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«Les élections irakiennes» Le débat a été ouvert par le président de lInstitut du monde arabe, M. Yves Guéna, qui sest félicité de voir lIMA aborder les problématiques politiques du monde arabe contemporain ; il a ensuite tenu a excuser M. Farouk Mardam Bey, organisateur du Club IMA, pour son absence. Ont pris part aux débats : MM. Qays Jawad al-Azzawi, secrétaire général adjoint du Mouvement Socialiste Arabe dIrak, Hosham Dawod, chercheur au CNRS, Jean Philippe Hamon, journaliste au quotidien La Croix, Peter Harling, chercheur à lEHESS et ancien consultant à lInternational Crisis Group ; modérateur : M. Badr Eddin Arodaky. ![]() De gauche à droite : Jean-Philippe Hamon, Peter Harling, Badr-Eddin Arodaky, Qays Jawad al-Azzawi, Hosham Dawod. Le contexte des élections Selon la feuille de route américaine, ces élections nétaient initialement pas prévues à cette date. Elles devaient avoir lieu seulement après ladoption dune constitution pour lIrak. Cest la pression de lopinion publique américaine désireuse de sortir du " bourbier irakien " qui a incité cette modification du calendrier. La plupart des partis irakiens avaient demandé le report des élections de six mois afin de garantir le déroulement délections libres dans un pays désarmé et pacifié. Un taux de participation inespéré Depuis le début du conflit lattitude de la population irakienne est changeante, évolutive. Avant le conflit et loccupation du pays, la population souhaitait une rupture avec le baasisme, mais, les Irakiens étaient lucides quant aux motivations de linvasion américaine. Il était néanmoins admis par lopinion publique en Irak quune invasion américaine constituait lunique issue possible pour sortir le pays de lemprise de Saddam Hussein. Une frange relativement importante de la population était favorable à une invasion américaine. L" occupation arrogante " de lIrak et la multiplication des actions terroristes ont fait naître dans lopinion publique une volonté de retour à lordre ; ce désir de retour à la paix sociale explique en partie limportance du taux de participation. Il convient de ne pas oublier également que cétait la première fois que le peuple irakien était appelé aux urnes et pouvait influer sur la destinée de son pays. Les résultats du scrutin Seules les deux coalitions chiite et kurde ont tiré leur épingle du jeu, les partis indépendants ont été balayés (par exemple la liste communiste " lUnion du peuple " na obtenu que deux sièges). La loi fondamentale de lEtat exigeant quun quota dau moins 25 % de femmes fasse son entrée au parlement a été respecté (28%). Le vote confessionnel a largement prévalu sur le vote ethnique (ou clanique). Mise en perspectives Malgré lobtention de la majorité absolue des sièges (140 sièges sur 275) par la liste dalliance chiite soutenue de layatollah Sistani, il est probable que les différentes parties soient tenues de sentendre en ce qui concerne la rédaction de la constitution et la place que celle-ci réservera à lislam. Lislam sera-t-il la norme constitutionnelle ? Le comité de rédaction de la constitution sera-t-il composé des seuls parlementaires affiliés à la liste dalliance chiite ou associera-t-il les sunnites ? Seule certitude : lislam sera nécessairement présent dans la constitution ; reste à définir limportance qui lui sera conférée. Dun point de vue régional, la crainte dune hégémonie du chiisme est au centre des préoccupations des dirigeants de la région. Néanmoins, la communauté irakienne sest à de nombreuses reprises déclarée opposée à linstauration dune théocratie. Autre pierre dachoppement : quel statut pour les Kurdes qui constituent la deuxième force politique du pays (75 sièges, soit 27% des sièges) ? Quel statut pour Kirkouk ? Quel rôle pour la milice kurde ? Il faut garder toutefois à lesprit quil sagit dun scrutin qui sest déroulé dans un pays occupé, armé et non pacifié. Par conséquent, il apparaît difficile de parler délections libres. Malgré linquiétude suscitée par les résultats, on peut incontestablement se réjouir du taux de participation élevé dans un tel contexte, lequel traduit la volonté des Irakiens de participer activement à la reconstruction dun nouvel Irak.
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