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Café littéraire
mercredi 19 octobre 2005


Être arabe

Un livre de Farouk Mardam-Bey et Elias Sanbar, avec Christophe Kantcheff aux éditions Actes Sud





Deux intentions ont présidé à la rédaction de ce livre-dialogue : réhabiliter l'identité arabe et, par rapport à la France, donner de cette identité une image sécularisée, rappeler que, pendant près d'un siècle, elle aura été porteuse de liberté, de démocratie, de progrès.

Elias Sanbar a insisté sur l'aspect dynamique du verbe être dans le titre du livre : il s'agit là d'affirmer une identité en mouvement, multiple et diverse dans ses manifestations, et fondamentalement douée de persistance. L'arabité, l'être arabe, s'inscrit dans la permanence et dans la transformation, et l'arabisme n'en aura été qu'un moment historique.

Une bonne part de l'exposé des auteurs a été consacrée à un rappel historique de la manière dont, au XIXème siècle, l'arabisme, comme doctrine politique, est venu s'articuler au vaste mouvement de réformes traversant l'Empire ottoman ; l'idée d'un destin séparé des Arabes, hors du cadre ottoman, ne s'est imposée que tardivement, lorsque la venue au pouvoir des Jeunes Turcs – "jacobins" et hostiles aux Arabes et aux minorités – a rendu impossible tout destin commun. Désormais, la nation arabe va, de plus en plus, se définir par des "émotions partagées", selon le mot d'un intervenant. Cet arabisme politique s'est ensuite développé dans le Croissant fertile entre les deux guerres, à une époque où l'idée nationale était dans l'air du temps. Elias Sanbar, à ce propos, a dénoncé la confusion faite couramment entre Etat et nation. Ce n'est pas parce que la forme de l'Etat-nation s'est imposée au cours du XXème siècle qu'il faut croire à son universalité. Beaucoup d'anciennes nations – et les Arabes sont de celles-là – se trouvent aujourd'hui dotées de jeunes Etats, aux pratiques despotiques. Pire encore: une sorte de collusion s'est fait jour, depuis une trentaine d'années, entre le despotisme et l'islamisme, se nourrissant l'un l'autre, aux dépens de la société. S'il y a aujourd'hui un phénomène nouveau, porteur d'espoir, c'est bien celui d'une revendication démocratique, qui ne veut pas séparer la liberté individuelle et les droits de l'homme de la libération nationale.

Sans doute la dimension historique, ni la dimension socio-politique, n'épuisent-elles pas la définition de l'être arabe. D'autres dimensions – comme la langue, mais aussi les relations familiales, les rituels, la cuisine, la musique… – devraient être évoquées. Aussi bien les questions du public tournaient-elles surtout, sans le dire clairement, autour de cette impasse faite sur l'aspect anthropologique de l'identité arabe; elles pointaient également – les deux choses sont liées – la part relativement modeste faite au Maghreb.

La séance s'est terminée sur un hommage à Samir Kassir, dont le livre : Considérations sur le malheur arabe, aura servi de point de départ à la réflexion des deux auteurs. Au travers de ce témoignage d'amitié militante pour un homme qui se définissait comme un Arabe luttant pour une véritable démocratisation de sa société, un autre questionnement, plus troublant, se faisait jour, sur cette fatalité qui veut que, dans le monde arabe plus qu'ailleurs, la logique victimaire s'impose, comme si les raisons d'espérer, bien réelles, devaient s'acheter au prix du sang versé. Permanence du tragique dans l'histoire des Arabes, peut-être en cela d'ailleurs plutôt précurseurs de notre avenir à tous que témoins d'un archaïsme révolu.



Pour en savoir plus
Contact : Badr Eddine ARODAKY, organisateur des Mercredis du Café Littéraire.




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    Photo : Thierry Rambaud © IMA
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