actualités

Club IMA - lundi 7 mars 2005


«Les élections irakiennes»



Le débat a été ouvert par le président de l’Institut du monde arabe, M. Yves Guéna, qui s’est félicité de voir l’IMA aborder les problématiques politiques du monde arabe contemporain ; il a ensuite tenu a excuser M. Farouk Mardam Bey, organisateur du Club IMA, pour son absence.

Ont pris part aux débats : MM. Qays Jawad al-Azzawi, secrétaire général adjoint du Mouvement Socialiste Arabe d’Irak, Hosham Dawod, chercheur au CNRS, Jean Philippe Hamon, journaliste au quotidien La Croix, Peter Harling, chercheur à l’EHESS et ancien consultant à l’International Crisis Group ; modérateur : M. Badr Eddin Arodaky.


De gauche à droite : Jean-Philippe Hamon, Peter Harling, Badr-Eddin Arodaky, Qays Jawad al-Azzawi, Hosham Dawod.


Le contexte des élections
Selon la feuille de route américaine, ces élections n’étaient initialement pas prévues à cette date. Elles devaient avoir lieu seulement après l’adoption d’une constitution pour l’Irak. C’est la pression de l’opinion publique américaine désireuse de sortir du " bourbier irakien " qui a incité cette modification du calendrier. La plupart des partis irakiens avaient demandé le report des élections de six mois afin de garantir le déroulement d’élections libres dans un pays désarmé et pacifié.

Un taux de participation inespéré
Depuis le début du conflit l’attitude de la population irakienne est changeante, évolutive. Avant le conflit et l’occupation du pays, la population souhaitait une rupture avec le baasisme, mais, les Irakiens étaient lucides quant aux motivations de l’invasion américaine. Il était néanmoins admis par l’opinion publique en Irak qu’une invasion américaine constituait l’unique issue possible pour sortir le pays de l’emprise de Saddam Hussein. Une frange relativement importante de la population était favorable à une invasion américaine.
L’" occupation arrogante " de l’Irak et la multiplication des actions terroristes ont fait naître dans l’opinion publique une volonté de retour à l’ordre ; ce désir de retour à la paix sociale explique en partie l’importance du taux de participation. Il convient de ne pas oublier également que c’était la première fois que le peuple irakien était appelé aux urnes et pouvait influer sur la destinée de son pays.

Les résultats du scrutin
Seules les deux coalitions – chiite et kurde – ont tiré leur épingle du jeu, les partis indépendants ont été balayés (par exemple la liste communiste " l’Union du peuple " n’a obtenu que deux sièges).
La loi fondamentale de l’Etat exigeant qu’un quota d’au moins 25 % de femmes fasse son entrée au parlement a été respecté (28%).
Le vote confessionnel a largement prévalu sur le vote ethnique (ou clanique).

Mise en perspectives
Malgré l’obtention de la majorité absolue des sièges (140 sièges sur 275) par la liste d’alliance chiite soutenue de l’ayatollah Sistani, il est probable que les différentes parties soient tenues de s’entendre en ce qui concerne la rédaction de la constitution et la place que celle-ci réservera à l’islam. L’islam sera-t-il la norme constitutionnelle ? Le comité de rédaction de la constitution sera-t-il composé des seuls parlementaires affiliés à la liste d’alliance chiite ou associera-t-il les sunnites ? Seule certitude : l’islam sera nécessairement présent dans la constitution ; reste à définir l’importance qui lui sera conférée.
D’un point de vue régional, la crainte d’une hégémonie du chiisme est au centre des préoccupations des dirigeants de la région. Néanmoins, la communauté irakienne s’est à de nombreuses reprises déclarée opposée à l’instauration d’une théocratie.
Autre pierre d’achoppement : quel statut pour les Kurdes qui constituent la deuxième force politique du pays (75 sièges, soit 27% des sièges) ? Quel statut pour Kirkouk ? Quel rôle pour la milice kurde ?
Il faut garder toutefois à l’esprit qu’il s’agit d’un scrutin qui s’est déroulé dans un pays occupé, armé et non pacifié. Par conséquent, il apparaît difficile de parler d’élections libres.
Malgré l’inquiétude suscitée par les résultats, on peut incontestablement se réjouir du taux de participation élevé dans un tel contexte, lequel traduit la volonté des Irakiens de participer activement à la reconstruction d’un nouvel Irak.


Pour en savoir plus
Contact : Farouk Mardam-Bey, organisateur du Club IMA et modérateur.

Cliquez-ici pour écouter l'intégralité du débat sur le site Internet du monde arabe:www.imarabe.org/temp/rencontes.html

Par ailleurs, le Club IMA et les Jeudis de l’IMA sont partenaires des Chemins de la Connaissance, web radio produite par France Culture.
Ces Chemins rediffusent 24 heures sur 24 les conférences et les cours les plus prestigieux des universités et des grandes institutions culturelles françaises : l’INA, le CNAM, le Collège de France, la Cité des sciences, etc. "Vitrine de l’excellence universitaire", les Chemins de la connaissance permettent ainsi aux étudiants, enseignants, chercheurs et autres amoureux du savoir, d’accéder librement aux réflexions d’intellectuels et de spécialistes contemporains.
Le créneau horaire de l’IMA sur les Chemins de la Connaissance est le suivant : le mercredi de 19 à 21 heures.

Accéder au site des Chemins de la Connaissance




toutes les actualités


    Image : DR
    copyright © 2005 Institut du Monde Arabe, Paris.