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Modernité et identité en architecture Rencontre Zaha Hadid et Jean Nouvel M. Yves Guéna, président de lInstitut du monde arabe, ouvre la séance en remerciant les deux intervenants de leur présence. Zaha Hadid apparaît comme le symbole dune modernité pétrie de références identitaires. Laudace, linventivité et la modernité de ses projets lui ont valu le prix Pritzker (le Nobel de larchitecture), pour la première fois décerné à une femme. Née à Bagdad, elle imprime à lensemble de son oeuvre larabité quelle revendique. M.Guéna rend ensuite hommage à larchitecte français Jean Nouvel, lun des concepteurs de lInstitut du monde arabe, qui sest imposé comme lune des expressions les plus abouties de larchitecture moderne et qui, dans le même temps, se réfère largement à la spécificité de larchitecture arabo-islamique. Le dialogue entre ces deux architectes contemporains majeurs, venus dhorizons très différents, illustre parfaitement, selon M. Guéna, la mission première de notre institution, qui est de promouvoir et favoriser le rapprochement entre les civilisations arabes et européennes. Après avoir commenté tour à tour les images de leurs grandes réalisations, projets et chantiers en cours, les invités ont été interrogés par luniversitaire britannique Conway Lloyd Morgan, spécialiste de larchitecture contemporaine, sur les mutations du langage architectural au XXème siècle. Entre héritage et modernité: plaidoyer pour une architecture novatrice et porteuse didentité Selon Jean Nouvel, larchitecture ne doit pas être soumise à des lois purement fonctionnelles. Elle doit inclure des considérations géographiques et historiques. Les architectures contemporaines doivent incarner le dialogue entre lhistoire et la modernité. Le processus de création de larchitecte sopère à partir dune structure préexistante dont il faut tenir compte car la conscience dêtre situé dans le temps et dans lespace est le préalable à toute construction identitaire. Ainsi, Jean Nouvel veille t-il, à ce que chacune de ses réalisations sintègre dans son environnement, " joue sur la rencontre du végétal, du construit et de la lumière ". Le procédé des " plans-miroir " apposés sur les façades externes des bâtiments vise par exemple à réfléchir la réalité environnante, tant urbaine que naturelle. Lintroduction de jardins au sein même des constructions confère à ces nouveaux espaces une dimension organique et participent de lidée d " architecture " totale chère à larchitecte. De la même manière, les références à lhistoire et à la culture du site sont de mise dans chacune des créations de Jean Nouvel. Pour un projet récent à Lisbonne, il sest attaché à réinterpréter les azulejos traditionnels en épurant leur design et en les intégrant dans des formes fondamentalement modernes et novatrices. De son coté, Zaha Hadid définit son travail comme une expression du " mouvement moderniste " se nourrissant des symboles de la culture arabe qui est la sienne. Outre cet héritage historique, la multiplication des ouvertures et des puits de lumière a pour but dabolir la frontière artificielle extérieur/intérieur et d'intégrer lenvironnement immédiat. Depuis le début de sa carrière, Zaha Hadid dit être toujours restée attentive à garder la distance nécessaire avec le passé pour créer de nouvelles formes tout en puisant une partie de son inspiration dans la culture qui a modelé le site. La mission politique de larchitecture : lutter contre luniformisation et répondre à la demande sociale La créativité architecturale à lépreuve de la standardisation immobilière Jean Nouvel critique le principe illusoire et dangereux de tabula rasa et de construction ex-nihilo qui sest imposé ces dernières décennies. Ce nest pas en saffranchissant de lhistoire dun lieu et de ses règles que la liberté créatrice peut sexprimer au mieux. Selon lui, larchitecture modifie un espace donné, le modèle et lui donne du sens en sinscrivant toujours dans une certaine continuité sous peine " de devenir orphelin ", privé dune quelconque filiation. Jean Nouvel insiste sur le caractère ambivalent de la mondialisation. Si ce phénomène favorise léchange didées et dinformations ainsi que les voyages, qui constituent de formidables sources dinspiration et évitent les replis locaux, larchitecte regrette quil facilite aussi, par la prolifération des marques (le branding), la reproduction et limitation de modèles standardisés. Ainsi sinsurge t-il contre la tendance au clonage des bâtiments par transposition dun même modèle dans des sites qui nont rien en commun. Ce " parachutage " résulte, selon lui, des stratégies commerciales dentrepreneurs immobiliers sans scrupule qui nont dautres critères de construction que le profit. Ce mimétisme médiocre menace non seulement la créativité architecturale mais également les réflexions dordre sociologique, urbanistique ou historique qui doivent demeurer, en dépit des contraintes économiques et financières, les soubassements de projets nouveaux. Dans la droite ligne des propos tenus par son confrère français, Zaha Hadid met laccent sur ce quelle estime être une catastrophe architecturale : la reconstruction du centre-ville de Beyrouth, détruit par la guerre. Au lieu de reprendre logiquement la structure et les contours du centre tels quils existaient, produits dune histoire et dune culture, on les a remplacés par un centre urbain sur le modèle de celui dAtlanta aux Etats-Unis. Déraciné, coupé de ses origines et de son passé, le cur de la capitale libanaise est dénaturé, il na plus de sens, plus didentité. Lintérêt des utilisateurs à lépreuve des intérêts économiques et de " lart pour lart " Jean Nouvel démontre que les considérations dordre sensible, ce quil nomme volontiers " le plaisir de vivre ", ne doivent pas être sacrifiés au profit des seuls critères fonctionnalistes et de rentabilité. Larchitecture doit améliorer la qualité de vie de ses usagers. Elle a par exemple un véritable rôle à jouer dans le développement durable en favorisant la création ou la prolongation despaces verts. Pour Zaha Hadid, les bâtiments modernes doivent être conçus pour le bien être de tous, y compris les plus défavorisés, et doit rétablir le lien social mis à mal par le phénomène de gentrification (lexclusion des plus pauvres à la périphérie des villes du fait de laugmentation des prix des loyers). Larchitecte dénonce la sur-médiatisation des grands projets au détriment des problèmes posés par les cités nouvelles et la ghettoïsation de certaines populations. Lidentité ne peut pas se contenter dêtre simplement décorative. Lidentité effective est celle des modes de vie. Les besoins et les attentes des utilisateurs doivent primer sur les préoccupations esthétiques. Enfin, Zaha Hadid souligne que larchitecture moderne doit davantage intégrer la notion durbanisme et adopter une vision densemble. Il sagit, selon lexpression de larchitecte, de " sculpter lespace " plus que de construire des bâtiments en tant que tels. Dans la même optique, Jean Nouvel lance un appel à en finir avec "les objets célibataires ".
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