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Samedi 15 octobre 2005

Bibliothèque
Femme de science et de culture arabe : un double défi?


L’Institut du Monde Arabe, l’Université Interdisciplinaire de Paris et le Groupe de recherche "Science et Religion en Islam" ont voulu honorer, dans le cadre de "Lire en fête" et de l’Année Mondiale de la Physique, la jeunesse scientifique arabe féminine à travers quatre physiciennes, Rim Mohamed Towairqi (Arabie Saoudite), Ilham Al-Qaradawi (Qatar), Nabila Aghanim (Algérie) et Inès Safi (Tunisie). Une table-ronde, animée par Leïla Murr, journaliste à Al-Nahar, a donc été organisée à la bibliothèque de l’IMA. Après les salutations de Tayeb Ould Aroussi, directeur de cette dernière, le public a pu écouter les témoignages sur les parcours de ces femmes de science.

Rim Mohamed Towairqi, qui est professeur de physique à l’Université du Roi Abdel Aziz, a commencé, d’abord, sa quête de la science comme une réponse à une exigence interne de la foi islamique. Le premier moment de la révélation, le premier mot de l’Ange Gabriel au prophète Mohammad, est « Lis ! » (iqra’). C’est dans cette obligation religieuse que se fondent, selon elle, l’effort intellectuel, et la quête de connaissance, dans les sciences exactes et dans les sciences sociales. Dans un deuxième temps, elle a souligné les efforts de son université pour faciliter aux femmes du royaume l'accès à la science : ainsi, il y a actuellement près de 2000 femmes, réparties dans 8 facultés, qui étudient des disciplines scientifiques (médecine, dentisterie, science, sciences humaines, etc.) à l’université Abdelaziz de Ryad. Sa propre formation l’a conduite en Grande-Bretagne pour l’obtention d’un doctorat.

Un moment fort de son exposé, qui suscita un vif débat avec le public et les autres membres de la table-ronde, fut son approche du système éducatif. Pour la physicienne saoudienne, la mixité constitue un obstacle à l’augmentation du nombre de femmes dans le système universitaire, ainsi qu’un frein à la qualité de cette présence. A ses yeux, la séparation entre les hommes et les femmes représente un enjeu pour le devenir scientifique arabe et musulman. Selon elle, cela ne signifie nullement une marginalisation de la femme, mais une possibilité d'assumer ses responsabilités. Pour Rim Mohamed Towairqi, le principal problème ne réside pas dans la non mixité, mais dans la politique occidentale vis-à-vis du monde arabe et islamique.

Ensuite la parole fut donnée à Nabila Aghanim, astrophysicienne et chargée de recherche au CNRS (Institut d'Astrophysique Spatiale, Université Paris XI). Après avoir retracé son parcours d’universitaire en Algérie et en France, elle est intervenue, notamment, pour récuser la thèse selon laquelle il y a aurait des matières et des disciplines féminines et d’autres qui seraient masculines. L’intelligence et la science n’ont de sexe. En revanche, il y a réellement, selon Nabila Aghanim, une approche féminine pour appréhender la recherche scientifique. Autant les chercheurs sont souvent motivés par un souci d’excellence, de compétition et d’individualisme, autant les chercheuses seraient plutôt mues par un souci d’émulation collective, de cohérence globale, de travail en commun. Pour elle, son arabité n’est pas un obstacle à son travail d’astrophysicienne, mais "une sorte de piment", comme elle le dit joliment. Revenant sur les réflexions de sa collègue Rim Mohamed Towairqi, elle considère que la femme ne doit pas devenir "femme publicitaire" pour certaines institutions qui voudraient faire accroire que la femme participe au développement.

Pour sa part, Ilham Al-Qaradawi, qui enseigne la physique à l’Université de Qatar, a évoqué sa fascination, dès sa jeunesse, pour les questions scientifiques et pour la physique en particulier. Très vite, nous dit-elle, une double vocation est née, entre enseignement et recherche scientifique. Elle a bénéficié de l’aide de sa famille, notamment de son père. Après l’obtention d’un doctorat de physique nucléaire à l’Université de Londres, elle est revenue dans son pays pour contribuer par l’enseignement à l’essor des sciences physiques dans la jeunesse. Elle a tenu à rappeler que la réussite de sa vie tient à un équilibre entre ses vies professionnelle et familiale. Cela n’est pas uniquement le cas de la femme, mais aussi de l’homme. Elle est revenue sur le retard existant entre le monde arabe et le monde occidental en matière de recherche scientifique. Le dépassement de ce retard constitue pour elle l’enjeu majeur de l’heure. Et les femmes doivent être au rendez-vous de cette exigence.

Enfin, la physicienne tunisienne Inès Safi, qui est Chargée de recherche au CNRS au Laboratoire de Physique des Solides de l'Université de Paris XI (Orsay), a rappelé, dans sa propre trajectoire, l’exhortation de sa famille, notamment de sa mère, à la quête de savoir. Cette quête coïncidait, selon elle, avec l’appel de l’islam à scruter la nature et le monde. C’est la conscience de l’aspect mystérieux de la réalité qui a permis l’éclosion de cette quête. Après une formation en Tunisie, à Polytechnique, aux USA, au C.E.A., elle s’est destinée à la recherche en physique théorique. A ses yeux, son identité spirituelle est un ferment de son activité scientifique, comme pour répondre à la connaissance des signes de la création.

Dans une remarque intéressante, Inès Safi a souligné que l’ultra technicisation ne frappait pas uniquement le monde arabe, mais aussi la vie scientifique en Europe. Dans la plupart des laboratoires européens, les physiciens évacuent trop souvent les enjeux éthiques et philosophiques. Or, dans le domaine qui est le sien, celui des nanotechnologies, la question éthique et même écologique, se pose de plus en plus.

Un débat général à eu lieu ensuite, à propos de la place des femmes dans le système éducatif arabe contemporain (avec retour sur la question de la mixité) et de la coopération inter-universitaire dans le monde arabe lui-même. Les intervenantes, en particulier les physiciennes provenant de la péninsule arabique, ont regretté que leurs universités soient davantage en relation avec les universités d’Occident qu’avec celles du Machreq et du Maghreb. Elles ont plaidé pour un renforcement des politiques de développement scientifiques et universitaires à l’échelle arabe et islamique.




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