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Club IMA - lundi 9 mai 2005


«Les Etats-Unis, l’Europe et le remodelage du Moyen-Orient»



Ont pris part aux débats : MM. Gilbert Achcar, enseignant en sciences politiques à l’université de Paris VIII, chercheur au Centre Marc Bloch à Berlin, Joseph Bahout, enseignant associé à l’Institut d’études politiques de Paris, Jean-Paul Chagnollaud, professeur à l’Université de Cergy-Pontoise, directeur de Confluences Méditerranée, Burhan Ghalioun, professeur à l’université de Paris III. Modérateur : Farouk Mardam-Bey




Des mutations de la politique régionale américaine
Classiquement, la politique régionale américaine est dictée par deux impératifs : la protection d’Israël et la garantie de son approvisionnement en pétrole. Toutefois, depuis le début des années 90, la politique américaine au Moyen-Orient a connu de profonds bouleversements engendrés par la Guerre du Golfe, l’implosion de l’URSS et les événements du 11 septembre 2001. Un nouveau paradigme politique est apparu en réaction à ces événements et surtout aux traumas causés par les attentats du 11 septembre : la nature autoritaire des régimes politiques du Moyen-Orient serait génératrice du terrorisme.

La nouvelle politique américaine s’est construite sur les ruines de la guerre froide. Il a fallu un nouvel ennemi, une nouvelle zone de risques aux Etats-Unis pour justifier cette politique de puissance et en assurer les conditions.

La thèse selon laquelle l’islam serait compatible avec la démocratie sert de socle idéologique à l’interventionnisme américain et conforte les Etats Unis dans leur attitude messianique. Ces théories constituent le fondement idéologique du discours de l’administration de George W. Bush.

Néanmoins, on assiste a une évolution du discours dans les milieux néo-conservateurs américains : l’ébullition du monde arabe serait génératrice d’un " chaos constructif ", c’est à dire de périodes de crises et d’instabilité qui, a terme, engendreraient un renouveau de stabilité politique. Cette acception des relations internationales ne considère plus la stabilité comme un but à atteindre – et, a fortiori, non plus comme une fin en soi –, compte tenu de l’idée suivant laquelle l’instabilité serait, à plus ou moins long terme, productrice de stabilité.

Au delà du discours, la politique régionale américaine affiche une certaine duplicité. Si les Etats-Unis condamnent certains Etats autoritaires et évoquent une nécessaire démocratisation des régimes, ils cultivent des relations cordiales avec des Etats qui sont loin de remplir les critères de la démocratie. A titre d’exemple, les Etats-Unis conservent d’étroits rapports diplomatiques avec l’Arabie Saoudite, alors qu’il s’agit incontestablement d’un Etat répressif où les partis politiques et les droits de l’homme sont absolument inexistants.

Selon la feuille de route américaine, les élections irakiennes n’étaient initialement pas prévues pour se tenir au début de l’année 2005, mais devaient avoir lieu après l’adoption d’une constitution en Irak. C’est la pression de l’opinion publique irakienne qui a nécessité cette modification du calendrier ; ce néanmoins, l’administration Bush fait grand cas de ces élections comme d’un exemple de succès de sa politique internationale.



L’Europe, les Etats-Unis et le Moyen-Orient
La relation entre les Etats-Unis et l’Europe ne repose plus aujourd’hui sur des nuances, mais, au contraire sur un antagonisme flagrant : " Il y a aujourd’hui deux Occidents ". Le chantier européen est perçu outre atlantique au pire comme un rival potentiel de l’hégémonie américaine, au mieux comme un allié encombrant.

La politique européenne ne s’est pas adaptée à l’évolution de ses idéaux, mais, au contraire, c’est son idéologie qui s’est adaptée à son impuissance. L’Europe a indéniablement déçu les Etats arabes qui voyaient dans la construction européenne un contre-pouvoir face à la politique internationale des Etats-Unis. Mais, l’absence de volonté politique de l’Union a lourdement hypothéqué d’une part la confiance des Etats arabes, et d’autre part, la capacité de l’Union à agir sur la scène des relations internationales. Le ralliement des Etats européens à la diplomatie atlantiste est devenu récurrent (en 1991, lors de la Guerre du golfe ; en 2001, lorsque Ariel Sharon est revenu sur les accords d’Oslo). L’Europe non seulement n’est pas parvenue à s’imposer, mais s’est effacée derrière la diplomatie américaine.

Il semble incontestable que le monde arabe est, à l’heure actuelle, entré dans un processus de démocratisation ; et ce, sous l’influence de multiples facteurs. Tout d’abord, les intellectuels arabes ont radicalement changé le regard des opinions publiques sur les régimes en place ; la presse a largement participé au discrédit des gouvernements. La chute de l’URSS a privé certains Etats de la région d’une protection et d’une stabilité dont ils avaient joui jusque-là. Enfin, les sociétés civiles arabes, émergentes d’abord, puis, de plus en plus présentes, se mobilisent au sein de structures associatives.

Si les Etats-Unis d’Amérique jouent un rôle important dans le processus de démantèlement des régimes en place, on peut s’interroger sur leur capacité, une fois franchie la phase des démantèlements, à formuler des propositions de reconstruction politique qui soient en adéquation avec les aspirations et les réalités socioculturelles des populations de la région.



Pour en savoir plus
Contact : Farouk Mardam-Bey, organisateur du Club IMA et modérateur.

Cliquez-ici pour écouter l'intégralité du débat sur le site Internet du monde arabe:www.imarabe.org/temp/rencontes.html

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    Image : Thierry Rambaud © IMA
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