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Journée de la Femme - Mardi 8 mars 2005


La condition juridique de la femme dans les sociétés arabes



Dans certains pays arabes, la condition juridique de la femme connaît une nette évolution. Il n’en reste pas moins que le combat pour abroger certaines lois rétrogrades et gagner le pari de la modernité – sans parler de celui de la parité – est loin d’être gagné. Ce combat au quotidien est engagé le plus souvent par de simples individus issus de la société civile ; il a le mérite de rendre visible la cause des femmes et leurs revendications.


De gauche à droite :
- Mme Dina Kawar, ambassadrice du Royaume Hachémite de Jordanie en France
- Mme Soukeina Bouraoui, professeur de droit à la Faculté des Sciences Juridiques, Politiques et Sociales de Tunis
- Mme Nadia Khouri-Dagher, journaliste spécialisée sur le monde arabe, réalisatrice de l'émission Les Femmes bougent sur Berbère TV.
- Mme Samira Hanna El-Daher, ambassadrice, déléguée permanente du Liban auprès de l'Unesco.


Ont pris part au débat : Mmes Dina Kawar, ambassadrice de Jordanie en France, Samira Hanna-El-Daher, ambassadrice du Liban auprès de l’UNESCO et Soukeina Bouraoui, professeur de droit à la Faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis. Médiatrice : Mme Nadia Khouri-Dagher, journaliste et réalisatrice de l’émission " Les femmes bougent " (Berbère TV).

  • Pour Mme Soukeina Bouraoui, " ça bouge dans le bon sens ", la prise de conscience de la condition des femmes se fait tant au niveau individuel que collectif. Dorénavant, les femmes sont considérées comme les éléments moteurs du développement et de la démocratisation. Pour évaluer les progrès dans ce domaine, Soukeina Bouraoui se réfère au degré de judiciarisation du droit de la famille. L’intervention du juge dans les conflits familiaux est le garant d’une plus grande équité dans le règlement des différends. Il est essentiel que les droits conjugaux et les prérogatives concernant l’éducation des enfants soient rééquilibrés en faveur des femmes.
    Mme Nadia Khouri-Dagher ajoute que c’est également l’accès aux ressources financières qui permettra aux femmes de défendre leurs droits.


  • Pour Mme Dina Kawar, l’émancipation de la femme dans les sociétés arabes ne peut se faire que grâce à la convergence de deux phénomènes distincts : le volontarisme politique et l’engagement des pouvoirs publics d’une part, et d’autre part la prise de conscience et l’activation de la société civile.
    En Jordanie, la société civile est relativement active et une loi instaurant un quota de femmes au Parlement a été adoptée. La loi stipule que sur les 110 sièges que compte le Parlement, six sont réservés à des députés femmes. Evidemment, une telle mesure n’est pas sans créer de polémique. Par ailleurs, la féminisation des fonctions judiciaires et l’aménagement des lois en faveur des droits de la femme est un phénomène indéniable. Mme Dina Kawar indique néanmoins que l’émancipation de la femme ne peut être le fruit de la seule reconnaissance de ses droits, mais passe également par son indépendance financière.


  • Mme Samira Hanna-El-Daher concentre ses propos sur l’évolution du regard que l’on porte sur le rôle de la femme au sein de la société. Les travaux du PNUD, par exemple, auraient montré que l’émancipation des femmes et leur pleine participation à la vie sociale est une étape incontournable du processus de développement. La démocratisation des sociétés arabes ne pourrait donc pas faire l’économie de l’égalité des genres. L’intervenante insiste sur la prise de conscience par la communauté internationale de l’enrichissement social, humain et économique que représente l’émancipation de la femme.
    Passant du général au particulier, Mme Samira Hanna-El-Daher dresse un panorama relativement positif de la situation juridique de la femme libanaise en dépit du fait que la société libanaise reste une société régie par les lois du patriarcat.


Le débat avec la salle a montré une grande incrédulité du public à l’égard du pouvoir de la loi à modifier la réalité, les mentalités et les pratiques. Les intervenantes se sont pourtant montrées unanimes sur ce point. En effet, il existe un grand décalage entre la réalité et les droits alloués, et il reste encore un long chemin pour que la pratique rejoigne les avancées juridiques. Il s’agit d’un processus lent, complexe et non linéaire.



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