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«Où va le Liban ?» Ont pris part aux débats : MM. Ahmad Beydoun, Professeur à lUniversité libanaise de Beyrouth, Henry Laurens, professeur au Collège de France, Joseph Maïla, recteur de lInstitut catholique de Paris et Ziad Majed, vice-président du Mouvement de la gauche démocratique au Liban. Modérateur : M. Farouk Mardam-Bey. ![]() Une crise qui sinscrit dans un processus historique Le 22 octobre 1989, les accords de Taëf ont été signés afin de mettre un terme à quinze années de guerre civile au Liban. Ces accords prévoyaient le désarmement des milices et une révision de la constitution de 1943 afin de ladapter aux évolutions démographiques des différentes ethnies confessionnelles. Il sagissait de réduire les pouvoirs du président (chrétien maronite) au profit de ceux du premier ministre (musulman sunnite) et du président de lAssemblée (musulman chiite). Ces accords ne se limitaient pas à une révision institutionnelle, mais accordaient également à la Syrie le droit doccuper militairement, pour un durée limitée, le Pays du cèdre afin dy garantir le retour à la paix sociale et veiller au respect des dispositions définies par le traité. Sur la base de cet accord international, la Syrie a pu justifier légalement son occupation du Liban. Il résulte de ces accords un aberrant paradoxe : un régime autoritaire sest vu mandaté au Liban afin dy établir une démocratie. Ladoption de la résolution 1559, le 2 septembre 2004, (la veille de la modification de la Constitution qui reconduit dans lexercice de ses fonctions le Président libanais prosyrien, Emile Lahoud) nest que le rappel à la Syrie de son obligation de se retirer du Liban tel quil est formulé dans les accords de Taëf. Un événement détonateur pour une crise déjà solidement ancrée dans lopinion publique Lassassinat de Rafic Hariri, le 14 février 2005, et le vaste mouvement populaire qui lui a succédé ont remis le Liban sur le devant de la scène internationale. Cet élan populaire sinscrit dans un vaste mouvement dexaspération dont lattentat du 14 février na été que le détonateur qui a poussé dans la rue le peuple libanais réunifié. Les pluralismes politiques, ethniques et confessionnels ont disparu au profit de lunion nationale. Rafic Hariri, par son décès, a rassemblé les différentes communautés libanaises derrière la notion dindépendance. Lopposition libanaise nest pas née ces derniers mois : on a vu apparaître au cour de ces dix dernières années des mouvements de contestation. Dès 2001, la question de la présence syrienne avait été soulevée dans de multiples documents officiels et une ébauche de négociations avait été entamée avec la Syrie. Les événements du 11 septembre 2001 ont également suscité la question dun retrait des troupes doccupation syriennes. Il sagissait, dans un premier temps et à tout le moins, de leur retirer le contrôle du Hezbollah, des salafistes et des camps de réfugiés palestiniens. Mais, ce qui avait été dabord présenté comme une nécessité, sest trouvé ensuite gelé en raison de lémergence de la question irakienne. Quelles perspectives pour le Liban ? Sil est incontestable, que ce mouvement populaire va déboucher sur le départ du Liban des troupes de Bachar Al-Assad (prévu pour la fin du mois davril), on peut sinterroger sur la redéfinition du politique au Liban. Depuis le début du mouvement populaire, lomniprésence du drapeau libanais qui remplace les étendards confessionnels traduit-il, pour autant, la naissance dun sentiment patriotique durable ou doit-on craindre la résurgence des clivages antérieurs ? Le mouvement dopposition a rassemblé plus de monde que le Hezbollah et que les loyalistes, mais cette " union sacrée " sera-t-elle durable ? La Ligue de lindépendance sest très vite disparu, après 1943. Et le mouvement de 1951 a été le dernier rassemblement pluricommunautaire de lhistoire contemporaine du Liban. Il sest, lui aussi, très rapidement essoufflé : dès les élections de 1953, on a vu resurgir la variable communautaire et confessionnelle. Cette dimension communautaire a atteint son paroxysme pendant la guerre civile. Si lon vient dassister, incontestablement, à lémergence dun mouvement national, nul ne peut néanmoins affirmer avec certitude que cet élan sest fixé pour idéal un avènement démocratique au Liban. Le décès de Rafic Hariri a suscité une redécouverte de lespace public, mais aussi un cadre nouveau didentification pour la jeunesse, un élan collectif, national et unitaire en rupture avec le communautarisme et la guerre civile. Il sagit-là dune libération de la parole et non dune Intifada, comme lont affirmé certains commentateurs ; on ne peut pas parler dun mouvement de force mais davantage dun élan de contestations verbales.
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