réduire aux sciences. Lart incorpore bien évidemment le génie et lesthétique de lartiste. Des procédés ingénieux au service du génie
Des mathématiques et de la géométrie à larchitecture et la décoration, à la musique, aux beaux objets artisanaux en verres émaillés et céramiques, il est bon de rappeler les liens si étroits entre science et art que nous avons trop souvent tendance à distendre ou ne pas reconnaître à leur juste valeur.
Vous aurez ainsi compris pourquoi au delà de lhonneur que jai à ouvrir cette superbe exposition, cest un immense plaisir et un enchantement dêtre à lInstitut du Monde Arabe avec vous ce soir. Je nai quun seul vu à formuler, que soient nombreux les visiteurs, de tous âges et de toutes cultures pour découvrir et reconnaître les valeurs qui sont notre histoire commune et le ferment de notre avenir partagé. Je parle des jeunes qui, de la culture à la science en cheminant par la culture scientifique (et je sais à quel point Monsieur le Professeur Audouze y est attentif), doivent sapproprier ces fondamentaux pour être les acteurs de ce progrès partagé. Je parle aussi des jeunes femmes qui ont tout leur rôle à jouer dans cette belle aventure scientifique et technique, même si je sais que lon ne peut pas encore parler d « âge dor » en ce domaine, en Europe comme dans les pays arabes. Mais je sais que vous y êtes sensibles, nest ce pas Monsieur le Président, Monsieur le Directeur général et vous également Madame lAmbassadeur.
Je vous remercie et cède à présent la parole à mon homologue algérien, M. Ahmed DJEBBAR, qui grâce à sa connaissance profonde de la civilisation arabo-musulmane mettra en valeur devant vous les caractéristiques dominantes de la portée des sciences arabes et qui a si bien contribué à les mettre en valeur dans le cadre de cette exposition.
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