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«Le nouveau paysage médiatique arabe» Al Jazira, Al Arabiya, LBC, Al Manar : contre-pouvoir médiatique ou voix du peuple ? Des reportages choc en live, des controverses en direct à la faveur de la guerre en Afghanistan, en Irak et en Palestine, la chaîne qatarie Al Jazira est devenue dès son lancement en 1996, lécran-miroir dune " actualité alternative " dans lequel se reconnaissent aujourdhui des milliers de téléspectateurs arabes. Dautres chaînes vont suivre, Al Arabiya, soutenue par les Emirats arabes Unis, créée en 2003, LBC et Al Manar Au-delà de cette concurrence médiatique, se posent les questions cruciales sur l" arabité " de limage, et le positionnement des Arabes dans la bataille du " nouvel ordre de linformation ". Ont pris part aux débats : MM. Mohamed El Oifi, Institut détudes politiques de Paris, Arnaud Mercier, directeur du laboratoire communication et politique au CNRS, Michel Abou Nejm, correspondant à Paris du quotidien Asharq al Awsat. Mohamed El Oifi a tout dabord décrit les caractéristiques du système dinformation dans le monde arabe. Les médias arabes peuvent être classés en trois niveaux : les télévisions nationales, le niveau international avec les chaînes étrangères émettant en arabe à lexemple de la BBC, et le niveau trans-arabe avec Al Jazira, Al Arabiya et autres chaînes satellitaires. La création dAl Jazira, en 1996, marque incontestablement un tournant dans lhistoire de la presse arabe. Elle sinscrit à la fois dans la continuité et en rupture avec la tradition de la presse arabe. Elle sinspire de la même volonté transnationale des presses libano-saoudiennes qui avaient connues un fort succès dans les années 60 et 70. Mais Al Jazira doit aussi son succès à une nouvelle culture journalistique et à un positionnement original qui permet une certaine liberté dexpression. Le recrutement joue aussi un rôle important dans cette originalité éditoriale, dans la mesure où il est trans-arabe et politiquement diversifié. La création dAl Jazira contribue à la naissance dun pluralisme et à lémancipation de la presse vis-à-vis des pouvoirs politiques et de la censure. Elle a été un puissant facteur démulation dans la région (création dAl Arabiya en 2003). Lapparition de ces chaînes trans-arabes peut être comprise comme une volonté de créer une voix alternative aux chaînes américaines qui inondent le Moyen Orient. Ce face-à-face médiatique est bénéfique dans la mesure où il introduit une pluralité dans le traitement de linformation. Arnaud Mercier a comparé linformation pendant les deux guerres du Golfe. Ainsi durant la guerre de 1991, leffet CNN, a été déterminant. La chaîne mondiale dinformation continue disposait dun monopole médiatique qui imposait la vision américaine sur le conflit. Sur le plan médiatique, la seconde guerre du Golfe est très différente. Le monopole de CNN est battu en brèche, les chaînes arabes satellitaires sont présentes et relayent linformation auprès des populations arabes. Al Jazira sest ainsi fait lécho des pertes irakiennes. Le fait nouveau est donc évident : les nouvelles chaînes arabes contrecarrent linfluence américaine et offrent une information alternative. La réaction américaine ne sest pas faite attendre : des journalistes américains ont été intégrés aux troupes et participent aux opérations militaires. Au cur de laction, ils apportent une information nouvelle, à chaud. Lobjectif est de contrebalancer linformation produite par les médias arabes. Selon lintervenant, Al Jazira a épousé le point de vue de la " rue arabe ". Ce choix sinscrit dans une logique de contre-poids dans une " géopolitique culturelle mondiale ". Les choix lexicaux des chaînes arabes ne sont pas neutres et traduisent leur vison du conflit : " guerre coloniale ", " war on Irak " ; " envahisseurs ", pour désigner les Américains ; " résistants ", pour qualifier les combattants irakiens. Lapparition des nouvelles chaînes arabes font que les populations arabes sont mieux informées. Celles-ci estiment que le monde arabe est traité de manière erronée par les chaînes occidentales. Les sentiments dimpuissance et dinjustice ont, par la même occasion, reculé. Pour Michel Abou Nejma, le monde arabe était naguère en attente de nouvelles sources dinformation Les chaînes satellitaires ont répondu à celle-ci. Toutefois, le modèle libanais avait déjà ouvert la voie. En effet, la pluralité ethnique et confessionnelle qui existait et existe au Liban avait créé une demande dinformation diversifiée. Chaque communauté bénéficiait de ses propres moyens dinformation. Le Liban na pas connu de monopole médiatique. Le paysage médiatique arabe est en phase de construction. Leffet le plus notable de lapparition des nouvelles chaînes arabes est la diversification des sources dinformation dans le monde arabe, mais aussi à lextérieur puisquelles couvrent lOccident. Le support satellitaire rend plus difficile la censure et le contrôle de linformation par les Etats. Des questions restent en suspens : Dans quelle mesure ces chaînes ont-elles augmenté la liberté dexpression ? Constituent-elles un nouvel espace dexpression libre en gestation ? Limage aura t-elle eu le pouvoir de créer une communauté arabe plus unie ? Cest la question de lunification des pays arabes via ces médias pan-arabes. Il est nécessaire dêtre très prudent sur cette question qui renvoie au pouvoir que lon donne aux médias. Incontestablement, Al Jazira a su créer un style et a répondu à une demande spécifique La qualité informative et technique des chaînes arabes ont, à lévidence, décomplexé le téléspectateur arabe.
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