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«Les Etats-Unis, lEurope et le remodelage du Moyen-Orient» Ont pris part aux débats : MM. Gilbert Achcar, enseignant en sciences politiques à luniversité de Paris VIII, chercheur au Centre Marc Bloch à Berlin, Joseph Bahout, enseignant associé à lInstitut détudes politiques de Paris, Jean-Paul Chagnollaud, professeur à lUniversité de Cergy-Pontoise, directeur de Confluences Méditerranée, Burhan Ghalioun, professeur à luniversité de Paris III. Modérateur : Farouk Mardam-Bey ![]() Des mutations de la politique régionale américaine Classiquement, la politique régionale américaine est dictée par deux impératifs : la protection dIsraël et la garantie de son approvisionnement en pétrole. Toutefois, depuis le début des années 90, la politique américaine au Moyen-Orient a connu de profonds bouleversements engendrés par la Guerre du Golfe, limplosion de lURSS et les événements du 11 septembre 2001. Un nouveau paradigme politique est apparu en réaction à ces événements et surtout aux traumas causés par les attentats du 11 septembre : la nature autoritaire des régimes politiques du Moyen-Orient serait génératrice du terrorisme. La nouvelle politique américaine sest construite sur les ruines de la guerre froide. Il a fallu un nouvel ennemi, une nouvelle zone de risques aux Etats-Unis pour justifier cette politique de puissance et en assurer les conditions. La thèse selon laquelle lislam serait compatible avec la démocratie sert de socle idéologique à linterventionnisme américain et conforte les Etats Unis dans leur attitude messianique. Ces théories constituent le fondement idéologique du discours de ladministration de George W. Bush. Néanmoins, on assiste a une évolution du discours dans les milieux néo-conservateurs américains : lébullition du monde arabe serait génératrice dun " chaos constructif ", cest à dire de périodes de crises et dinstabilité qui, a terme, engendreraient un renouveau de stabilité politique. Cette acception des relations internationales ne considère plus la stabilité comme un but à atteindre et, a fortiori, non plus comme une fin en soi , compte tenu de lidée suivant laquelle linstabilité serait, à plus ou moins long terme, productrice de stabilité. Au delà du discours, la politique régionale américaine affiche une certaine duplicité. Si les Etats-Unis condamnent certains Etats autoritaires et évoquent une nécessaire démocratisation des régimes, ils cultivent des relations cordiales avec des Etats qui sont loin de remplir les critères de la démocratie. A titre dexemple, les Etats-Unis conservent détroits rapports diplomatiques avec lArabie Saoudite, alors quil sagit incontestablement dun Etat répressif où les partis politiques et les droits de lhomme sont absolument inexistants. Selon la feuille de route américaine, les élections irakiennes nétaient initialement pas prévues pour se tenir au début de lannée 2005, mais devaient avoir lieu après ladoption dune constitution en Irak. Cest la pression de lopinion publique irakienne qui a nécessité cette modification du calendrier ; ce néanmoins, ladministration Bush fait grand cas de ces élections comme dun exemple de succès de sa politique internationale. LEurope, les Etats-Unis et le Moyen-Orient La relation entre les Etats-Unis et lEurope ne repose plus aujourdhui sur des nuances, mais, au contraire sur un antagonisme flagrant : " Il y a aujourdhui deux Occidents ". Le chantier européen est perçu outre atlantique au pire comme un rival potentiel de lhégémonie américaine, au mieux comme un allié encombrant. La politique européenne ne sest pas adaptée à lévolution de ses idéaux, mais, au contraire, cest son idéologie qui sest adaptée à son impuissance. LEurope a indéniablement déçu les Etats arabes qui voyaient dans la construction européenne un contre-pouvoir face à la politique internationale des Etats-Unis. Mais, labsence de volonté politique de lUnion a lourdement hypothéqué dune part la confiance des Etats arabes, et dautre part, la capacité de lUnion à agir sur la scène des relations internationales. Le ralliement des Etats européens à la diplomatie atlantiste est devenu récurrent (en 1991, lors de la Guerre du golfe ; en 2001, lorsque Ariel Sharon est revenu sur les accords dOslo). LEurope non seulement nest pas parvenue à simposer, mais sest effacée derrière la diplomatie américaine. Il semble incontestable que le monde arabe est, à lheure actuelle, entré dans un processus de démocratisation ; et ce, sous linfluence de multiples facteurs. Tout dabord, les intellectuels arabes ont radicalement changé le regard des opinions publiques sur les régimes en place ; la presse a largement participé au discrédit des gouvernements. La chute de lURSS a privé certains Etats de la région dune protection et dune stabilité dont ils avaient joui jusque-là. Enfin, les sociétés civiles arabes, émergentes dabord, puis, de plus en plus présentes, se mobilisent au sein de structures associatives. Si les Etats-Unis dAmérique jouent un rôle important dans le processus de démantèlement des régimes en place, on peut sinterroger sur leur capacité, une fois franchie la phase des démantèlements, à formuler des propositions de reconstruction politique qui soient en adéquation avec les aspirations et les réalités socioculturelles des populations de la région.
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