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Club IMA - lundi 4 avril 2005


«Où va le Liban ?»



Ont pris part aux débats : MM. Ahmad Beydoun, Professeur à l’Université libanaise de Beyrouth, Henry Laurens, professeur au Collège de France, Joseph Maïla, recteur de l’Institut catholique de Paris et Ziad Majed, vice-président du Mouvement de la gauche démocratique au Liban. Modérateur : M. Farouk Mardam-Bey.




Une crise qui s’inscrit dans un processus historique
Le 22 octobre 1989, les accords de Taëf ont été signés afin de mettre un terme à quinze années de guerre civile au Liban. Ces accords prévoyaient le désarmement des milices et une révision de la constitution de 1943 afin de l’adapter aux évolutions démographiques des différentes ethnies confessionnelles. Il s’agissait de réduire les pouvoirs du président (chrétien maronite) au profit de ceux du premier ministre (musulman sunnite) et du président de l’Assemblée (musulman chiite). Ces accords ne se limitaient pas à une révision institutionnelle, mais accordaient également à la Syrie le droit d’occuper militairement, pour un durée limitée, le Pays du cèdre afin d’y garantir le retour à la paix sociale et veiller au respect des dispositions définies par le traité. Sur la base de cet accord international, la Syrie a pu justifier légalement son occupation du Liban. Il résulte de ces accords un aberrant paradoxe : un régime autoritaire s’est vu mandaté au Liban afin d’y établir une démocratie.

L’adoption de la résolution 1559, le 2 septembre 2004, (la veille de la modification de la Constitution qui reconduit dans l’exercice de ses fonctions le Président libanais prosyrien, Emile Lahoud) n’est que le rappel à la Syrie de son obligation de se retirer du Liban tel qu’il est formulé dans les accords de Taëf.


Un événement détonateur pour une crise déjà solidement ancrée dans l’opinion publique
L’assassinat de Rafic Hariri, le 14 février 2005, et le vaste mouvement populaire qui lui a succédé ont remis le Liban sur le devant de la scène internationale. Cet élan populaire s’inscrit dans un vaste mouvement d’exaspération dont l’attentat du 14 février n’a été que le détonateur qui a poussé dans la rue le peuple libanais réunifié. Les pluralismes politiques, ethniques et confessionnels ont disparu au profit de l’union nationale.

Rafic Hariri, par son décès, a rassemblé les différentes communautés libanaises derrière la notion d’indépendance. L’opposition libanaise n’est pas née ces derniers mois : on a vu apparaître au cour de ces dix dernières années des mouvements de contestation. Dès 2001, la question de la présence syrienne avait été soulevée dans de multiples documents officiels et une ébauche de négociations avait été entamée avec la Syrie. Les événements du 11 septembre 2001 ont également suscité la question d’un retrait des troupes d’occupation syriennes. Il s’agissait, dans un premier temps et à tout le moins, de leur retirer le contrôle du Hezbollah, des salafistes et des camps de réfugiés palestiniens. Mais, ce qui avait été d’abord présenté comme une nécessité, s’est trouvé ensuite gelé en raison de l’émergence de la question irakienne.


Quelles perspectives pour le Liban ?
S’il est incontestable, que ce mouvement populaire va déboucher sur le départ du Liban des troupes de Bachar Al-Assad (prévu pour la fin du mois d’avril), on peut s’interroger sur la redéfinition du politique au Liban. Depuis le début du mouvement populaire, l’omniprésence du drapeau libanais – qui remplace les étendards confessionnels – traduit-il, pour autant, la naissance d’un sentiment patriotique durable ou doit-on craindre la résurgence des clivages antérieurs ?

Le mouvement d’opposition a rassemblé plus de monde que le Hezbollah et que les loyalistes, mais cette " union sacrée " sera-t-elle durable ? La Ligue de l’indépendance s’est très vite disparu, après 1943. Et le mouvement de 1951 a été le dernier rassemblement pluricommunautaire de l’histoire contemporaine du Liban. Il s’est, lui aussi, très rapidement essoufflé : dès les élections de 1953, on a vu resurgir la variable communautaire et confessionnelle. Cette dimension communautaire a atteint son paroxysme pendant la guerre civile.

Si l’on vient d’assister, incontestablement, à l’émergence d’un mouvement national, nul ne peut néanmoins affirmer avec certitude que cet élan s’est fixé pour idéal un avènement démocratique au Liban.

Le décès de Rafic Hariri a suscité une redécouverte de l’espace public, mais aussi un cadre nouveau d’identification pour la jeunesse, un élan collectif, national et unitaire en rupture avec le communautarisme et la guerre civile. Il s’agit-là d’une libération de la parole et non d’une Intifada, comme l’ont affirmé certains commentateurs ; on ne peut pas parler d’un mouvement de force mais d’avantage d’un élan de contestations verbales.


Pour en savoir plus
Contact : Farouk Mardam-Bey, organisateur du Club IMA et modérateur.

Cliquez-ici pour écouter l'intégralité du débat sur le site Internet du monde arabe:www.imarabe.org/temp/rencontes.html

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