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Où va lislam institutionnel en France ?
Ont pris part aux débats : MM. Alain Billon spécialiste de lislam en France (anciennement conseiller chargé des questions de lislam auprès des ministres de lIntérieur, Jean-Pierre Chevènement et Daniel Vaillant), Hakim El Ghissassi journaliste-consultant sur les questions du monde musulman et de lislam de France et directeur du site internet Sezame.info, Bernard Godard, du Bureau central des cultes au ministère de lIntérieur, Xavier Ternisien, journaliste au quotidien Le Monde, spécialiste de lislam en France (derniers ouvrages parus : La France des mosquées, éditions 10/18, 2004, et Les Frères musulmans, éditions Fayard, 2005). Modérateur : M. Ahmed Naït Balk, directeur de linformation de Radio Beur et de Beur TV.

- 2003 voit la naissance du Conseil français du culte musulman (CFCM) Résultat dun long processus de négociation entre les différents courants musulmans et les pouvoirs publics, celui-ci nest pour autant pas exempt de nombreuses dissensions.
Avant dentrer dans le débat, il est une chose indéniable : le CFCM a le mérite dexister. Alain Billon se veut optimiste : face aux nombreuses critiques qui se font entendre, il lui semble important de commencer par répondre aux détracteurs du CFCM. Sa démarche est celle de lobjectivité et ce, dans une volonté dapporter des informations scientifiques et fiables au public.
Il revient sur la relation de la France à lislam comme élément décisif dans la volonté politique de créer un organe représentatif de lislam de France. "La France est lune des plus grandes nations musulmanes", déclarait rappelle t-il Georges Leb, en 1911, à lAssemblée Nationale. Ce genre de propos ne dérangeait personne à lépoque ; bien au contraire, ils suscitaient le consensus. Depuis, les choses ont fortement évolué et lon est bien loin de lépoque où la France se revendiquait comme une puissance musulmane.
Le volontarisme politique actuel serait-il une réminiscence de cette tradition perdue ? se demande lorateur. Cest au cours de la décennie 80 quémerge la volonté politique de donner une forme institutionnelle à lislam de France ; lent processus qui connaît un premier accomplissement, en 2003, avec la création du CFCM. Les responsables politiques en charge du dossier entendent concilier islam et valeurs républicaines.
- Bernard Godard sinterroge sur le rôle et le domaine dintervention du CFCM. Au vu de ce dont est rempli lactualité (affaire du voile, crise irakienne), cette problématique nest pas dépourvue dintérêt. A peine créé, le Conseil était confronté à des questions brûlantes qui le prenaient de court.
Selon Bernard Godard, le CFCM nest pas un organe théologique et ne peut donc pas se prononcer sur certaines de ces questions. Tel quil est défini dans les textes, son rôle est cultuel : il doit gérer les questions sociales et pratiques liées au culte. Par contre, rien nest prévu en ce qui concerne les questions théologiques et la communauté musulmane installée en France est, à ce niveau, laissée aux mains des plus influents. Le déficit est problématique, notamment au regard des autres communautés religieuses de France qui disposent dorganes théologiques. Mais au final et compte tenu de la taille des enjeux , le bilan de ces deux années dactivité nest pas négatif.
- Où sont les intellectuels musulmans de France ? Cest en soulignant leur absence remarquée que Hakim el-Ghissassi commence son intervention. Il continue en notant le caractère trop administratif du débat actuel. Le CFCM ne représenterait que lui-même, laissant la majorité des musulmans en marge du processus en cours. Quelques exemples colorés illustrent son propos. Une mosquée archicomble et sans imam pour la prière du vendredi, un enterrement musulman lors duquel personne nétait en mesure dindiquer lest
Autant danecdotes qui soulignent la désorganisation de la communauté musulmane et ses difficultés quotidiennes.
Malgré son manque de représentativité, lexistence du CFCM constitue néanmoins un progrès car, comme la Mosquée de Paris, il sagit-là dune institution structurée dont les activités ne peuvent qualler dans le sens dune plus grande et meilleure intégration.
- Xavier Ternisien met en exergue les lignes de fracture de la communauté musulmane de France et, en particulier, celles qui se sont amplifiées avec la création du CFCM. Deux clivages sont ainsi dépeints.
Le premier est un clivage national entre les différentes communautés représentées au sein du CFCM. Les pressions de la part des ambassades ne sont pas inhabituelles. Le second clivage renvoie aux identités sociales. Xavier Ternisien distingue les tenants dun islam institutionnalisé dont les membres sont en voie de notabilisation et dun islam populaire et plus modeste. Pronostiquant le maintien, voire laccentuation, de ce dernier clivage, lintervenant prévoit une possible déconnexion entre la tête du CFCM et sa base.
Pour conclure, le journaliste du Monde pointe dun doigt accusateur la méthode du ministère de lIntérieur qui emprunte à la gestion des cultes catholique, protestant ou israélite ses référents. Ces religions et particulièrement le catholicisme sont organisées dune manière différente de lislam et privilégient la structure pyramidale ; et les solutions acceptables par les unes ne le sont pas nécessairement par une autre.
Pour en savoir plus
Contact : Maati Kabbal, organisateur des Jeudis de l'IMA.
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