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Café littéraire
mercredi 12 octobre 2005


Quand l’Amérique refait le monde

Un livre de Ghassan Salamé
Editions Fayard





L’origine du projet

C’est en tant que politologue et auteur que Ghasssan Salamé est venu présenter, devant une salle comble, son livre Quand l’Amérique refait le monde. Cet ouvrage, loin d’être empreint d’anti-américanisme, interroge en fait le concept de superpuissance ou, selon l’expression consacrée de Hubert Védrine, d’hyperpuissance américaine, et est axé essentiellement sur une analyse des quinze dernières années.

Un fossé profond creusé entre les Etats Unis et le reste du monde

La fin de la vision bipolaire du monde– que symbolise la chute du mur de Berlin – fait entrer les Etats-Unis dans un rapport au monde tel qu’ils viennent à y incarner une puissance unique ; à la vision bipolaire se substitue une vision unipolaire. Néanmoins, la prise de conscience de cette nouvelle représentation ne s’est pas effectuée tout de suite, et cela, même au sein de l’élite dirigeante présidée alors par Georges Bush père. Seul James Baker, alors secrétaire général aux Affaires étrangères, eut l’intuition que ce nouvel ordre mondial allait permettre aux Etats-Unis de légitimer certaines de leurs actions, et notamment la première guerre d’Irak.

Le second mandat de Bill Clinton marque une prise de conscience. En effet, les Etats Unis semblent assumer leur rôle hégémonique à travers lequel ils voient l’opportunité de remanier le monde à leur image par le biais de la force militaire.

Cette maturation du rôle néo-impérial des Etats-Unis, entre 1996 et 2000, aboutit à la formulation d’un dogme et à l’élection de Georges W. Bush. Ainsi se concrétise la « national strategic Security », qui a posé notamment le principe de « guerre préventive » et qui justifie des interventions militaires décidées unilatéralement.

Relativisation de l’hégémonie américaine

Contrairement à l’idée de « grand échiquier » de Zbigniew Brzezinski, Ghassan Salamé met en lumière l’idée d’échiquier à plusieurs faces. Dans le domaine militaire, on peut reconnaître la suprématie américaine ; cependant, dans le secteur économique ou encore dans la diplomatie, les Etats Unis subissent la concurrence de l’Europe notamment. Par ailleurs, l’auteur rappelle les enjeux du « soft power », concept formalisé par le politologue américain Joseph Nye : sous cet angle, aucune polarisation n’est possible car le domaine culturel ou le champ des idées constituent des sphères poreuses soumises à des flux permanents d’échanges.

Le concept d’hégémonie américaine va ainsi connaître une crise, surtout manifeste depuis la guerre en Irak en 2003, qui a suscité un effritement de ses alliances. Néanmoins, malgré les divergences, avec les pays européens principalement, des passerelles (économiques, diplomatiques…) se maintiennent et leur existence vient nuancer cette apparente rupture fondamentale entre les Etats-Unis et le reste du monde.

La thèse sur une suprématie américaine absolue doit donc être révisée, d’autant plus que les Etats-Unis sont en connaître un échec en Irak et subissent aussi, par ailleurs, les contraintes fondamentales que leur impose l’évolution du marché pétrolier. Enfin, en ne prenant pas en compte l’avis du Conseil de Sécurité et, ce faisant, en négligeant de reconnaître l’importance et la nécessité d’une autorité morale supérieure, ils se sont mis dans le cas de prêter plus aisément le flanc aux critiques des autres nations.


Pour en savoir plus
Contact : Badr Eddine ARODAKY, organisateur des Mercredis du Café Littéraire.




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    Photo : Thierry Rambaud © IMA
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